Flops et succès : Parcours éco de Bernard Tapie

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?Le système de l?homme d?affaires consiste à racheter à bas prix des entreprises en cessation ou en quasi cessation de paiement, à les restructurer en obtenant, grâce à la loi, un étalement de leur passif ou leur rachat décoté, et à les revendre, une fois remises en ordre, en faisant une plus-value?, établissait le rapport de la commission d?enquête sur le Crédit Lyonnais en date du 5 juillet 1994. Retour sur le parcours économique de l?homme qui vient de reprendre les titres du Sud d?Hersant*

"Le système de l'homme d'affaires consiste à racheter à bas prix des entreprises en cessation ou en quasi cessation de paiement, à les restructurer en obtenant, grâce à la loi, un étalement de leur passif ou leur rachat décoté, et à les revendre, une fois remises en ordre, en faisant une plus-value", établissait le rapport de la commission d'enquête sur le Crédit Lyonnais en date du 5 juillet 1994. Retour sur le parcours économique de l'homme qui vient de reprendre les titres du Sud d'Hersant. À Retrouver également dans le numéro actuellement en kiosque de Méridien Mag.


1974 - Coeur assistance
Création de Coeur assistance, service d'urgence payant proposé aux personnes cardiaques en cas d'accident. Le Conseil de l'ordre des médecins, qui n'a pas été consulté, oppose son veto à la poursuite de cette activité.


1977 : Papeteries Diguet-Denis et Duverger
Se met à son compte et se lance dans le rachat de sociétés en difficulté. Dans une interview au Figaro le 27 décembre 2012, il affirme avoir racheté 41 entreprises en dépôt de bilan.
Rachat des Papeteries Diguet-Denis et Duverger avec l'aide de la SDBO (filiale du Crédit Lyonnais et fidèle partenaire financier de Bernard Tapie). Ces deux affaires lui permettent de se constituer le capital qui lui servira pour ses futures acquisitions.


1979 : Manufrance
Création de Groupe Bernard Tapie (GBT), de la Financière et immobilière Bernard Tapie (FIBT)
Rachat de l'exploitation de Manufrance (VPC d'articles de chasse et de pêche) à la barre du tribunal. Son plan de restructuration, comprenant le démantèlement de plusieurs entités, est rejeté par les élus locaux et les syndicats. La société est placée en liquidation judiciaire en février 1986 et l'homme d'affaires local, Jacques Tavitian, reprend la marque et les brevets.


1980 : La Vie Claire
Rachat de La Vie Claire, chaîne de 250 boutiques bio (franchises) faisant 200 millions de francs (MF) de C.A. L'entreprise est partiellement revendue au britannique Booker en 1986 puis revient dans le giron de GBT en 1989. En 1992, Pierre Botton annule son offre de reprise de 97 % des actions pour environ 100 MF. Elle est revendue au groupe français de produits diététiques Distriborg en 1996 pour 10 millions. Il ne reste plus que 126 boutiques à ce jour.


1981 : Terraillon
Rachat de Terraillon pour le franc symbolique. En 1993, elle perd 18,6 millions de francs. En 1999, elle est revendue pour 33 millions de francs à un fonds d'investissement, qui la revend en 2001 à l'américain Measurements Specialities Inc. pour 125 millions de francs.

1983 : Toshiba France
La société NAVS (Nipon Audio Video System), importateur exclusif en France du groupe japonais Toshiba, est détenue à 50,1 % par GBT et à 49,9 % par Investold, la Sarl du député RPR et homme d'affaires Bernard Tranchant. En 1985, le fonds est vendu à une nouvelle société Toshiba France (70 % par le groupe japonais et 30 % par GBT) pour 1,8 MF. Le groupe japonais a en réalité versé 13 MF, directement à GBT suite à un accord dont Bernard Tranchant n'avait pas connaissance. Ce dernier porte plainte en juin 1992 puis la retire en novembre suite à un accord financier passé avec Bernard Tapie.


