Jean-Philippe Agresti : "Le droit est devenu un outil de gestion et de management"

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(Crédits : DR)
Recherche fondamentale et appliquée, pas uniquement une accumulation de règles… Le Doyen de la Faculté de droit et de science politique d’Aix-Marseille Université compte bien dépoussiérer l'image trop figée d'une discipline qui s'implique largement dans le monde de l'entreprise.

Depuis le 1er juillet, il endosse le costume de Doyen. Un titre mais aussi un rôle que Jean-Philippe Agresti tient à détailler, tant il faut aussi gommer les images d'Epinal. Car au-delà de la représentation de l'institution, le Doyen c'est aussi celui qui impulse la politique scientifique et pédagogique de la Faculté et qui - et cela est plus nouveau reconnaît-il volontiers - devient par ailleurs un vrai manageur, autant sur le plan financier que RH.

Evolution fondamentale

L'émergence des nouvelles technologies, la multiplication d'objets connectés... interrogent aussi sur la place du droit. "Il existe une recherche perpétuelle dans ce domaine. Le droit naît aussi de la recherche fondamentale et appliquée. Le droit ce n'est plus l'accumulation de règles ou de directives. Il est devenu un outil de gestion et de management. Il pénètre d'autres domaines et vice-versa. Il faut désormais une connaissance pluridisciplinaire". Une pluridisciplinarité qui évidemment doit être prise en compte aussi en amont et que "nous introduisons dans l'enseignement. Le droit c'est de la gestion RH, de la gestion de collectivités locales, de l'environnement, du juridique... Il faut faire évoluer le droit dans ce monde complexe. La simple maîtrise et l'application stricte de la règle ne suffisent pas. Il faut que le droit se combine avec les règles des autres domaines de la vie sociale". Quant à la technologie, "elle ne doit pas prendre le pas". Une limite claire... Sera-t-elle pour autant toujours respectée ?

Nouveau monde... éco

Si le droit doit s'inclure dans la société et dans toutes ses strates, il s'investit toujours plus dans le monde de l'entreprise. Les nouvelles technologies n'y étant donc pas étrangères... Sur le sujet, Jean-Philippe Agresti est plutôt à l'aise, lui qui connaît bien le monde socio-économique pour assumer la vice-présidence dédiée au partenariat avec les acteurs locaux. "Le monde universitaire et le monde de l'entreprise doivent faire un pas l'un vers l'autre. L'université ne doit pas rester campée sur ses positions. L'entreprise ne doit pas revendiquer être la seule à être dans "la vraie vie". Ce monde là n'existe déjà plus". Un changement de logiciel, de mentalité qui s'effectue encore peut-être trop lentement mais qui s'effectue tout de même. "La recherche, c'est le moteur de l'évolution du droit", insiste à nouveau Jean-Philippe Agresti. C'est aussi, par effet ricochet, une façon de contribuer "à construire de nouveaux modèles économiques". C'est ce que l'on appelle des intérêts convergents.

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Commentaires
a écrit le 08/09/2017 à 12:49 :
Bonjour Modérateur de la Tribune,
je suis surpris de ne pas voir sur le site mon commentaire posté hier.

Quel est le problème ?

cdt

Néron
a écrit le 07/09/2017 à 10:57 :
Connaissant l'Université, l'enseignement et la recherche, ainsi que la pratique du droit (Avocat),

et sans vouloir offenser quiconque en général, et le Doyen Agresti en particulier,

tout cela sonne comme un bon gros blabla, entendu régulièrement depuis des années, et pour encore probablement longtemps.

Il ne suffit pas de prétendre vouloir saisir le droit de façon concrète et "pluridisciplinaire" (quelle blague cette notion) pour le faire.

L'Université se maintient dans l'illusion, au mieux naïve, de son importance dans le monde "réel".

Elle ne saisi pas la pratique, elle ne la comprend pas, et quelles que soient ses bonnes intentions elle EST et ne CREE que des connaissances et des discours, ces derniers n'étant pas doté (à son grand dam ?) de performativité.


"La recherche c'est le moteur de l'évolution du Droit".

Cette phrase du Doyen Agresti résume et confirme l'humble opinion que je propose à la discussion : l'Université, qui a la prétention de comprendre le monde réel du Droit, se positionne artificiellement au centre de celui-ci et s'en croit le coeur, sans lequel le Droit ne peut plus évoluer.

Eh bien non ; la recherche est très périphérique dans la "vraie" vie du droit et son évolution.

L'action législative, la vie judiciaire notamment sont des sièges forts de l'évolution du droit.

Ce ne sont pas les conférences, les commentaires d'arrêts, et les voeux pieux d'une institution repliée sur elle-même qui font avancer la discipline.

C'est donc un bien lourd péché d'orgueil que commet là l'Université Aixoise par la voix de son Doyen.

Et une appréciation bien faussée de la réalité.
a écrit le 02/09/2017 à 0:03 :
Bravo pour cette analyse réaliste qui devrait permettre aux juristes de s'ouvrir au monde et de mettre le droit au coeur dans de nombreux domaines.

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