Monaco, la "startup Principauté"

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(Crédits : DR)
Coincé entre mer et montagne, le Rocher est souvent résumé par le triptyque paillettes, luxe et volupté. Mais les contraintes géographiques et le besoin de diversifier l'économie poussent à encourager l'innovation. Et les jeunes entreprises. Surtout si Xavier Niel s'en mêle...

Monaco illustre à merveille l'Invitation au voyage de Baudelaire, réunissant en un territoire de seulement 2 kilomètres carrés, tout à la fois « luxe, calme et volupté ». Destination touristique par excellence, provoquant la curiosité pour ce qui est du destin de sa famille princière, connue mondialement pour ses yachts, ses paillettes, son glamour et une espèce d'art de vivre à part, la Principauté n'en n'est pas moins un pays avec une économie structurée très tournée, historiquement, vers l'industrie. Or, comme toute autre contrée du globe, Monaco ne vit pas hors sol. Et jette un regard intéressé du côté de l'innovation. Un sujet pourtant pas tout à fait nouveau pour le territoire monégasque qui a déjà eu pour précurseur, notamment, le prince Albert Ier, bien connu pour son goût des nouvelles technologies de l'époque, sans oublier les laboratoires pharmaceutiques, déjà versés dans ce qui peut être nouveau et disruptif.

Pour autant, l'innovation est bel et bien un axe de diversification qui émerge véritablement. D'un côté, parce que les entrepreneurs monégasques eux-mêmes, ne vivant pas hors du monde, s'emparent de ces sujets. Monaco, qui plus est, est riche de 139 nationalités, ce qui l'ouvre automatiquement sur le monde. Et le gouvernement, aussi, a réellement conscience qu'un soutien encore plus appuyé, mais surtout bien plus visible, à l'innovation, doit contribuer à orienter l'économie du pays.

MonacoTech, inspiré de Station F

L'idée d'un outil d'aide et de soutien aux pépites qui disruptent, Jean Castellini, le conseiller de gouvernement, ministre des Finances et de l'Économie, l'avait en tête depuis quelques années. Ce diplômé d'HEC, avec un parcours passant par Russel Investments et la banque J. Safra, connaît évidemment bien le contexte du financement. Et puis il y a aussi cette étude réalisée par un cabinet de conseil suite à la création il y a deux ans de l'Observatoire de l'industrie, qui livre des pistes de diversification et suggère que l'évolution de l'économie monégasque passe par la conservation de la matière grise, par la recherche, l'ingénierie... L'idée était donc là.

Le rachat de 55% du capital de Monaco Telecom en avril 2014 par Xavier Niel va être le petit coup de pouce qui va accélérer le mouvement. Car l'autre partie du capital de Monaco Telecom est détenue par... le gouvernement. Et quand l'entrepreneur et le ministre se sont mis à parler innovation, l'idée s'est transformée en projet. Et le projet en incubateur-accélérateur. À l'automne, MonacoTech, inspiré de Station F, investira 800 m2 de locaux dans le même bâtiment que l'opérateur monégasque, qui pilote donc l'incubateur pour le compte de l'État. L'appel à projets a été lancé, la phase de sélection comprend, outre un dossier initial, un entretien vidéo puis un entretien face-à-face avec le jury, lequel sera composé des représentants des services de l'État et de professionnels sélectionnés en fonction des profils des startups et entreprises candidates. Pour tenir la barre de MonacoTech, c'est Fabrice Marquet, un enfant du pays, parti aux États-Unis, chercheur à Columbia, qui a été choisi. Soit un savant mélange de connaissance du pays et de mentalité nord-américaine.

Positionner Monaco sur la carte

S'il est question de diversification économique, néanmoins « nous sommes là pour montrer que Monaco peut être sur carte », dit Jean Castellini. Et de fait, « la démarche sera très secteur privé », souligne encore le ministre - comprendre : « dans l'état d'esprit ». Bien sûr, cette impulsion donnée à l'innovation va permettre à la Principauté de se positionner plus fortement. D'autant que les rapports avec la France, voisine, vont se resserrer. Ils sont même indispensables, ne serait-ce que parce que le territoire monégasque ne dispose pas de laboratoires de recherche, comme le souligne le cabinet EY, implanté aussi en Principauté. Ceux-ci sont à Nice ou à Sophia-Antipolis, ce qui va renforcer inévitablement les liens déjà établis. Créer une jonction entre entreprises et startups des deux côtés de la frontière, c'est déjà ce qu'a tenté le Monaco Côte d'Azur Business Hub (MCABH) en 2014. Présidé par Yannick Quentel, directeur du développement de Monaco Telecom, porté sur les fonts baptismaux avec deux autres entrepreneurs, monégasque et sophipolitain, Hervé Barbat et Hervé Mangot, ce hub compte une centaine d'adhérents et travaille à mettre en relation l'innovation azuréenne et le business monégasque.

« Nous devenons un hub de plus en plus légitime. Monaco est un pays qui ne fait pas peur, c'est un pays qui rassure. Il existe une volonté politique, un tissu économique pertinent, des acteurs volontaires », dit Yannick Quentel.

« Monaco était jusqu'alors cantonné au rôle de vitrine, ajoute Camille de Guillebon, le directeur PACA-Monaco d'EY. Mais c'est un lieu d'accueil pour les startups sans commune mesure, c'est un très bon biais pour une visibilité à l'international ». Comme quoi la valeur n'attend pas... le nombre de kilomètres carrés.

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ENCADRE

Monaco en chiffres *

  • Population : 37 308 personnes.
  • Nationalités : 139 nationalités différentes.
  • Budget de l'État : 1,25 Md € de recettes, 1,21 Md € de dépenses.
  • Excédent : 35,9 millions d'euros.
  • Nombre de salariés : 47 919 salariés travaillent dans le secteur privé, soit une augmentation de 0,9 % par rapport à 2015.
  • Lieu de résidence des salariés : 51 % proviennent des Alpes-Maritimes, 25,5 % des communes limitrophes, 13,8 % de Monaco, 7,8 % d'Italie.
  • Nationalités des salariés : 64 % de Français, 14,6 % d'Italiens, 6,7 % de Portugais, 2,1 % de Monégasques.
  • 11.164 emplois, soit 22 % de l'emploi global, tel est le poids du premier secteur de la Principauté constitué des activités scientifiques et techniques, y compris les services administratifs et de soutien.
  • PIB : 5,4 milliards d'euros

(*) Source : IMSEE Monaco Statistics.

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