Pourquoi la Banque de France veut initier le grand public à la finance

 |   |  843  mots
(Crédits : DR)
L’institution a été désignée en 2016 comme cheville ouvrière d’une stratégie d’éducation financière initiée par le gouvernement. Mais outre cette opération, la Banque de France s’implique largement et de longue date dans ce qu’elle considère comme l’une de ses missions : démocratiser la compréhension des mécanismes économiques.

Il s'agit d'une stratégie de sensibilisation en trois axes : celle initiée par le gouvernement, visant à permettre à chacun de bénéficier de connaissances économiques, budgétaires et financières nécessaires aux décisions du quotidien. Cheville ouvrière de cette vaste opération pédagogique, la Banque de France était toute désignée pour évangéliser sur des questions qui semblent encore bien mystérieuses ou hermétiques à nombre de Français. Ce n'est pourtant pas faute de s'y pencher, comme l'a dévoilé en fin 2016 un sondage Ipsos, révélant contre toute attente que près 80 % des Français affirment s'intéresser à l'économie. Toutefois, encore faut-il après s'abreuver aux bonnes sources... et ne pas céder au dogmatisme ou aux idées préconçues. D'autant que selon une autre enquête, réalisée quant à elle par l'Ifop pour le compte du ministère de l'Economie et des Finances, 85 % des Français n'ont pas bénéficié d'enseignements d'éducation budgétaire et financière, que ce soit à l'école, à l'université, dans leur entreprise ou dans un institut spécialisé. Difficile donc, en étant démuni, de trouver les clés permettant de séparer le bon grain de l'ivraie. "Ce que l'on observe, c'est que les Français n'ont pas une compréhension globale des mécanismes économiques", avance Jean-Jacques Cambounet, directeur régional de la Banque de France. Mais au vu des résultats Ipsos, la cause est loin d'être perdue...

Le surendettement en nette baisse

C'est donc le but de la manœuvre, initiée depuis le 24 janvier dernier, avec le lancement de la première phase de cette stratégie. Soit la mise en ligne d'un portail nommé "Mes questions d'argent", résultant d'une collaboration avec une vingtaine d'acteurs associatifs, institutionnels et professionnels. "Son but est de toucher le grand public et de proposer une information neutre et pédagogique sur le sujet", explique Stéphane Tourte, directeur des particuliers à la Banque de France. On y trouve ainsi plus d'une centaine de thématiques pour mieux appréhender la gestion d'un compte bancaire, d'un budget, de l'épargne, des crédits... Un premier outil qui pourrait aider les ménages à ne pas entrer dans la spirale du surendettement. "Bien qu'il soit en baisse continue et marquée depuis 2014. En 2016, ce taux s'était réduit de 10,6 %. La loi Lagarde de 2010 a profondément changé la donne en encadrant davantage les crédits à la consommation. Et puis... la situation des ménages surendettés a évolué", poursuit Stéphane Tourte. Ce que ne dément pas Jean-Jacques Cambounet : "dans les années 90, le surendettement résultait de la consommation. Aujourd'hui, il s'agit de pauvreté". Le fait notamment des mutations sociétales et de la multiplication des familles monoparentales, qui se trouvent surexposées.

Eduquer, une mission historique

Mais outre ce portail, les deux autres phases de cette stratégie seront très bientôt enclenchées.  "Tout d'abord, il nous faut former les plus jeunes en étroite collaboration avec l'éducation nationale. A titre d'exemple, des savoirs telles que ceux liés aux trois fonctions de la monnaie, abordées aujourd'hui en enseignement supérieur, pourraient très bien être intégrés plus tôt les programmes et s'enseigner avec les mathématiques..." Enfin, troisième et dernière phase, la Banque de France va également sensibiliser les personnes en situation de fragilité financière, en œuvrant de concert avec les acteurs sociaux. "Sachant que la mission de la Banque de France n'est pas d'entrer directement en contact avec ces publics, mais de doter les acteurs sociaux, à leurs demandes, de supports pédagogiques. Et c'est ouvert : ce peut être des brochures papiers, des quizz, des vidéos"...

Une mission clé, donc, pour l'institution, qui affirme toutefois ne pas avoir attendu le lancement de ladite stratégie pour œuvrer en ce sens. Comme le rappelait déjà Jean-Jacques Cambounet lors de la venue en 2015 à Marseille de l'exposition itinérante Krach Boum Mue, "l'une des missions de l'institution, c'est d'expliquer l'économie et d'avoir une approche pédagogique". Tel était alors le but de l'exposition, qui s'était livrée à l'exercice de façon ludique. Une préfiguration d'un grand projet de la Banque de France : l'ouverture en 2018 de la Cité de l'économie et de la monnaie. L'exposition avait su pour mémoire rencontrer son public, notamment lors du cycle de conférences initiées dans son cadre. Ainsi la cause est définitivement loin d'être perdue... Et le porte-monnaie des Français ne sera pas le seul à mieux s'en porter : toujours selon Jean-Jacques Cambounet, "une meilleure culture économique de tous les citoyens est un facteur positif pour la bonne compréhension, et donc l'efficacité, des politiques de stabilité des prix et de stabilité financière dont la Banque de France a la charge.  On estime aujourd'hui que si les Français avaient une meilleure culture économique, on pourrait avoir un demi point de croissance en plus". Dont acte.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :