Philippe Stéfanini : "Les États-Unis sont nos premiers investisseurs"

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Philippe Stéfanini, le directeur général de l'agence de développement économique Provence Promotion.
Philippe Stéfanini, le directeur général de l'agence de développement économique Provence Promotion. (Crédits : DR)
Aix-Marseille Provence revendique le titre de Californie de l'Europe, ce que confirme le nombre d'implantations accompagnées par Provence Promotion. Son atout ? Le territoire est multi-compétences, décrypte le directeur général de l'agence de développement économique.

LA TRIBUNE - Comment la métropole est-elle perçue à l'international ? Quels sont les pays qui manifestent un fort intérêt à son égard, et ceux qui sont encore trop timides ?

PHILIPPE STÉFANINI - 2013 [année où Marseille était Capitale européenne de la Culture, Ndlr] a constitué un tournant. À partir de cette année-là, dans les résultats de Provence Promotion, un tiers des projets aboutis provenaient de l'étranger. Ils représentent depuis 50 % des concrétisations. Cela se vérifie encore avec les résultats de l'année 2016, où les investissements étrangers représentent 50 % de projets finalisés, soit une proportion supérieure à celle de Lyon.

La métropole intéresse les entreprises étrangères. Et leur origine géographique reste constante. Les États-Unis, l'Allemagne et le Royaume-Uni sont les trois pourvoyeurs de projets les plus fréquents. Ainsi, les États-Unis ont toujours été en tête des implantations depuis trois ans, soit 15 % des projets aboutis en 2016, ce qui représente neuf projets. L'Allemagne, sur une longue période, reste également un bon pourvoyeur de projets. Si l'on considère les résultats enregistrés par Business France - même si leur base est un peu plus large -, le poids des États-Unis et de l'Allemagne se confirme encore davantage. Les États-Unis sont de loin les premiers investisseurs sur le territoire d'Aix-Marseille Provence. En 2014, 2015 et 2016, chaque année, vingt entreprises américaines et dix entreprises allemandes ont investi sur le territoire.

On imagine souvent Marseille comme un partenaire naturel des pays voisins de la Méditerranée, mais cela semble moins évident dans les faits. Est-ce une impression ou les initiatives sont-elles trop discrètes ?

Aix-Marseille est en effet un balcon vers la Méditerranée. Un exemple qui illustre cela, c'est cette société japonaise produisant des machines à broder qui devait installer son siège en Europe afin de contenter les clients européens et d'être proche de la Tunisie : elle a choisi de s'installer à La Ciotat. Aujourd'hui, son siège regroupe un showroom, des ateliers et un centre de formation destiné aussi bien aux façonniers qu'aux designers. Autre exemple, celui du laboratoire de biologie K-Plan, basé à Villeurbanne, et qui a développé une solution de diagnostic mobile adaptée pour une utilisation dans des conditions de terrain difficiles [pays où il n'existe pas de laboratoires ou pour les situations d'urgence]. C'est à Marseille que cette société a installé sa filiale, car il existe ici une forte communauté médicale et que Marseille est une porte vers les pays méditerranéens. Pour amplifier les liens vers le Sud, il faudrait que les entreprises du territoire ouvrent leur réseau, ce serait une piste.

On parle d'un effet Brexit sur la région. Existe-t-il vraiment ?

Tout de suite après l'annonce du Brexit, la société xRapid, spécialisée dans la détection de maladies infectieuses via une application, a été la première - à notre connaissance - à déclencher une ouverture en France. Nous avons été sollicités par la communauté des entreprises françaises à Londres. Cela concerne des créations de filiales, mais pas de transfert de sièges. L'intérêt est de permettre aux entreprises francophones d'avoir un pied en Europe. Le cluster médical de Cambridge, qui regroupe 400 membres, nous a également sollicités pour connaître les conditions d'installation d'une équipe de R&D. L'intérêt pour la Métropole est fort. Nous prévoyons d'autres opérations, d'autres journées de rencontres.

Quels projets choisissent plus facilement la Métropole ? Quelles filières ? Pour quelles raisons vient-on s'installer ou trouver des partenaires sur le territoire ?

Indéniablement la filière numéro un est celle des NTIC. Elle représente, en 2016, 35 % des 60 projets aboutis et 40 % des emplois générés. Aix-Marseille, c'est six domaines d'excellence (lire encadré). Outre le numérique, nous avons le maritime et la logistique, l'aéronautique et le naval, la santé, l'environnement et les éco-industries, l'art de vivre, le tourisme et le commerce. Ces six secteurs sont également ceux qui ont été identifiés par la Chambre de commerce et d'industrie Marseille Provence.

Cela signifie qu'il existe une ligne forte. Ces secteurs sont d'ailleurs représentés dans les projets concrétisés en 2016. Dans un comparatif hexagonal, Provence Alpes Côte d'Azur est au deuxième rang pour les industries portées par des entreprises étrangères, et cela concerne notamment l'aéronautique et le médical. Dans les fonctions, ce sont plutôt des centres de R&D. D'ailleurs, sur quinze années d'implantations étrangères en PACA, c'est l'ouverture de centres de R & D par les entreprises américaines qui est majoritaire. Aix-Marseille correspond à la Californie. On sait ce qu'il faut « vendre », et à qui.

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ENCADRE
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Résultats en 2016

  • Nombre de projets accompagnés : 127
  • Visites du territoire organisées pour des entreprises : 122
  • Nombre de projets d'investissements aboutis : 60
  • Créations d'emplois à trois ans : 1.240
  • Part des entreprises étrangères en nombre d'emplois : 55 %
  • Part des entreprises françaises en nombre d'emplois : 45 %
  • Économie numérique : 35 % des projets aboutis
  • Maritime - Logistique - Tertiaire supérieur : 17 % des projets aboutis
  • Santé - Bien-être : 17 % des projets aboutis
  • Art de vivre - Tourisme - Commerce : 11 % des projets aboutis
  • Mécanique - Aéronautique - Naval : 10 % des projets aboutis
  • - Environnement - Éco-industries : 10 % des projets aboutis

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