"L’agriculture, secteur vital et climats-dépendant"

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(Crédits : Reuters)
Le climat et ses transformations doivent être appréhendés de manière intersectorielle et intégrée. Cependant, de toutes les activités économiques, c’est bien l’agriculture qui souffre à l’heure actuelle le plus de ces changements climatiques, car elle est la seule à être autant liée à la météorologie.

Il n'existe aucune autre activité aussi essentielle à la vie et au développement qui puisse se prévaloir d'une telle climato-dépendance que l'agriculture. Les produits du sol viennent du ciel ! Si les agriculteurs peuvent de plus en plus compter sur des innovations, les fondamentaux restent immuables. La température, l'ensoleillement, la qualité des sols et la disponibilité de l'eau - de pluies ou d'irrigation - sont les principaux moteurs du développement et de la croissance des plantes, ainsi du blé par exemple.

Dimension géostratégique

Bien que l'enjeu du climat ne soit en rien nouveau, il prend une dimension géostratégique inédite depuis quelques années. Les changements s'accélèrent et se produisent, sur des périodes moins longues que dans le passé, avec, qui plus est, un nombre d'habitants désormais bien supérieur. Les changements climatiques, sources de conflits et de tensions - intraétatiques ou interétatiques -, se nomment pénuries hydriques, érosion des sols, montée des océans et des mers, diffusion plus rapide des épidémies et des maladies, intensification et fréquence accrue des épisodes extrêmes comme les sécheresses ou les averses torrentielles. Les coûts sont écologiques, économiques et humains, avec la probabilité d'un accroissement de la pauvreté, des désordres alimentaires et des déplacements de populations. L'organisation sociale, culturelle et géopolitique de certaines régions du monde pourrait ainsi changer par réaction à l'évolution du climat. La Méditerranée cristallise malheureusement ces futurs possibles.

L'agriculture, grande victime des changements climatiques, est souvent considérée comme l'un des principaux émetteurs de GES. À l'échelle de la planète, elle y contribuerait directement à hauteur de 17 %, notamment à travers l'élevage, auxquels s'ajouteraient 7 à 14 % liés à des modifications d'affectation des terres. L'agriculture fait donc incontestablement partie du problème. L'on pourrait objecter que sa vocation première, à savoir nourrir les êtres humains, n'est pas négociable à la table des débats climatiques internationaux alors que tant d'autres secteurs, fortement émetteurs de CO2, ne se caractérisent pas par un tel besoin vital. À plus forte raison, elle est l'unique secteur, avec les forêts, qui simultanément rejette - par respiration - et capte - par photosynthèse sous l'action de la lumière - du CO2. Elle fait donc également partie des solutions. Il devient dès lors indispensable de mettre en exergue cette dimension essentielle pour contribuer au débat stratégique au sujet de l'agriculture.

Réponse dimensionnée

Nous pouvons le faire avec le blé, l'un des produits de base les plus essentiels, désormais consommé par près de 3 milliards de personnes dans le monde. En tant que "pompe à carbone" captant le dioxyde de carbone de l'air pour notamment le transformer en denrées, cette céréale joue un rôle-clé pour le développement durable, à la croisée du social, de l'économique et de l'environnemental, avec au centre l'impératif d'une plus grande sécurité humaine. Produire plus, produire mieux et assurer une régularité de cette production, telles sont les tendances à renforcer en France et tout autour de la Méditerranée pour une céréale qui apporte des réponses sur les plans de la sécurité alimentaire, du climat et de la stabilité géopolitique en Europe, en Méditerranée et en Afrique. Ce sont aussi ces messages qui furent au cœur de la COP21 à Paris puis à COP22 à Marrakech : le blé, le climat et la sécurité forment un puissant triptyque dans le bassin méditerranéen, véritable baromètre des tensions humaines, agricoles et météorologiques mondiales.

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"Du blé par tous les temps, la baromètre méditerranéen" est le thème abordé ce mardi 11 avril à la Villa Méditerranée dans le cadre des Mardis de la Villa.

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