1983 : Testut
Rachat de Testut et de sa filiale Trayvou (matériel de pesage) suite à leur dépôt de bilan. En 1985, Testut réalise un C.A de 227 MF et perd 18,8 MF. En 1988, Testut cède Trayvou à la FIBT pour le franc. En 1990, Testut est rentable et lève un emprunt obligataire de 100 MF pour racheter Trayvou, qu'elle ne recapitalisera qu'à hauteur de 30 MF en 1991. Trayvou réalise alors un C.A de 79 MF (104 MF en 1990) et perd 54,6 MF. En 1992, Trayvou est revendue à GBT pour le franc symbolique et Testut réalise un abandon de créances à hauteur de 41 MF. Enfin, Testut prend en location-gérance les actifs de Trayvou et paye une redevance annuelle de 8 MF.
En 1989, Testut a par ailleurs accordé un prêt de 21 MF à l'OM sur une période de trois mois.
Poursuivi dans ces affaires pour "abus de biens sociaux", Bernard Tapie est condamné, en 1996, à deux ans de prison avec sursis, 300 KF d'amende et cinq ans d'interdiction de gérer. En 1999, Testut est cédée au groupe américano-suisse Mettler Toledo, numéro un mondial du pesage, puis est liquidée quatre ans plus tard.

1983 : Look
Rachat de Look (fabrication de fixations de ski) pour le franc. L'entreprise adapte le système au vélo en créant la pédale automatique, avec laquelle Bernard Hinault gagnera le tour de France en 1985. L'entreprise est revendue en 1988 au propriétaire des montres suisses Ebel pour 260 MF.

1984 : Wonder
Rachat de Wonder (fabrication de piles électriques) pour 30 MF : fermeture de 4 usines et licenciement de 600 salariés. En 1985, rachat de Saft-Mazda, en partenariat avec Bouygues, dans le but de devenir leader sur le marché des piles. En 1988, la société est revendue pour 470 MF à l'américain Ralston Purina qui cherche à implanter sa marque Energizer sur le marché. La dernière usine en activité à Louviers ferme en 1994.


1986 : Création d'écoles de vente
Création de la première école de vente à Béziers, destinée aux jeunes de 18 à 25 ans sans formation scolaire. Suivront les écoles d'Ambert, Marseille, Compiègne, Montreuil. En janvier 1993, elles comptent 3 000 diplômés. Elles fermeront avec la mise en faillite de Bernard Tapie.


1988 : Donnay
Rachat de 51 % de la société belge de raquettes de tennis en faillite. L'entreprise peine à se redresser. En 1991, les parts sont revendues pour 100 MF à la région wallonne, qui détenait déjà une part du capital. En 1993, elle fait à nouveau faillite.

1990 : Adidas
Rachat de l'emblématique entreprise allemande de fabrication d'équipements sportifs pour 1,6 milliard de francs, financés à 100 % par un prêt bancaire. La suite est connue mêlant le Crédit Lyonnais, Robert Louis-Dreyfus et entraînant Bernard Tapie à la faillite personnelle. Comprenant qu'il a été floué, il porte plainte en 1995.
En 1997, il est condamné à 18 mois de prison, dont 6 ferme pour fraude fiscale et à 30 mois avec sursis pour "abus de biens sociaux" pour avoir bénéficié de sous facturations ou de dispenses de factures de la société exploitante du yacht Le Phocea (qu'il a acheté en 1982). Il obtiendra en 1999 la confusion de cette peine et de celle de l'affaire du match truqué VA-OM.

En 2008, après des années de procédures, le tribunal arbitral chargé de gérer le conflit entre le CDR (organisme public gestionnaire du passif du Crédit Lyonnais) et Bernard Tapie donne raison à ce dernier et condamne le CDR à lui verser 285 M€ (390 M€ avec les intérêts).


2009 - Club Med

il rachète 1 % des actions du Club Med pour 2,5 M€ et les revend dès décembre 2009.

2010 - bernardtapie.com

il lance avec son fils Laurent le site discount

Décembre 2012

Il rachète les titres du Sud du groupe de presse Hersant.

Charlotte Henry

Photo : ©JP Amet


*À Retrouver également dans le numéro actuellement en kiosque de Méridien Mag avec un dossier sur le thème : À qui fait-il peur ?

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