Festival d’Aix-en-Provence, l’efficience d’un modèle économique

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(Crédits : Vincent Pontet)
Appui sur les ressources privées, représentations hors les murs en France et à l’étranger, ancrage local et formation : ces recettes qui permettent aujourd’hui de pérenniser une institution culturelle, le Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence les a intégrées depuis quelques temps déjà...

C'est un fait, les institutions culturelles sont de plus en plus confrontées à la raréfaction de la manne publique. D'où la nécessité de s'inventer de nouveaux modèles économiques... Une problématique qui n'a jamais pris de cours l'équipe dirigeante du Festival d'Aix-en-Provence, tant elle a su d'emblée s'appuyer sur la sphère privée. "A l'origine, l'initiative du Festival était justement de son fait", rappelle François Vienne, directeur général adjoint. Dès l'origine en 1948, c'est grâce à une mécène marseillaise, la Comtesse Lily Pastré, que Gabriel Dussurget crée le Festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence, avec l'appui du Casino éponyme...

C'est toutefois au cours de ces dernières années que ce modèle s'est conforté : le financement privé y représente deux tiers d'un budget établi à 23,5 M€ en 2016. C'est notamment grâce au mécénat, "qui est devenu, depuis 2015, notre première source de recettes privées grâce à 65 entreprises partenaires (réunies au sein du club Campra, NDLR), dont 30 sont situées sur le territoire régional, des Calissons du Roy René à la société Ricard ou au groupe Snef", commente de son côté Bernard Foccroulle, directeur général du festival. Et pour cause : le mécénat ne pèse pas moins de 4,3 M€ en 2016, soit plus de 18 % du budget total... suivi par la billetterie (4 M€, 17 % du budget) et les coproductions et tournées (3,9 M€, 17 % du budget). "Car si le grand événement en tant que tel a lieu en juillet, on n'en travaille pas moins toute l'année ! Nous avons des productions qui tournent... Les rendez-vous culturels jalonnent toute l'année", reprend François Vienne. Pour preuve, 50 représentations hors les murs, en France et dans le monde, ont été données en 2016.

Coefficient multiplicateur

Mais pour le directeur général adjoint, point n'est besoin de tendre vers le modèle anglo-saxon, qui tourne à 100 % avec ce type de ressources. "Les fonds publics restent un socle, et génèrent qui plus est un effet levier : un euro de subvention entraîne 10 euros de retombées économiques, soit 65 M€,  sans compter l'impact touristique. Il y a incontestablement un coefficient multiplicateur. Nous avons besoin des fonds publics pour assurer la pérennité de l'institution. Ils nous permettent d'assurer nos missions d'accessibilité de la programmation au plus grand nombre".

Un rapport de 1 à 10, c'est conséquent... surtout lorsqu'on sait qu'en moyenne, il est plutôt de 1 à 3 sur ce type d'événement culturel. Ce qui explique en partie ces retombées, c'est le travail réalisé en amont avec les acteurs du tourisme : l'Etat, mais aussi les CDT et le CRT Paca...

"Nous avons signé des partenariats à l'international, dont un avec le théâtre du Bolchoï en Russie et un avec le Festival de Pékin. Ce qui implique aussi d'œuvrer avec l'aéroport afin de mettre en place des lignes directes et de les pérenniser. Un Pékin-Marseille sera mis en place pendant le Festival, c'est un test... L'idée est bel et bien de créer des flux... Nous sommes également engagés sur MP 2018. Il nous faut réinsuffler une dynamique collective et la pérenniser, car le soufflet est un peu retombé après 2013. C'est une carte à jouer pour l'attractivité du territoire ! On peut proposer des packages séduisants aux étrangers entre les Festivals d'Aix, d'Arles, d'Avignon, la visite du Mucem... Et par ailleurs, rallier les croisiéristes dans cette même dynamique", poursuit François Vienne.

Acteur du territoire

Car la politique du Festival d'Aix concourt aussi à un objectif : ancrer l'événement sur le territoire et jouer pleinement le rôle d'acteur sur le plan local... et ce, pas seulement pendant la durée du Festival, mais tout au long de l'année. Sont sensibilisés les collégiens, lycéens et étudiants comme les publics plus éloignés de l'art, tels les résidents de maisons de retraite ou les détenus en milieu carcéral, via le dispositif Passerelles. Le rayonnement part donc du local pour aller vers l'international, avec une ambition spécifique tournée vers le monde méditerranéen : avec l'Orchestre des Jeunes de la Méditerranée (OJM), le Festival d'Aix-en-Provence œuvre à la formation et l'insertion professionnelle de jeunes musiciens venus de 25 pays de la Méditerranée. Depuis sa création en 1984, l'OJM en a formé près de 2800...

Et on le déduit sans mal, il s'agit bien là d'un autre pilier de sa politique. Via son académie, créée en 1998, le Festival organise des master class en juin et juillet. Un organisme qui est de surcroît habilité à percevoir la taxe d'apprentissage depuis 2014 et qui a dispensé en 2016 plus de 4 000 heures de formation. Soit une source de revenu supplémentaire...

Il n'en demeure pas moins que l'institution souhaiterait développer encore les ressources privées. Pour ce faire, elle souhaiterait multiplier le nombre d'entreprises adhérentes et réunies au sein du club Campra. "L'une de nos priorités pour 2017, c'est son renforcement, en élargissant son rayonnement à l'échelle métropolitaine", avance François Vienne. Dans cette optique, des actions de convivialité marquent l'année et permettent à chaque entreprise partenaire de rallier leurs contacts à ces événements. La dynamique économique n'est pas prête de s'éteindre...

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