Aix-Marseille French Tech fait-elle l'objet d'une OPA ?

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(Crédits : DR)
En affichant sa volonté de participer à l'animation du label Aix-Marseille French Tech, l'association toute neuve Aix-Marseille 2.0 menée par l'entrepreneur Pascal Lorne semble vouloir secouer le cocotier provençal. De la bonne volonté revendiquée à la réalité du terrain, ce n'est pas si simple.

Il aura suffit d'un "post" sur Facebook, il y a quelques jours pour que l'agitation se fasse. Pascal Lorne, le PDG de l'entreprise de travail temporaire GoJob, y annonce en effet sa volonté de créer un collectif d'entrepreneurs - jusque là rien de très original - mais aussi de faire acte de candidature à la présidence du mouvement French Tech.

Ce 2 novembre, le collectif est officiellement une association, baptisée Aix-Marseille 2.0, rassemblant 25 entrepreneurs, appelés ambassadeurs. Où l'on retrouve le PDG de Price Minister et de France Digitale, Olivier Mathiot, Cyril Zimmerman d'HiMedia, Ludovic Deblois, le patron de Sunpartner, Marc Schillaci, celui d'Oxatis ou encore Valérie Segretain, ex-HighCo et désormais à la tête de sa startup, CustomerLabs. Egalement engagés, le duo de P.Factory, Patrick Siri et Bertrand Bigay ou encore le vice-président de thecamp, Lionel Minassian.

Le comment du pourquoi

Une association qui veut, dit Pascal Lorne, "participer à faire rayonner encore davantage le territoire à l'international et servir mieux l'innovation". Un credo que ce chef d'entreprise, qui revendique des succès entrepreneuriaux de l'autre côté de l'Atlantique d'où il est revenu il y a deux ans, développe, arguant que "le monde du soft est souvent très représenté, ce qui n'est pas le cas des biotechs et de la filière solaire. Notre idée est de représenter l'ensemble de la technologie et de l'innovation, notamment celle qui vient du monde de l'Université".

Une association qui arrive avec des projets sous le bras, notamment un projet d'école centrée sur l'enseignement du marketing et évidemment inspirée du ponte sur le sujet, Xavier Niel et son école 42. Un trou dans la raquette évident, explique encore Pascal Lorne. "Le marketing de l'innovation c'est des recettes de cuisine que chaque chef d'entreprise crée de son côté. En nous inspirant du compagnonnage, nous voulons permettre aux jeunes, sans formation académique, d'obtenir une formation diplômante, qui se traduira par un cycle de 3 ans avec des demi-journées de présence au sein d'autres entreprises du territoire, issues de différents secteurs".

L'autre projet est cette rencontre startups-investisseurs marseillais, parisiens et londoniens programmée pour le 22 février prochain. Un événement, qui selon Pascal Lorne, a pour but de donner accès à un niveau de financeurs qui n'est pas présent en Provence. "Les startups n'ont pas le degré de maturité suffisant pour être entendues par des VC installés à Paris ou Londres. C'est un exercice de style qui ne s'improvise pas".

Moi président ?

A la question d'une volonté réelle de briguer ou pas la présidence d'Aix-Marseille French Tech, Pascal Lorne, assurant n'être animé par aucune considération politique, répond que "nous nous mettons à la disposition du mouvement AMFT (actuel NDLR). Nous ne sommes pas sur un mode agressif. Mais il y a des marges de progression sur l'internationalisation, une légitimité sur l'innovation et le financement. Notre intérêt est pour la jeunesse et le territoire".

Sur la forme et la manière, Aix-Marseille 2.0 divise. Il suffit là encore de consulter les différents posts qui se sont succédés sur les réseaux sociaux. Surtout, pour replacer le sujet dans son contexte, Aix-Marseille French Tech est animée depuis l'obtention du label par l'association Medinsoft, présidée aujourd'hui encore par André Jeannerot, avec Stéphane Soto au poste de DG. C'est à ce titre qu'ils sont l'un et l'autre et respectivement président et DG d'Aix-Marseille French Tech. Le départ annoncé à la fin de l'année d'André Jeannerot de son poste au sein de Medinsoft semble avoir ouvert la voie à d'autres candidatures. Sauf que dans la réalité, ce n'est pas aussi linéaire.

Satisfaction, valeur de reconduction ?

Les décisionnaires finaux sont les membres du comité des financeurs. Un comité qui réunit en son sein, Aix-Marseille Provence, les villes de Marseille et Aix-en-Provence ainsi que la CCI Marseille Provence.

Interrogé par La Tribune, Stéphane Paoli, à la fois représentant d'Aix-en-Provence mais aussi de la Métropole au titre de remplaçant temporaire de l'élu titulaire en charge du numérique, Gérard Bramoullé, dit "ne pas avoir connaissance d'un nouveau dossier et ne pas avoir été approché en ce sens ni au titre de la Métropole ni d'élu d'Aix-en-Provence. Il y a des règles à respecter. Les états des lieux qui ont été faits lors d'une réunion la semaine dernière ont montré que nous étions satisfaits du travail effectué par l'équipe actuelle. Nous sommes plutôt dans un esprit de continuité".

De son côté, Daniel Sperling, l'adjoint en charge du numérique pour la Ville de Marseille, également joint par La Tribune se dit "très heureux d'entendre toutes nouvelles initiatives qui peuvent contribuer à la réussite du label Aix-Marseille French Tech. Nous avons souhaité faire un arrêt sur image pour redessiner la feuille de route d'AMFT et trouver les bonnes stratégies à mettre en œuvre pour les années qui viennent. A ce stade, nous sommes très satisfaits du travail fait par les équipes qui ont animé ce label mais il est du devoir du comité des financeurs de faire un point et de mesurer la stratégie qui doit être menée et quelle est la meilleure équipe pour cela".

Route à tracer

Du côté d'Aix-Marseille French Tech et de son DG, Stéphane Soto, on assure que "chacun présentera sa feuille de route au comité des financeurs, qui décidera de qui continuera à opérer le label". Mais la question fondamentale est bien celle-là : Medinsoft et les équipes qui animent actuellement la French Tech ont-ils démérité ? Sans doute pas. L'EMD, basée à Marseille, a elle aussi un projet d'école qui s'appuie sur AMFT et comprendra un cursus incluant 2 années d'informatique et 2 années de management. Les French Tech Weeks et son Grand Opening qui rassemblent 1 800 personnalités du monde du numérique, dès le mois de septembre, jouent leur rôle de fédérateurs. Animer un label French Tech n'est pas un long fleuve tranquille et la façon de le faire est aussi multiple et diverse qu'il existe de territoires dans l'Hexagone. De bonne recette il n'y a sans doute pas. Comme pour entreprendre d'ailleurs. Seulement des fondamentaux, des trucs de base à respecter. Dans un mois, le comité des financeurs rendra son verdict. Si l'emblème de la French Tech est celui du coq, ce serait tout de même bien que ce ne soit pas ce combat qui l'emporte. Sous peine de finir... déplumé.

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