"Croissance et niveau de vie : l’Asie peut-elle servir de modèle à l’Afrique ? "

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(Crédits : Bpifrance)
Les pays pauvres sont-ils condamnés à le rester ? Cette question posée il y a une dizaine d’années par William Easterly, ancien économiste à la Banque Mondiale, reste d’actualité pour les pays d’Afrique sub-saharienne.

Le Fonds Monétaire International y prédit une croissance modérée autour de 3 % pour l'année 2017, dans une conjoncture internationale caractérisée par des chocs multiples : financiers, monétaires, budgétaires. Environ 7 % de la population mondiale en situation d'extrême pauvreté habite au Nigéria, 5 % en République Démocratique du Congo. Le continent compte un grand nombre de travailleurs pauvres. De plus en en plus d'africains sont convaincus que la croissance qui est bonne pour leurs pays a ses racines dans une autre culture, un autre capitalisme, et d'autres institutions que celles des pays occidentaux. L'Afrique gagnée aujourd'hui par le débat sur l'occidentalisme regarde vers l'Asie pour tenter de trouver des solutions à sa pauvreté.

Quatre principes

Le mode d'organisation économique et sociale d'un certain nombre de pays asiatiques repose sur quatre principes. 1) les objectifs de la nation priment sur les désirs individuels ; 2) l'individu est identifié en rapport à sa fonction sociale dans une communauté donnée ; 3) on attend de chacun une abnégation individuelle pour le bien de tous ; 4) les règles et conventions sociales ont leur source dans la culture du pays. Pour aboutir à une croissance forte, ces principes ont été appliqués à un modèle de croissance aux antipodes de ceux enseignés par les manuels. Il s'agit de la stratégie en vol d'oies sauvages de l'économiste japonais Kaname Akamatsu, selon laquelle il ne peut y avoir de croissance inclusive sans montée en gamme de la production. Un pays commence par produire des matières premières et importe des produits manufacturés des nations industrielles. Puis, il fabrique ses propres biens de consommation et protège ses secteurs nationaux de la concurrence extérieure, tout en continuant à importer des biens d'équipements. Durant la phase suivante, il se met à fabriquer des biens d'investissement et entre en concurrence avec les mêmes biens étrangers. Enfin, il devient exportateur de biens d'équipement et de biens de consommation. Dans de nombreux pays d'Asie, ce capitalisme confucianiste semble avoir promu une croissance inclusive en augmentant l'emploi, en élevant le degré de qualification des travailleurs, en améliorant la santé des populations, en facilitant l'accès au crédit, en améliorant l'accès à l'eau potable et à des infrastructures énergétiques.

On ne court jamais deux lièvres à la fois

A cela, est venu récemment s'ajouter un modèle d'innovations technologiques propre aux pays pauvres et prôné par des économistes indiens, celui des innovations frugales : créer des biens et services innovants adaptés aux besoins locaux. Ces innovations sont peu coûteuses et demandent surtout de l'ingéniosité.

La transposition à l'Afrique du modèle du modèle de croissance asiatique nécessiterait que soient levés plusieurs obstacles. Le premier est celui de la transition démographique que nombre de pays n'ont pas encore achevée. Sans cela, les taux de croissance démographiques élevés ne pourront se transformer en dividende démographique. Le second défi est plus gigantesque encore. Il a plusieurs dimensions : politique, économique et géopolitique. Nombre de pays sont pourvoyeurs de matières premières, dépendants sur le plan alimentaire de l'extérieur et surtout dépendants financièrement. L'attrait pour la stratégie en vol d'oies sauvages laisse-t-il entrevoir une manière pacifique de rompre avec la division internationale des échanges imposée au continent depuis le traité de Berlin de 1848, au cours duquel les puissances européennes ont tracé les frontières actuelles du continent ? La troisième barrière à franchir est un dilemme. On ne court jamais deux lièvres à la fois. La croissance inclusive doit avoir comme premier objectif la réduction de la pauvreté. La lutte contre les inégalités viendra dans un second temps.

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Gilles Dufrénot intervient ce mardi 9 mai à parti de 19h à la Villa Méditerranée, en compagnie de Philippe Hugon pour un "Mardi de la Villa" intitulé "Afriques, entre vulnérabilité et puissance".

Les Mardis de la Villa se déroulent en partenariat avec l'AMSE et La Tribune.

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