Smart City : quelle mobilité pour Aix-Marseille Provence ?

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(Crédits : DR)
Comment doter Aix-Marseille Provence d’une politique de mobilité innovante et faire rimer cette dernière avec fluidité ? C’était le sujet des Rencontres du Forum Smart City Marseille Méditerranée ce 24 mai, qui a vu intervenir Jean-Pierre Serrus, vice-président de la métropole délégué à la mobilité, au déplacement et aux transports, et Kevin Polizzi, président de la commission Smart City d’Aix-Marseille French Tech.

C'est un fait : techniques, technologies et modes de décisions évoluent aujourd'hui autour de la problématique de la mobilité. Sans parler des usages... "Il est révolu le temps où l'on se déplaçait de la même façon tout au long de son itinéraire. Aujourd'hui, dans une journée de métropolitain, on passe d'un comportement à l'autre, d'un mode à l'autre", observe Jean-Pierre Serrus, vice-président de la métropole délégué à la mobilité et aux transports. Ce sur un territoire qui recense, selon les données du livre blanc Mobilité(s), pas moins de 6,5 millions de déplacements réalisés chaque jour par les habitants de la métropole, dont 650 000 sur la seule ère métropolitaine. Comment donc y induire de la fluidité et fonder sur l'avenir en jonglant avec l'impératif qui s'impose : ancrer l'hybride et la multimodalité dans l'offre d'Aix-Marseille Provence ? Des problématiques prises à bras-le-corps dans l'agenda éponyme, assure l'édile, qui a par ailleurs, à La Roque d'Antheron dont il est le maire, mis en place des solutions innovantes et adaptées à son territoire... mais prône surtout "une intelligence collective", condition sine qua non à l'instauration d'une politique de déplacements efficiente à l'échelle de toute la métropole.

Une complémentarité des solutions

Mais le pari semble ardu à relever estime Kevin Polizzi, président la commission Smart City au sein d'Aix-Marseille French Tech : "nous sommes tous acteurs et on subit cette mobilité", avance-t-il en évoquant le facteur temps auquel chacun se heurte dès lors qu'il s'agit de déplacement. "Ce n'est pas le quart d'heure de retard provençal, c'est le quart d'heure mobilité". D'où la volonté, au sein de la commission Smart City, de travailler à des solutions technologiques et innovantes visant justement à conférer ce plus de fluidité. Toutefois, pour le président de commission et Président de Jaguar Network, avant de mener les édiles vers la digitalisation des pratiques, il faut tout d'abord évangéliser... ce qui n'incite pas à une prise de décision rapide : "il faut acclimater les élus à une technologie qui leur fait peur, qu'ils ne connaissent pas et ne maîtrisent pas. D'autant que 60 % des expérimentations sont des échecs et que la question de la maîtrise des deniers publics entre en jeu. Ainsi, le temps joue contre nous". Et si Jean-Pierre Serrus nuance le propos, affirmant que la dichotomie entre les élus et l'innovation n'est pas si grande, il reconnaît tout au moins un constat : "pour permettre aux usagers de se déplacer et aux marchandises d'être déplacées, on ne peut se contenter de ce que l'on a aujourd'hui. 93 % des déplacements métropolitains se font dans des voitures qui comptent 1,3 passager... C'est un vrai sujet". Des systèmes de navettes existent déjà entre communes, avec une périodicité de 5 à 10 minutes aux heures de pointe. L'idée étant de connecter ces dernières à d'autres types de services, tel l'auto-partage, pour mettre au mieux en œuvre l'inter-modalité et d'induire une complémentarité des solutions. Et la contrainte des marchés publics ne doit pas entraver l'innovation, à l'instar de ce qui s'amorce sur "thecamp, où l'on met en place un système de mobilité sur la base de véhicules autonomes entre le TGV et le campus". Mais plutôt que de fonctionner par besoins, l'urgence est aujourd'hui à connecter entre eux tous les territoires composant la métropole.

