Jean-Luc Monteil : "Les entrepreneurs attendent du Président qu’il ne cède pas face aux revendications de la rue"

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(Crédits : DR)
A quelques heures du début de l'Université d'été du MEDEF, le patron des patrons de PACA parle croissance, évoque les réformes et appelle à une co-construction intelligente.

La Tribune - Confiance et croissance est le thème général de l'Université 2017 : deux éléments qui manquent encore aux patrons régionaux ?

Jean-Luc Monteil - La confiance est le terreau indispensable au succès de nos entreprises. Il appartient aux acteurs publics d'en assurer la pérennité en rendant notre territoire attractif et en stabilisant l'environnement dans lequel évoluent nos entreprises. Il est clair qu'aujourd'hui, nous en subissons le déficit. Quant à la croissance, elle est l'affaire des entrepreneurs. Réjouissons-nous de la reprise qui s'amorce mais restons vigilant face à la fragilité de celle-ci ! C'est justement grâce au retour de la confiance - en l'avenir et dans la capacité des pouvoirs publics à travailler de concert avec les acteurs privés - que nous renouerons durablement avec la croissance.

L'absence durant ces deux jours du Président de la République et du Premier Ministre est-elle un mauvais signe ?

Je m'excuse de répondre par une question, mais leur présence aurait-elle était un "bon" signe ? Lorsqu'ils étaient premiers ministres, Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls s'étaient déplacés. Tout le monde se souvient de la phrase de Manuel Valls, "j'aime l'entreprise". Pour autant, ont-ils pris les mesures qui s'imposaient par la suite ? Hélas, non. Je préfère donc que l'actuel président de la République et son premier ministre ne viennent pas à notre évènement de rentrée mais prennent les décisions courageuses que les entrepreneurs attendent. La volonté affichée par la nouvelle majorité d'éviter les excès de communication au profit du fond la démarque clairement du précédent quinquennat !

Les soubresauts géopolitiques ont-ils une incidence sur l'activité économique des entrepreneurs français ? On parle d'un effet Brexit en région, est-ce le cas ?

Mondialisation oblige, toute crise ou tension géopolitique a des effets sur nos entreprises. Ceux du Brexit se font déjà ressentir, même si nous ne sommes qu'aux prémices d'un processus qui sera long. Le Royaume-Uni est le cinquième partenaire commercial de l'Hexagone, et le pays où la France enregistre son plus gros excédent commercial. Les inquiétudes quant à sa sortie de l'UE sont donc légitimes. Dans notre région, les acteurs du tourisme et de l'immobilier sont particulièrement attentifs aux conséquences du Brexit, les Britanniques constituant la première clientèle étrangère. Même s'il est trop tôt pour en juger l'ampleur, la chute de la Livre et les incertitudes liées à la sortie de l'UE ont forcément des répercussions sur notre économie.... Mais toutes ne sont pas négatives ! En témoigne la décision du groupe OpenCables de faire passer son câble transatlantique sous-marin par Marseille plutôt que par Londres, et le retour en PACA d'entreprises tricolores qui siégeaient au cœur de la City.

Les dernières annonces concernant la CSG et autres décisions gouvernementales peuvent-elles faire perdre l'effet "espoir" généré par l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République ?

Chaque élection présidentielle s'accompagne de son lot d'espoirs voués à être déçus. Emmanuel Macron n'échappera pas à la règle ! Seuls des résultats positifs et réellement perceptibles par les Français lui permettront de garder leur confiance. Le premier acte fort de son mandat, après la loi de moralisation politique, sera la réforme du Code du travail. Les entrepreneurs attendent du président de la République qu'il ne cède pas face aux revendications de la rue. Il devra pour cela faire preuve de pédagogie et redire son projet de société aux Français. Car, au-delà de la hausse de la CSG ou des autres mesures annoncées, sans ligne clairement définie, nos concitoyens risquent de ne voir dans les réformes que des coupes budgétaires et une prétendue réduction des droits des salariés. Or, il s'agit de remettre du bon sens au cœur de notre société en structurant les politiques gouvernementales autour du couple indissociable des droits et des devoirs de chacun.

