Comment Thales Alenia Space veut conserver son leadership

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(Crédits : DR)
Continuer à dérouler son expertise, travailler sur l'innovation, renforcer son empreinte européenne… Les axes de consolidation sont pluriels pour le site de Cannes qui va également poursuivre ses investissements in situ.

"Les tendances sont bonnes". Pierre Lipsky reste prudent dès que l'on évoque le chiffre d'affaires de la co-entreprise franco-italienne. C'est que les résultats ne sont pas encore consolidés - c'est en cours - et puis "les neuf premiers mois étaient plutôt bien orientés". Surtout que 2016 aura été "une année exceptionnelle" en terme de lancements effectués. Sept au total, sur 7 lanceurs différents et à partir de 6 centres de lancement différents. "Une façon de montrer notre souplesse", dit le directeur du site cannois.

Compétences reconnues

Il y a ainsi eu Jason 3 pour les mesures océaniques, Sentinel 3A pour l'océanographie, l'environnement et l'étude du changement climatique, Sentinel 1B qui fait partie du programme Copernicus, Cygnus (en mars et en octobre) direction la station spatiale internationale, Exomars partie pour un voyage de 500 millions de kilomètres et Gokturk-1. Ce dernier présente une particularité, celle d'être le premier satellite export puisque construit pour le compte du sous-secrétariat de l'industrie de la défense de Turquie.

L'année a également été satisfaisante pour ce qui concerne les contrats signés, ceux-ci l'ayant été "dans tous les domaines" de compétences de TAS, c'est-à-dire en télécommunication, en observation, en exploration, en navigation et en solutions.

Quand l'innovation prend son envol

Si les cieux sont cléments et les nuages ne pointent pas à l'horizon, Thales Alenia Space sait que l'avenir repose sur la capacité à laisser une large part à l'innovation. Ainsi que l'explique Pierre Lipsky, le marché du spatial est un marché conservateur, pour autant les clients de la co-entreprise ont bien conscience que pour bénéficier de satellites et de solutions les plus pointues, il faut aussi prendre le risque d'innover. D'où une dynamique d'investissement sur les nouveaux produits. Comme cette nouvelle gamme de satellite dédié au marché de la mobilité - né d'un contrat passé avec l'opérateur SES - qui s'appuie sur la plateforme tout électrique Spacebus Neo et dédié à la diffusion d'Internet, de la télévision en direct et de contenus en temps réel. "Nos clients achètent désormais des solutions même lorsqu'elles sont en développement car ils savent qu'ils disposent ainsi au final d'un produit novateur".

Innover c'est aussi ne pas ignorer de tout ce qui est en émergence, comme le low-cost. "Nous ne nous en privons pas si cela apporte au client la même fiabilité", précise Pierre Lipsky.

Exemple parfait de ce qui ce préfigure pour demain, le projet Stratobus qui a officiellement démarré en avril dernier "est passé du buzz à la réalité". Pour rappel ce dirigeable stratosphérique représente un élément complémentaire, amené à prendre davantage d'ampleur dans les années à venir. Mené par un consortium régional auquel participent la CNIM ou encore Solutions F, il va prendre forme, d'abord via des démonstrateurs de petite taille - 3 à 4 mètres puis 40 mètres puis 100 m - avant de prendre sa taille définitive. Il sera testé et fabriqué puis mis en orbite depuis la base d'Istres. Un prototype fonctionnel est attendu pour 2019 ou 2020. "'Sil était déjà prêt, nous l'aurions vendu plusieurs fois", souligne Pierre Lipsky, indiquant indirectement tout l'intérêt que cette solution nouvelle suscite. D'autant qu'en s'abstenant d'avoir recours à un lanceur, son coût est de dix fois moins cher que celui d'un satellite.

Très terre à terre, la partage des données issues du spatial est une autre façon de participer à l'innovation, mais plutôt celle dont s'emparent les jeunes pousses. Sur le sujet TAS collabore avec Telecom Valley, le cluster des entreprises du numérique qui est basé à Sophia-Antipolis mais rayonne quasi-régionalement. Tout comme cela se fait à Toulouse avec Aerospace Valley.

Pour atteindre cette excellence dans l'innovation, TAS s'appuie aussi sur une politique de recrutement axée sur la diversité, autant des origines géographiques que des formations. Deux personnes sont également dédiées à la recherche de profils internationaux.

Version 4.0

Avec 200 embauches, 2016 aura été une année fructueuse également du point de vue RH. "2017 n'aura pas le même rythme", prévient Pierre Lipsky expliquant que néanmoins "il y aura toujours un minimum d'embauches pour assurer un filet de sang neuf". Car "nous sommes une entreprise qui se transforme". Et qui s'est déjà engagée dans ce que l'on appelle l'usine 4.0, notamment en intégrant un robot capable de remplacer l'humain pour des activités manuelles, laborieuses et longues. "Cela génère d'autres métiers et permet la réduction de planning très importante", note Pierre Lipsky. Qui compte bien faire aboutir le projet de construction d'un nouveau bâtiment, voulu pour remplacer des bâtiments provisoires. Le projet a obtenu l'accord de Thales Immobilier et pourrait générer un investissement de 10 M€. "Nous allons également mener des transformations dans les salles blanches". Néanmoins le directeur cannois rappelle qu'il existe un niveau d'investissements constants sur le site, de l'ordre de moins de 10 M€ par an.

Vision européenne

Et puis si TAS se résume souvent à être identifiée française et italienne de par ses origines, il n'en reste pas moins que la joint-venture travaille à amplifier son ancrage européen. Ainsi a-t-elle fait l'acquisition de la division optoélectronique du groupe RUAG en juillet dernier, basée à Zurich entraînant la création d'une filiale suisse. TAS est aussi présente en Allemagne, au Royaume-Uni, en Espagne et en Belgique. 2017 "sera orientée télécom", indique le directeur du site cannois. Pour rappel TAS emploie à Cannes 2 200 personnes. L'entreprise a réalisé en 2015 un chiffre d'affaires de 2,1 milliards d'euros.

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