Inaer France se lance dans la lutte anti-incendie

 |   |  876  mots
Société discrète basée à Le Cannet-Des-Maures, dans le Var, Inaer, spécialisée dans les opérations héliportées délicates, a participé pour la première fois à la convention à l'Aerial Fire Fighting, qui s?est déroulée à Aix-en-Provence les 10 et 11 avril. Présente en France sur le marché de l?évacuation médicale d?urgence (EMS), elle s?attaque désormais à celui de la lutte anti-incendie.


"Nous sommes une petite société au sein d'un groupe qui se consolide au fur et à mesure de ses acquisitions mais qui a pris le parti de garder ses marques et un mode de fonctionnement par marchés*", justifie Frédéric Goig, le directeur d'Inaer France dont le siège social est à Le Cannet-Des-Maures et dont on entend peu parler.

Créée en 2003 suite à l'intégration d'Helicsa Helicópteros et d'Helicópteros del Sureste, elle a un peu fait parler d'elle quand elle a repris les 60 % d'une autre société varoise Proteus hélicoptères, qui étaient détenus depuis 2004 par le groupe italien Ellilario. Et, il y a 18 mois, le fonds d'investissement KKR est entré à hauteur de 49,9 % dans le capital du groupe (Investindustrial, au travers de sa filiale World Helicopters, une holding de Grupo Inaer, détient le reste).

Inaer est pourtant "la marque" pour le marché français du groupe, qui est l'un des leaders dans le monde pour les services de secours aérien : évacuations médicales, protection civile, recherches et sauvetages en mer et en montagne, surveillance des pêches et des côtes, lutte contre l'incendie, assistance aux plateformes pétrolières et surveillance aérienne.

En France, la société est exclusivement positionnée sur le marché de l'évacuation médicale d'urgence (EMS) sur lequel opèrent 3 autres acteurs et dont elle dit détenir 25 % de PDM derrière le leader SAF Hélicoptères. "Mais notre agenda de croissance est important", précise le dirigeant, qui a fait une bonne partie de sa carrière chez les géants de la sidérurgie. "Le marché SAMU hélicoptères se réorganise car les clients (Samu, ministère de la Santé, ARS ... ndlr) souhaitent plus de services. Le métier a assez peu évolué en France et on est loin des principes d'excellence industrielle et de progrès". Sachant que la sécurité civile dispose de ses propres moyens d'intervention mais que les contraintes budgétaires sont telles qu'elle peine à investir dans du matériel neuf.

Pour tirer ce marché, où le facteur prix n'est pas négligeable même s'il s'agit de sécurité civile, la société mise sur les technologies embarquées (radars thermiques, jumelles nocturnes ...) pour être plus performante dans les missions et optimiser la sécurité. "Nous avons été le 1er opérateur civil français à s'équiper de jumelles en vision nocturne, ce qui nous permet d'aller au plus près de l'activité et d'assurer les transferts hospitaliers". La spécialiste revendique une des flottes héliportées (principalement des Eurocopter et Agusta) les plus modernes au monde (51 aéronefs exploités en France dont 10 hélicoptères dédiés sur des bases SAMU).

Conformément à la feuille du groupe "qui se construit" - être leader sur chacun de ses métiers et dans chacune de ses zones - Inaer s'attaque désormais au marché de la lutte anti-incendie où le groupe a déjà une grande expérience en Espagne et en Italie. Un marché qui nécessite d'autres moyens : en fonction de la typologie des feux et de la topographie, elle doit être capable de mobiliser des gros porteurs type Puma comme des petits type Ecureuil P3 mais aussi des avions Canadair ou Air Tractor.

"Les Sdis lancent régulièrement des appels d'offres pour avoir des complèments à leur flotte essentiellement composée aujourd'hui d'avions. Avec les hélicoptères, on peut apporter une vraie complémentarité de moyens en terme d'accessibilité notamment. On a une solution complète qui intègre de la surveillance, de la coordination au sol, du transport de brigade d'intervention alors que le largage est trop souvent aujourd'hui la seule composante de la lutte anti-incendie".

L'opérateur privé se donne trois ans pour être incontournable sur ce nouveau marché sur lequel il affrontera deux concurrents sérieux, dont son voisin Héli Protection à Le Cannet, et Hélicoptères de France à Tallard.


Nombre de pays européens ont outsourcé la lutte anti-incendie et sauvetages en mer. En France, le sujet est très délicat même "si cela rumorise. Mais on touche à une fonction régalienne et cela va plus loin que la nationalisation d'une industrie !". En août dernier, l'on se souvient que le personnel navigant de la base de la Sécurité civile de Marignane avait alerté sur le manque de moyens (effectifs et matériels) de lutte contre le feu et fait valoir leurs inquiétudes sur l'externalisation de ce service public. Et de rappeler que "la maintenance, désormais privatisée, avait fait exploser les coûts".

Inaer a réalisé en 2011 un C.A de 27,206 M€ (CA 2012 publié en fin de mois), emploie 72 personnes et dispose de 10 bases en France dont deux centres de maintenance.


A. DESCAMPS


*L'année dernière, l'ensemble a été chapeauté sous Avincis, qui regroupe les sociétés Bond (Royaume-Uni), Inaer (Espagne, Portugal, France, Italie, Chili et Pérou), Australian Helicopters (Australie) et NHS en Norvège (qui fournit des services de transport par hélicoptère pour les compagnies pétrolières qui opèrent sur le Norwegian Continental Shelf). L'ensemble a réalisé un C.A de 511 M€ en 2011.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :