Primaire de la droite : quand Nathalie, Nicolas, Alain et François draguent dans le Sud

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François Fillon lors de sa rencontre avec les chefs d'entreprises azuréens à Nice.
François Fillon lors de sa rencontre avec les chefs d'entreprises azuréens à Nice. (Crédits : DR)
C'est l'étape incontournable, le passage obligé, le dernier tour de chauffe. En deux jours Nice, La Garde et Marseille ont reçu la visite souriante et pleine d'espoirs de quatre des sept candidats à la primaire de la droite. L'occasion pour les chefs d'entreprises de mesurer en direct les programmes.

On ne reviendra pas sur la présence simultanée de Nicolas Sarkozy et Alain Juppé à Marseille ce jeudi 27 octobre. Surtout qu'ils n'étaient pas les seuls à avoir opté pour la cité phocéenne, Nathalie Kosciusko-Morizet ayant aussi décidé de venir en terre provençale. Ce vendredi c'est François Fillon qui "descendait" dans le Sud, à Nice, dans celle qui l'on présente souvent comme le fief de Nicolas Sarkozy. Bref, hormis les séances meeting et séquences dédicace de livres, ils se sont tous - sauf Nicolas Sarkozy - prêté au jeu des rencontres avec qui les jeunes - NKM chez Kedge Business School - les associations de femmes - Juppé chez Altafemina - ou les chefs d'entreprises - Fillon. L'occasion de montrer parfois sa différenciation.

Juppé, les femmes et la parité

Invité par le réseau de femmes Altafemina, Alain Juppé a remémoré l'appel qu'il avait lancé en août dernier au commencement de sa campagne, visant trois grandes causes : croissance durable, transformation numérique et égalité entre les femmes et les hommes. La France ayant sur ce dernier point "une place moyenne, avec un bilan contrasté. Nous sommes bons pour l'accès à l'éducation, l'enseignement supérieur, la santé, la protection juridique. Nous sommes moyens en termes d'inégalités salariales, en tenant la 9ème place sur les 28 en Europe. Mauvais pour ce qui est de la représentativité en politique. Et nous sommes très mauvais dans le domaine des violences faites aux femmes. C'est un scandale à faire cesser". Un combat qui a, selon lui, une valeur symbolique, humaine... mais aussi économique. Une récente étude aurait démontré que si les femmes bénéficiaient du même salaire que les hommes, le PIB de la France augmenterait de 7 %. Pour aller dans ce sens, le candidat à la primaire de préconiser de renforcer l'égalité dès le plus jeune âge. Ce qui passe par un travail sur la mixité des métiers, dont nombreux sont encore trop fermés aux femmes. "Je pense notamment aux professions scientifiques, aux métiers de l'ingénieur, aux data scientist... Il faut s'interroger sur le pourquoi de cette désertion dès l'école et leur expliquer qu'elles ont tout à fait leur place dans ces filières". En termes de représentativité des femmes dans les instances dirigeantes des entreprises, Alain Juppé porte un regard mesuré sur la loi Copé-Zimmerman, qui va se renforcer en 2017, avec un seuil fixé à 40 % de présence pour le sexe le moins représenté. "C'est utile, dans la mesure où cela permettra à des femmes de grande qualité d'accéder à ces instances. Malgré tout, on ne peut mettre des quotas partout. On a tendance à légiférer sur tout et de façon excessive. Dans ce domaine, il faut aussi une pression de la base sur les politiques, les patrons d'entreprises. Car on ne peut pas toujours tout attendre de la puissance publique". En attendant, il entend montrer l'exemple en induisant davantage de mixité dans son futur gouvernement, s'il est élu à la primaire, puis à l'élection présidentielle. "Car j'ai pris cet engagement de parité. Je souhaite par ailleurs un gouvernement peu nombreux, et des ministres qui seront véritablement des patrons de leur boutique. Ce qui ne peut être possible si on effectue trop souvent des remaniements. Il ne faudra donc pas se tromper dans le casting..."

