Les cadres et l’emploi : quelles problématiques ?

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(Crédits : REUTERS)
C’est un fait, les cadres connaissent aujourd’hui une situation de quasi plein-emploi... malgré ceux, ils doivent composer avec de nouvelles réalités, notamment liées aux mutations professionnelles qui façonnent différemment leurs fonctions.

Disruption oblige, les métiers évoluent... Ceux des cadres n'échappent pas à cette règle. C'est justement pour accompagner ces derniers dans leurs transitions professionnelles que Pôle Emploi et l'Apec viennent de signer en région une convention, déclinaison d'une initiative à l'origine, d'envergure nationale. "Nous innovons en région, nous proposons les uns et les autres des services complémentaires. L'idée, donc, c'est de mieux connaître les outils, notamment digitaux, proposés par chacun", expose Thierry Lemerle, directeur régional de Pôle Emploi. Une maîtrise accrue qui permettra d'être plus efficient auprès des cadres.  Et de les orienter en tenant compte des problématiques qui sont les leurs.

La première étant que leur taux de chômage est faible. "Nous connaissons quasiment une situation de plein emploi, à 4,5 %. Un taux qui s'avère d'un point supérieur au national, même si bas malgré tout. Car la réalité c'est la suivante : le marché des cadres ne s'est jamais aussi bien porté, nous sommes en train de retrouver une situation similaire aux années d'avant la crise. Et les prévisions de recrutement sont en hausse de 9 % en 2017, soit près de 11 000 postes à pourvoir en PACA", dépeint Bruno Jonchier, délégué régional de l'Apec. Ainsi, la première problématique liée aux cadres affecte plutôt les entreprises, en ce qu'elles se heurtent à la pénurie de main d'œuvre et connaissent des difficultés à embaucher. Le secteur le plus à la peine, c'est sans surprise le numérique, notamment l'IoT, mais les recruteurs ont également du mal à trouver des candidats dans les fonctions commerciales. Et, dans une moindre mesure, dans l'industrie (aéronautique et pétrochimie) ainsi que la R&D. Ainsi, un premier travail consiste déjà à prêter main forte à ces entreprises...

Des cadres éloignés de l'emploi

D'un autre côté, ce n'est pas parce que l'on est en situation de plein emploi que certains cadres ne connaissent pas de périodes de chômage longue durée. Et c'est là tout le paradoxe de la chose : avec un taux de chômage bien plus proche de zéro que celui des non cadres, il n'est pas plus simple ici de réconcilier l'offre et la demande. Il existe donc des chômeurs cadres éloignés de l'emploi... "Ce sont des jeunes diplômés dont la formation initiale ne permet pas de coller complètement aux compétences requises par les entreprises. Ou encore, des jeunes talents issus des quartiers, pour lesquels nous avons mis en place une opération de parrainage avec le MEDEF PACA. Enfin, il peut s'agit de seniors avec plus de vingt ans d'expérience. Ces derniers se trouvant par exemple en concurrence  avec des plus jeunes sur des fonctions supports au sein de sièges", reprend Bruno Jonchier. Seniors qui de plus en plus souvent, pour éviter de quitter la région et leur cadre de vie, trouvent une parade en créant leur activité ou en reprenant une entreprise. Quand ce ne sont pas les cadres résidant hors région qui viennent sur le sol régional pour tenter l'aventure entrepreneuriale. "Mais n'est pas dirigeant qui veut... Ce n'est pas inné, même pour un cadre. Tout un chacun ne possède pas forcément toutes les compétences pour mener son activité". Ainsi l'Apec et Pôle Emploi ont-ils forcément un rôle à jouer sur ce terrain aussi en termes d'accompagnement.

Un changement d'ordre culturel

Dernières donnée à prendre en compte, les mutations qui touchent aujourd'hui l'ensemble des professions, et donc aussi les métiers de cadres. Il y a bien évidemment le digital, qui, de façon transverse, transforme tous les postes et pas uniquement dans le secteur du numérique. C'est une évolution majeure... mais loin d'être la seule. "C'est toute une vision de l'entreprise qui prend le pas, un réel changement culturel. Les modes d'organisation horizontaux amenés par la nouvelle économie et le monde des start-up peuvent impacter les cadres. Sur certains métiers, nous souhaitons d'eux davantage de polyvalence. Par ailleurs, la plupart des entreprises demandent à leurs managers d'animer autrement leurs équipes", observe Bruno Jonchier. Tandis que Thierry Lemerle évoque la tendance verdissante qui s'invite elle aussi dans bon nombre de secteurs. "Exemple avec le MIN de Chateaurenard, qui a inclus une filière bio. Cadres, mais aussi non cadres doivent s'adapter à ce qu'implique ces nouveaux modes de production. Par ailleurs, la volonté politique à faire émerger une smart région se retrouve notamment dans les appels d'offres, et les cadres qui y répondent pour le compte de leurs entreprises doivent en prendre la mesure".

Ainsi composent-ils avec des obligations liées à la responsabilité sociétale... Mais ce sont parfois eux-mêmes qui sont en quête de sens. "On observe aujourd'hui une grande tendance qui s'affirme : celle atteignant des cadres seniors qui ne se sentent plus en phase avec le développement de leur entreprise et entendent se diriger vers des postes qui vibrent davantage au diapason de leurs valeurs. Ce qu'ils trouvent dans l'économie sociale et solidaire, PME, TPE, mutualité. Bien sûr, les salaires sont moindres, mais les cadres qui adoptent cette démarche le font quand ils n'ont plus besoin d'un niveau de revenu aussi élevé que par le passé : les enfants ont fini leurs études, la maison est payée... des candidats qui intéressent le secteur de l'ESS, lequel connaît actuellement beaucoup de départs à la retraite et représente un véritable gisement d'emplois", analyse enfin Bruno Jonchier. Le mois de l'ESS est justement l'occasion, pour l'Apec, de créer des moments passerelles afin que ces deux mondes puissent se rencontrer.

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