Reconstruire le rapport humain

Pour autant, sans attendre la commande publique, les acteurs de la French Tech travaillent d'ores et déjà pour être force de proposition. "Sur notre territoire œuvrent 450 start-up, dont une dizaine sur la seule question de la mobilité", avance Kevin Polizzi. Et d'évoquer les solutions proposées par ce type de jeune pousse, comme cette application visant à retrouver ses proches dans le TGV. Car l'idée pour s'éloigner un peu du tout voiture, c'est déjà de se réconcilier avec les transports collectifs en y induisant un plus de lien social. Il s'agit bien de reconnecter, de reconstruire le rapport humain... mais à une échelle plus large, la fluidité viendra aussi de l'open data, qui permettra aux start-up de cibler les besoins et de mettre en place des solutions adaptées aux usages du territoire. C'est l'une des ambitions de la commission Smart City : mettre en place une "Data Driven Governance" afin de piloter et analyser en temps réel tout type de donnée venant d'objets connectés. Des bornes de connexion radios seront déployées début juin en ce sens... des projets autour desquels tous les acteurs doivent se coordonner, d'autant que l'on "n'est pas en avance. On est en pleine phase de transition, et on a besoin de contracter le temps". Dans le cas contraire, "chaque jour, on perd des places en compétitivité", souligne Kevin Polizzi.

Le transport de marchandises dans un second temps

Pour autant, les élus et les agents (plus de 200 œuvrent sur la seule question de la mobilité) de la métropole déploient les efforts afin de rattraper "40 ans de retard" et mettre en place tous les jours de nouvelles infrastructures. Ainsi en est-il du chantier permettant de conjuguer gare de La Ciotat et multimodalité, de la mise en œuvre du Valtram ou du BHNS à Aubagne... En termes de transport de marchandises aussi, il faut impulser le mouvement. "On y travaillera dans un deuxième temps », évoque Jean-Pierre Serrus. Avantage de la métropole, en récupérant la compétence transport du département, elle œuvre ainsi à pied d'œuvre avec la régie RDT13, qui déploie aussi les compétences d'une société ferroviaire et possède "des équipements, des locomotives et organise déjà le transport de marchandises. Par ailleurs, la loi NOTRe nous offre la possibilité de mettre en œuvre des transports publics de marchandises. On travaille avec le GPMM et aujourd'hui, la communication est simplifiée puisqu'il n'y a plus que deux interlocuteurs : le port et la métropole". Mais pour Kevin Polizzi, optimiser le transport de marchandises passe aussi par une meilleure logistique urbaine et la mutualisation des services d'acteurs tels DHL, UPS et La Poste qu'il convient de réunir autour d'une même table.

Quid de l'attractivité territoriale ?

De belles idées et de beaux chantiers en perspective, certes. Toutefois, Jean-Pierre Serrus est bien conscient de l'implacabilité du facteur temps, avançant "qu'il faut tout faire avancer en même temps : expérimentations sur les usages nouveaux comme chantiers d'infrastructures". Tout ceci dans la co-construction entre élus et entrepreneurs innovants du territoire. L'urgence le commande : il faut travailler ensemble. Attractivité territoriale oblige, il s'agit aussi de s'imposer face à d'autres collectivités, à l'instar du Grand Paris qui représente "un chantier immense dans un territoire complexe et qui développe de son côté des innovations. Le challenge doit nous rendre encore meilleurs", avance Kevin Polizzi, estimant qu'il n'est pas incongru de parvenir à attirer les Parisiens sur le sol provençal, lesquels étant par essence accoutumés aux longs trajets... "La mobilité et le transport peuvent nous permettre de faire la différence. On a aussi identifié des pôles d'excellence spécialisés chacun dans leur domaine, et autour desquels peuvent se concentrer entreprises, services... Ce sont des champignonnières qui vont pousser. Cette présence économique peut permettre de résoudre une partie de la question de la mobilité". Toutefois, Jean-Pierre Serrus met en avant la question du financement de la politique de mobilité de la métropole : "un projet comme celui du Grand Paris, c'est 30 Mds€ Notre projet est de l'ordre de la même ambition. Nous avons obtenu du gouvernement les mêmes moyens institutionnels pour aider la Métropole à financer et à réaliser ces investissements". Et aujourd'hui, la Métropole a bel et bien lancé la machine en ce sens. Reste donc à l'Etat, qui l'a encouragée dans cette voie, à mettre aussi ce qu'il convient sur la table. Et la manne tarde à venir... Ainsi, Jean-Pierre Serrus invite l'Etat, en conclusion, "à ne pas se dédouaner de ses responsabilités".

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