Nice Côte d'Azur, un terrain de jeu à ciel ouvert

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Le prisme du périmètre territorial, c'est ce qui caractérise un autre type de démonstrateur, le Monitoring urbain environnemental. Opérationnel dès 2007 avec l'installation de 120 capteurs, il a pris de l'ampleur puisque ce sont désormais 3. 000 capteurs qui auscultent 160 hectares. Ici, une vue du port de Nice.
Le prisme du périmètre territorial, c'est ce qui caractérise un autre type de démonstrateur, le Monitoring urbain environnemental. Opérationnel dès 2007 avec l'installation de 120 capteurs, il a pris de l'ampleur puisque ce sont désormais 3. 000 capteurs qui auscultent 160 hectares. Ici, une vue du port de Nice. (Crédits : iStock)
Penser la « smart city », c'est bien, mais pouvoir tester in vivo ce qui a été écrit sur le papier est la meilleure façon de réussir la ville intelligente. Laquelle ne peut se faire sans les entreprises et... le citoyen.

Du laboratoire à l'expérimentation réelle, il n'y a qu'un pas, pour autant pas toujours facile à franchir. Cependant c'est bien en testant grandeur nature les apparentes bonnes idées que celles-ci pourront être validées... ou pas. Cette sorte de cercle vertueux - la collectivité encourage, l'entreprise imagine et déploie avec l'aide de la première, le citoyen dit oui ou non - c'est le modèle adopté assez rapidement par la Métropole Nice Côte d'Azur. Déjà en 2011, c'était bien le but de Nice Grid, ce démonstrateur posé dans la zone de Carros, pour voir « en vrai » comment intégrer le photovoltaïque dans l'alimentation électrique des entreprises industrielles et des particuliers.

Et c'est un consortium formé pour l'occasion, composé d'Enedis, Alstom Grid, EDF, Saft, Armines, RTE, Daikin, NetSeenergy, Socomec et la PME varoise Watteco qui s'était attelé à la tâche. Cette sorte de préfiguration se perpétue depuis lors. Car c'est ce qui fait la force de Nice Côte d'Azur : sortir du laboratoire pour passer à l'échelle 1, celle du territoire. C'est ce qui plaît aux industriels.

Ainsi, après Nice Grid, place à Interflex, ce démonstrateur sélectionné par l'Europe dans le cadre du programme Horizon 2020. Il sera également piloté par Enedis, qui va travailler sur le stockage d'énergie, le véhicule électrique, l'effacement de la consommation, l'îlotage, l'automatisation du réseau et l'intégration des vecteurs d'énergie - une expérimentation similaire est déployée dans quatre autres pays : la République tchèque, la Suède, les Pays-Bas et l'Allemagne.

« Les cinq démonstrateurs ont des missions comparables et travaillent sur des thèmes qui doivent être traités avec le prisme du territoire », dit Bernard Mouret, le directeur Côte d'Azur d'Enedis avec néanmoins l'objectif « d'industrialiser un modèle économique ».

L'enjeu de la concrétisation

Le prisme du périmètre territorial, c'est ce qui caractérise un autre type de démonstrateur, le Monitoring urbain environnemental. Opérationnel dès 2007 avec l'installation de 120 capteurs, il a pris de l'ampleur puisque ce sont désormais 3. 000 capteurs qui auscultent 160 hectares. Là encore, c'est un ensemble d'entreprises - grands groupes et PME - qui a réuni ses compétences : Veolia dans le rôle de pilote avec IBM, Orange, M20City (opérateur de télé-relèves créé par Veolia Eau et Orange) et IT&[email protected]

L'idée est de faire concret, concret et encore concret ! Ce qu'explique Philippe Maillard, directeur de projets du pôle innovation chez Veolia, rappelant que les services déployés doivent à la fois répondre aux enjeux de la métropole et permettre aux industriels de faire la démonstration de la théorie pour déployer sur d'autres territoires.