NKM veut bousculer

Conviée par l'association Clepsydre de Kedge Business School, Nathalie Kosciusko-Morizet a évoqué sa présence à la primaire de la droite comme seule femme parmi les sept candidats. Elle évoque à quel point les milieux politiques sont fermés à ces dernières. "L'une des explications, c'est que tout se fait par cooptation, ce qui est beaucoup la règle entre hommes". Et pour NKM, ces réflexes sont très ancrés. Aujourd'hui, cela reste pour la candidate une bataille ardue à mener, d'autant qu'elle considère que l'on est engagé dans un mouvement de régression. Et il ne semble pas simple de faire bouger les choses : "quand j'étais numéro 2 du parti, j'étais en charge de la réforme de ses statuts. Et je voulais accorder une meilleure place à la parité en termes de représentativité au sein du parti. Ma proposition a été acceptée... Mais il a été décidé qu'il y aurait des membres de droit. A 90 %, ce sont des hommes... Donc à peine votée, la loi avait déjà été contournée".

De fait, de façon plus large, NKM se pose en incarnation d'une droite de progrès. Elle l'illustre notamment dans la façon dont elle aborde les mutations de l'économie française : "nous sommes en train de vivre une transformation séculaire. Ce n'est pas tant le numérique tout seul qui change le monde, mais la rencontre entre ce même numérique et tout un mouvement d'émancipation, porté par des individus en quête d'autonomie. Aujourd'hui les Français sont de plus en plus nombreux à vouloir créer leur entreprise ou tout au moins à travailler en tant qu'indépendant. Nous sommes dans une société qui bouillonne. Toutefois, le système est bloqué, très pyramidal". Il ne permet donc pas de faire la meilleure place à cette nouvelle économie, selon elle. "Le fait majeur, c'est l'émergence du travailleur indépendant. Il représente des viviers d'emplois". Pour accompagner ce phénomène, elle préconise la création d'un statut général du travailleur indépendant, la refonte du système de protection sociale afin d'en conférer une réellement adaptée à ce dernier. "Une question que je suis la seule à évoquer", martèle NKM.

Fillon, la force tranquille

Venu à Nice, face à plus de 200 chefs d'entreprise, François Fillon redit que "la France a tout pour être le premier pays d'Europe, et pourtant, elle ne fait que reculer". Et avant de détailler les éléments phares de son programme, qui de mieux qu'un chef d'entreprise pour en témoigner. En l'occurrence, l'ex-PDG de Numéricable et Capgemini, Pierre Danon, désormais directeur de campagne adjoint. Voilà qui en jette quand on vient parler d'économie. "Quand on aide les entreprises on ne fait pas de cadeau aux patrons, on aide l'économie. 95 % des patrons ne sont pas des voyous", martèle l'ancien dirigeant, histoire de taper sur deux, trois poncifs. "La France a la démographie, les infrastructures, la culture, le service public... pour se relever. On peut changer les choses à condition de faire preuve de détermination totale", assène un Fillon serein face à une salle acquise à sa cause. Le truc qu'il faut faire ? Comme De Gaulle et Mitterrand. Frapper un grand coup dès l'arrivée aux manettes, "changer (comme eux NDLR) le visage du pays en quelques mois". Et grâce à un "commando de 15 ministres qui soient des poids lourds dans leur secteur. Ce commando doit appuyer sur le bouton dans les 15 jours qui suivent l'installation du gouvernement". Il faudra donc appuyer fort sur le bouton car François Fillon le dit d'ores et déjà : "le budget 2017, ce n'est pas moi qui le fait, c'est François Hollande". Pour faire que ça aille mieux, le candidat Fillon propose 100 milliards d'économies réparties entre l'Etat, les collectivités locales et les budgets sociaux. La réduction de 500 000 emplois publics. Et avec toutes les réformes qu'il a concocté, "nous n'arriverons à l'équilibre des comptes publics qu'en 2022", prévient-il. Aux chefs d'entreprise il est toujours bien voire essentiel de parler code du travail. Sur ce sujet, pas de réforme... mais "garder les normes sociales fondamentales soit 200 pages maximum". Concernant l'un des nerfs de la guerre, "le financement des PME, il faut permettre à tous les Français de devenir eux-mêmes des investisseurs". Et d'assurer que "tout notre programme est fait pour atteindre le plein emploi". Des opérations séductions de grande envergure... Le charme a-t-il agit ? La réponse est dans... les urnes.

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