Intellinium marche d'un bon pas

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(Crédits : DR)
L’entreprise basée à Aix-en-Provence est en passe d’achever l’expérimentation menée avec Enedis et portant sur la conception d’une chaussure de sécurité intelligente. De nouveaux clients signés, des demandes à l’international... l’avenir est prometteur.

Elle devrait se clore au mois de mars 2018. L'expérimentation menée par Intellinium pour le compte d'Enedis et portant sur la conception d'une chaussure de sécurité connectée prendra donc quelques mois de plus, mais c'est pour la bonne cause : "la version que nous allons livrer est beaucoup plus aboutie. Nous avons dû composer avec des demandes supplémentaires... Par exemple Enedis souhaitait que le produit puisse résister quelques minutes à une immersion. Ce sont donc des itérations, de la R&D, encore... on en est là, avec des livraisons d'unités calées à fin décembre", explique Matthieu Destrian, fondateur d'Intellinium.

Pas qu'une chaussure

Pour mémoire, c'est en 2014 que l'entreprise est contactée par Enedis (ERDF à l'époque) pour une problématique métier. Il s'agit concrètement de protéger le travailleur et de réduire le nombre d'accidents du travail. "Nous avons eu six mois pour analyser d'un point de vue systémique le travail et son environnement. Et nous sommes revenus en disant que la solution, c'était de transformer un équipement de protection : la chaussure de sécurité. On a commencé à prototyper, à déposer les brevets... Soit au final, trois ans de R&D". Trois ans pour aboutir à un produit qui "est bien plus complexe qu'une simple chaussure munie de capteurs", poursuit Mathieu Destrian. Car elle intègre en effet autant d'intelligence que les smartphones. Soit des algorithmes, de la data... le tout pour une protection en toutes circonstances. Par ailleurs, la question du design "a été abordée avec une logique qui est celle du monde de l'aéronautique"... A savoir que nombre de composantes ou de systèmes ont été doublés. Concrètement, cette chaussure "alerte le travailleur en cas de danger à travers des vibrations, c'est le bon canal pour communiquer. Et lui peut émettre des messages par le biais de pression au niveau de l'orteil, mais aussi en appuyant sur un bouton extérieur, avec la main". Il peut donc communiquer quel que soit le type de problème rencontré sur le terrain.

Fabrication en marque blanche

Une période de réflexion nourrie en termes de R&D donc... Puis ensuite douze mois d'industrialisation. "Depuis 2014, nous avons travaillé avec trois typologies d'acteurs. Notre premier choix s'est porté sur un américain, l'un des plus gros mondiaux, vu qu'il s'agissait d'une innovation de rupture...  Mais les délais en termes de décisions étaient ceux des très grands donneurs d'ordre, ils étaient également aux prises avec des thématiques boursières... cela ne nous convenait pas". Intellinium s'est donc ensuite tournée vers un local, le vauclusien Gaston Mille pour retrouver d'avantage de réactivité et de flexibilité... mais la sauce ne prend pas. eLes modes de fonctionnement, la logique et les risques sont différents dans l'économie traditionnelle et dans la nouvelle... "Finalement nous avons décidé de faire les choses nous-mêmes en passant aujourd'hui par un sous-traitant qui est un fabricant en marque blanche. Notre production sera donc estampillée Intellinium".

Un marché explosif

Reste à avoir une capacité de production qui permette de répondre à la demande... ce n'est pas si simple, le marché étant "explosif", aux dires de Mathieu Destrian. "Nous avons signé d'autres contrats, outre Enedis. Nous compton également une collaboration avec Shell". En 2017, Intellinium est sur une production de 250 unités, des demandes de clients d'ores et déjà payées. L'année prochaine, ce devrait être "plusieurs milliers d'unités au minimum". Sans compter l'appel du pied qui se fait perceptible à l'international, puisque l'Aixoise enregistre déjà des demandes de Corée, d'Inde, du Brésil... "Le prix de vente des matières premières augmente, donc pour sauvegarder leurs marges, ces pays travaillent sur leur structure de coût. Or, les accidents de travail leur reviennent cher. Sécuriser leur travail, ça leur fait gagner de l'argent. Nous nous dirigeons sur un marché avec des zones géographiques entières qui vont être converties. On a actuellement plus de demandes que notre capacité de produire", avance Mathieu Destrian. Intellinium monte ainsi toute une chaîne de sous-traitants. Pour mener à bien cette industrialisation, elle a entrepris de lever des fonds, une opération capitalistique qui se termine en décembre. De quoi permettre d'aller très rapidement à l'export.

Double effet

Parallèlement, elle a développé un autre produit basé sur la même technologie, un connecteur de machines, pour lequel des clients se sont déjà fait connaître. De grands donneurs d'ordre. "La plateforme logicielle est la même, la boîte dans laquelle on met l'informatique est différente. Ce type de solution intéresse l'industrie... Il s'agit d'un boitier qui se plugge sur une machine, détecte les vibrations anormales". On est donc dans la maintenance, la panne et le danger prédictifs. Et la cible prioritaire... là c'est l'Allemagne, où l'industrie 4.0 représente un marché colossal. "Nous allons ouvrir un premier bureau là-bas, nous y avons de grosses entreprises clientes, des sous-traitants". Ainsi, conclut Mathieu Destrian, "les ressources, nous les avons. Notre faiblesse pour l'heure c'est de ne pas avoir d'usine en propre... Mais nos clients et nos sous-traitants sont des géants, ils nous coachent et nous accompagnent. Ce qu'il nous faut, c'est fédérer ces acteurs".

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