Stéphane Bouillon, ce "roseau qui ne rompt pas"

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(Crédits : DR)
Un petit tour… de deux ans puis s'en va… Le préfet de Provence Alpes Côte d'Azur quitte Marseille pour Lyon et Auvergne Rhône Alpes. Au regret des acteurs du monde économique.

Son nom avait été cité dans la presse nationale cet été en tant qu'hôte d'Emmanuel et Brigitte Macron alors en vacances à Marseille.

Depuis hier, 10 octobre, le nom du préfet Bouillon circulait pour d'autres raisons, en tant que successeur de Henri-Michel Comet, le préfet d'Auvergne Rhône Alpes, "limogé" suite aux résultats de l'enquête menée par l'inspection générale de l'administration concernant la remise en liberté de l'auteur de l'attentat de la Gare Marseille Saint-Charles.

Résistance

Et son départ semble peiner le monde économique.

"Tel le roseau, le préfet Stéphane Bouillon plie, mais ne rompt pas". Cette tentative de métaphore est l'œuvre d'un haut dirigeant économique marseillais pour qualifier le nouveau représentant de l'Etat en Auvergne-Rhône-Alpes, nommé ce mercredi en Conseil des ministres.

"Nous perdons un super préfet", estime Jean-Luc Chauvin, président de la chambre de commerce et d'industrie Marseille Provence.

Rolls Royce de la Préfectorale

Auprès du monde économique sudiste, ce natif du Nord laisse l'image d'un préfet au fait du monde des affaires et des grands enjeux du territoire. "Stéphane Bouillon comprend les problématiques des entreprises, il est loin d'être hors-sol", détaille Jean-Luc Chauvin. Une expérience qu'il a pu notamment acquérir lors de son passage comme chef de cabinet du ministre (PS) de l'Industrie et de l'Aménagement du territoire, Roger Fauroux (1988), et au sein du cabinet de Lionel Jospin à Matignon comme chargé de l'environnement et de l'aménagement du territoire, puis parallèlement de la décentralisation (1998-2001).

"Stéphane Bouillon a un regard intéressé sur tous les sujets économiques, et particulièrement sur les nouvelles technologies et le numérique", relève de son côté Jean-Luc Monteil, président du MEDEF PACA. "Il a une bonne appréhension, aussi bien sur les opportunités que sur les menaces que représentent ces nouveaux secteurs", poursuit le représentant du syndicat patronal.

Même avis affirmé du côté de Bernard Kleynhoff, le président de la commission Industrie, innovation, nouvelles technologies et numérique, au sein du Conseil régional PACA, qui a surtout été président de la CCI Nice Côte d'Azur, de 2011 à 2016. "C'est une Rolls Royce de la Préfectorale. Avec une véritable fibre économique, capable de faire le consensus régional".

Personnalité discrète

Qualifié de personnage "discret", "sobre", "efficace" et qui sait "rester à sa place", ce diplômé de Sciences Po Paris et l'ENA (promotion Louise Michel 1984, celle du commissaire européen Pierre Moscovici et de l'actuel patron de la SNCF Guillaume Pépy), semble faire l'unanimité autour de sa personnalité. "Il est dans le dialogue, et tient compte des remarques pour ensuite trancher", rappelle le patron de la CCI Marseille Provence. "Sa silhouette droite et longiligne reflète son professionnalisme et sa personnalité. Il incarne l'Etat pur et juste", lance Jean-Luc Monteil. "Nous nous sommes toujours bien entendus", rajoute Bernard Kleynoff.

Pourtant, des taches indélébiles apparaissent sur son CV. Il a été condamné dans plusieurs affaires. Le 15 mai 2015, Stéphane Bouillon est reconnu coupable de diffamation contre Ali Belhadad et condamné à 7 000 euros en dommages et intérêts et 800 euros d'amende avec sursis. Deux mois après l'affaire Merah, Stéphane Bouillon, alors directeur de cabinet de Claude Guéant, demande l'expulsion de cinq personnes en liant avec des menaces terroristes, dont Ali Belhadad, présenté à tort comme terroriste. En avril 2017, U Levante, une association de défense de l'écosystème corse, a fait condamner pour faute celui qui était alors préfet de Corse du Sud, pour des permis de construire illégaux accordés dans la commune de Coti-Chiavari, sur la côte très prisée entre Porticcio et Propriano.

"Ces affaires, il ne les a pas menés sciemment. S'il s'est retrouvé impliqué dans certaines choses, c'est que ça venait d'en haut. Vous savez, le corps préfectoral est parfois utilisé à son insu pour diverses raisons", tente d'expliquer un responsable économique marseillais.

Promotion

Cet été, Stéphane Bouillon a donc accueilli le couple présidentiel pendant plusieurs jours. On le dit proche du porte-parole du gouvernement Christophe Castaner. Autre signe de confiance, la nomination dans la grande région Auvergne-Rhône-Alpes, l'une des plus puissantes de France, apparaît comme "une promotion". D'autant plus qu'il est difficile d'imaginer une telle nomination - dans ce berceau de la Macronie - sans l'approbation de Gérard Collomb, l'ex-maire de Lyon.

Sur les terres d'origine du ministre de l'Intérieur - toujours omniprésent sur le territoire lyonnais - la liberté d'action permettra d'affirmer ou d'infirmer l'image du "roseau qui ne cède pas".

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Commentaires
a écrit le 13/10/2017 à 12:58 :
Faisons confiance et souhaitons bonne chance a Stephane Bouillon !
a écrit le 13/10/2017 à 8:59 :
Il a pris le "bouillon" de 11 heures :-)

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