Rendre l’eau accessible, le pari d’Oshun

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(Crédits : DR)
Cette toute jeune entreprise basée au Tholonet s’est constituée à la faveur d’un partenariat liant la Société du canal de Provence, Mios et UV Germi. Objectif : potabiliser l’eau à grande échelle et la rendre accessible à un prix social dans les pays pénuriques en la matière.

2,5 millions de morts chaque année à l'échelle mondiale due à une mauvaise gestion de l'eau, un milliard de personnes qui n'ont pas accès à l'eau potable et peu d'entreprises investies sur ce marché, laissé généralement aux ONG car jugé trop peu lucratif: c'est forte de ce constat que la Société du Canal de Provence, investie de longue date dans la coopération décentralisée, a souhaité quant à elle s'y positionner. "Cela faisait 3 à 4 ans que nous avions opéré cette prise de conscience, plus longtemps encore que nous travaillons sur la problématique de l'eau potable hors de nos frontières", explique Jean-Marc Philip, anciennement chef de service Solutions pour l'eau à la SCP et aujourd'hui président d'Oshun.

Providence

Une nouvelle entreprise qui a vu le jour le 21 septembre dernier à la faveur d'un partenariat liant la SCP, l'aixoise Mios et la corrézienne UV Germi. Et si la SCP a cru bon de s'entourer de la sorte, c'est pour une bonne raison. "Si aucune entreprise n'a réussi jusqu'ici à amener de l'eau potable, c'est parce qu'elles ne réunissent pas l'ensemble des conditions qui lui permettraient de mener cette mission à bien : outre les aptitudes de traitement de l'eau, il faut également les connaissances rurales, l'accès culturel, la connectivité pour gérer ces infrastructures à distance, du fait qu'elles sont parfois implantées dans des contrées très isolées. C'est pour cela que nous nous sommes associés avec Mios, qui est spécialiste de la télégestion et du Machine to machine et de UV Germi, acteur du traitement de l'eau par Uvc". Le résultat de cette alliance ? La conception d'une solution nommée Providence, un système de traitement de l'eau potable conçu et fabriqué en France, léger et permettant de traiter l'eau là où elle est. Un puits, Providence, et le tour est joué : ce dernier point est déjà en soit en rupture avec le modèle de distribution de l'eau des pays industrialisés, davantage basé sur la centralisation. Ces appareils fonctionnent via énergie photovoltaïque, "ce qui permet d'offrir une alternative à l'eau en bouteille, qui dans ces pays se monnaye à des coûts exorbitants. Car l'idée, c'est bien sûr de proposer une eau aux normes européennes à un prix social, donc facilement accessible"

Première offensive au Sénégal

Une rationalisation des coûts obtenue déjà par ce fonctionnement aux EnR, qui permet de se passer des énergies fossiles. "Il s'agit également d'un système hydraulique, aucun pompage n'est nécessaire pour effectuer le traitement de l'eau". Et puis le fait que les machines soient connectées permet de les piloter à distance, de réduire les coûts de maintenance et d'entretien... Les infrastructures prendront la forme d'un kiosque à eau, soit le puits, le système Providence, d'une capacité de production de 10 m3 d'eau potable par jour, de quoi alimenter quotidiennement 2 000 personnes, mais aussi d'un point de vente où s'effectue l'achat de l'eau mise en bouteilles. "Une architecture qui permet de créer sur chaque kiosque un emploi direct et cinq indirects, principalement dans les fonctions de transport et de logistique".

L'idée étant de se déployer rapidement, puisque la technologie a été éprouvée. Oshun vise principalement l'Afrique Sub-Saharienne et l'Afrique centrale, ainsi qu'Haïti. L'idée étant de mettre en place une filiale dans dix pays cibles, plusieurs centaines de kiosques dans chacun d'eux afin de subvenir aux besoins quotidiens de 500 000 à 600 000 personnes. "En 2018, nous commencerons par le Sénégal en visant les 100 kiosques d'ici la fin de l'année prochaine. Nous prévoyons aussi l'ouverture d'un deuxième pays en Afrique, mais nous n'avons pas encore décidé lequel". Des ambitions qui nécessitent forcément du cash. "Les fonds investis par les trois actionnaires de la société font que le capital social (500 000€, NDLR) est suffisamment important, nous avons de grosses capacités d'investissement et nous travaillons pour l'instant sur fonds propres. Mais une levée de fonds est en cours pour accélérer ce déploiement à court terme, on espère terminer un premier tour de table début 2018", poursuit Jean-Marc Philip.

R&D en bactériologie aussi

Parallèlement, Oshun poursuit ses programmes de R&D dans le domaine de la bactériologie, en partenariat avec Aix-Marseille Université. L'idée étant de traiter l'ensemble des polluants émergents, tels le glyphosate ou le fluorure. "L'eau, c'est une question de santé publique. Dans certaines contrées, on ne peut pas administrer de traitements médicamenteux tout simplement parce qu'il n'y a pas d'eau... Notre modèle économique se fonde donc sur l'obligation de résultats, et non pas de moyens", conclut le président.

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