Comment donner de nouveaux repères aux entrepreneurs ?

Nous évoluons dans un contexte incertain où se mêlent transitions numérique et écologique, évènements géopolitiques majeurs et enjeux sécuritaires inédits. Ce n'est que grâce à la mise en œuvre d'objectifs communs entre acteurs publics et privés que nous relèverons les défis qui nous attendent. Les repères et la confiance ne seront restaurés que grâce à cette co-construction.

L'une des questions posées durant l'Université est "faut-il encore acheter français". Au moment où on parle d'Europe, le made in France, ou in PACA, a-t-il encore un sens économique ?

Plus que jamais, cela a du sens ! En revanche, si notre pays - et plus encore, si notre région - souhaite garder une place de choix dans la mondialisation, il faut que l'on puisse identifier la valeur ajoutée de ses produits. Aujourd'hui, nous assimilons le "made in Germany" à un gage de rigueur et de qualité. Mais à quoi associe-t-on le "made in France", ou le "made in PACA" ? C'est à cette question que nous devons répondre, acteurs économiques et puissance publique. Par ailleurs, s'il y a bien un sujet qui doit faire consensus, c'est celui de favoriser les circuits courts. Ils offrent l'avantage de limiter les impacts sur l'environnement et de renforcer la production nationale et régionale de qualité. Je constate une évolution de mentalité chez nos concitoyens, qui se dirigent de plus en plus vers les produits locaux. Nombreux sont ceux qui sont prêts à payer plus cher pour un produit local ou régional, et pas seulement en ce qui concerne l'alimentation !

Sujet qui divise les économistes : faut-il taxer les robots ?

L'idée d'instaurer une nouvelle taxe que la France serait la seule à mettre en place me parait hors de propos. À force de fiscaliser tout seul dans son coin, on finit par devenir hors-jeu ! Pour répondre plus précisément, je crois que c'est une fausse bonne idée qui résulte de la crainte du robot "tueur d'emplois". La robotisation engendre des mutations profondes du marché de l'emploi, c'est une évidence. Pour autant, les pays où il y a le plus de robots, comme l'Allemagne, sont ceux où les taux de chômage sont les plus faibles. D'autres solutions existent pour anticiper les mutations liées à la robotisation. Plutôt que de freiner l'innovation en taxant à tout va, il conviendrait de réformer notre système de formation initiale et continue pour que chacun puisse évoluer en même temps que son métier ou se diriger vers un autre emploi.

Quelles réformes doivent être privilégiées ?

Au-delà des réformes concernant la fiscalité ou le Code du travail, sujets sur lesquels nous nous montrerons vigilants, il me semble urgent de rendre notre modèle social plus simple, plus équitable et plus transparent. Je vous donne quelques exemples : nous comptons aujourd'hui en France une trentaine de régimes de retraites différents, pour une efficacité contestable. Simplifions en ne gardant qu'un seul et même régime qui intégrerait les spécificités de chacun ! Un modèle plus « équitable » serait celui qui accorderait à l'employeur les mêmes droits que ses collaborateurs. Je suis très attaché aux droits des salariés, mais j'estime que la réciprocité doit être respectée. Ainsi, le Code du travail permet au salarié de quitter son entreprise rapidement, parfois même sans accorder à l'employeur le temps d'organiser son remplacement, mettant à mal la structure. Il serait juste que l'agilité et la protection dont bénéficient les salariés soient également octroyées aux employeurs. Enfin, je prône pour un modèle plus transparent, notamment en ce qui concerne notre politique de solidarité. Pourquoi ne pas imposer nos concitoyens sur l'ensemble de leurs revenus, aides sociales incluses ? Il faudrait, bien sûr, adapter notre fiscalité, mais il serait juste que tous les revenus soient imposables.

Par ailleurs, s'il y a bien un sujet qui ne doit pas être négligé, c'est celui de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme. Le gouvernement doit se montrer intraitable avec les ennemis de la France. Car au-delà des drames humains engendrés, ce sont notre économie et notre modèle de société qui sont déstabilisés.

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