« L'objectif est de tester des services de A à Z, d'être présent sur l'ensemble de la chaîne de valeur, de récupérer les informations données par les capteurs car c'est cela la valeur ajoutée. Nous avons véritablement voulu mettre l'accent sur l'aspect bénéfice pour le citoyen. Et nous devons être interdisciplinaires ».

Une préoccupation très pratique qui s'inscrit dans des sujets fondamentaux : la santé, l'environnement et le bruit. Plusieurs services sont en cours de test notamment via l'Observatoire du bruit (ce qui a valu un « Décibel d'argent » décerné par le conseil national du bruit et le ministère de l'Environnement en décembre dernier) avec des expérimentations sur ce qui concerne le classement sonore des infrastructures routières, l'impact sonore des chantiers, la qualité de l'air externe...

« Nous avons également un projet avec Peugeot et IBM pour récupérer les informations des véhicules et pouvoir affiner les cartographies d'Air PACA. Nous avons également mis au point une application qui monitore les ultraviolets [développée par Orange, Ndlr] et qui conseille sur la protection à adopter », précise Philippe Maillard.

L'une des prochaines expérimentations concerne les ondes électromagnétiques. Comme quoi, la smart city, ce ne doit pas être le numérique à outrance mais bien la qualité de vie comme vocation première.

Dans le même ordre d'idée, il y a ce comptage de chauve-souris - l'animal est significatif de la bonne santé environnementale - qui va être effectué en juin grâce au numérique en collaboration avec le musée d'Histoire naturelle permettant de générer des analyses plus rapides en vue de cartes animées. Métropollen, l'application développée il y a un an grâce aux données du monitoring urbain et qui envoie des notifications personnalisées selon le type d'allergie pollinique, produit déjà son effet de duplication et intéresse des métropoles telles Bordeaux, Lyon, Toulouse ou Paris.

Bac à sable

Au moment où le terme data devient omniprésent et où se pose la question de l'interprétation pratique qui doit en être faite, l'Institut méditerranéen du risque, de l'environnement et du développement durable (IMREDD) montre déjà que c'est possible. Installé au sein de l'éco-Vallée, cet outil est l'indispensable interface entre la recherche fondamentale et l'innovation, entre la Métropole et les industriels. « C'est notre bac à sable », dit son directeur Pierre-Jean Barre.

Porté par l'Université et la Métropole, il a déjà reçu plus de 127 délégations d'entreprises étrangères en 2016, charmées par ce qu'il permet : recueillir les données et les mettre à disposition. Des grands industriels impliqués dans les sujets smart city ont déjà signé des conventions avec cet institut dont la plateforme collaborative a certes pour but de fournir de la donnée pour alimenter des projets réels, mais c'est aussi contribuer au changement de mentalité et aux réflexions sur les métiers de demain.

« Notre avantage est que nous travaillons sur le temps réel. Chaque bonne idée qui est concrétisée nous donne un coup d'avance ».

Avec la Métropole, c'est par exemple sur le tramway connecté que l'IMREDD travaille. Un tramway intelligent qui intègre certes de la connexion mais apporte un service plus poussé comme la gestion du bien-être des clients [une partie du parcours de la seconde ligne sera enterrée ndlr] ou encore l'information des usagers. Le tram équipé de capteurs peut également fournir des éléments de surveillance (monitoring) urbaine. Sans parler des promesses du smart trafic...

Autre sujet sur lequel l'IMREDD se penche, celui de la tarification électrique dynamique, c'est-à-dire prenant en compte le comportement du consommateur et le moment où cette consommation est effectuée. Un peu comme cela se passe pour la billetterie d'avion où en fonction du moment où le vol est programmé, le prix fluctue. « Aujourd'hui la technologie n'est pas suffisante », résume Pierre-Jean Barre. Elle est le point de départ peut-être mais certainement pas la finalité.

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