Arrivée de Christine Cabau-Woehrel : Le port de Marseille attend beaucoup d ? elle !

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On le sait depuis quelques semaines. Le décret est tombé le 13 mars mais la publication au JO a été faite les 15 et 18 mars. Christine Cabau-Woehrel, dont la mission s?achevait le 25 février au port de Dunkerque, est officiellement à la tête du directoire du Grand Port Maritime de Marseille. Bilan à Dunkerque ? Personnalité ? Quelle stratégie pour Marseille ?

C'est une salve de nominations qui est tombée la semaine dernière pour conduire la stratégie de quatre grands ports maritimes en France*. Parmi celles-ci, une non information puisque largement éventée depuis le début de l'année, la nomination officielle, parue dans un décret du 13 mars, qui porte Christine Cabau-Woehrel à la présidence du directoire du port de Marseille-Fos. Après un passage, relativement bref, au port de Dunkerque, où elle avait pris ses fonctions à la tête du directoire le 14 mars 2012 pour assurer un intérim suite à la nomination de Martine Bonny à l'Inspection générale de l'administration du développement durable.


Une personnalité du secteur privé
Première révolution au Grand Port Maritime de Marseille-Fos (GPMM), qui atteste d'une stratégie sans doute plus offensive, l'arrivée à la direction d'une personnalité issue du secteur privé et non pas d'un énarque. Christine Cabau Woehrel est une ancienne cadre du troisième armateur mondial, CMA CGM, où elle est entrée en 1988. Son CV officiel dit d'elle qu'elle fut successivement en charge des lignes Mer Rouge, Inde Pakistan puis Asie Méditerranée puis qu'elle fut de 2000 à mai 2011, directrice centrale des lignes Asie / Méditerranée / Mer Noire / Adriatique / Mer Rouge et Golfe Persique. Soit 24 années de carrière chez l'armateur et opérateur portuaire mondial. C'est donc une ancienne cliente de la place portuaire phocéenne qui sera chargée de conduire la future stratégie du GPMM à l'heure de sa nécessaire mutation. Une chose est donc assurée : si elle est passée de l'autre côté de la barrière, elle a une parfaite connaissance, en tant que directrice de lignes chez CMA CGM, ce que les utilisateurs attendent d'une place portuaire. Et au vu de la concurrence sévère qui animent les places portuaires, tant sur le range nord que sud-européen, Marseille, place sociale agitée par la mise en place de la réforme portuaire, a beaucoup à faire pour récupérer du trafic.

État des lieux
Toujours classé parmi les trois premiers ports pétroliers au monde, Marseille-Fos réalise encore 70 % de son trafic avec les hydrocarbures, même s'il a perdu 17 Mt en 5 ans en raison de la crise du raffinage français, qui vit une profonde restructuration depuis 2009 avec 8 sites sur 12 sites à l'arrêt. Le port se cherche un nouveau modèle en n'excluant aucune piste pour doper tous azimuts le potentiel de ses trafics et surtout compenser la fin de la rente pétrolière : être un hub de GNL, développer le trafic de conteneur, autoriser le développement des croisières...(c.f : Le port se cherche un nouveau modèle)

"J'ai milité pour qu'elle aille à Marseille"
À Dunkerque, la rumeur (suprême ennemie du journaliste) fait courir le bruit qu'elle  "jouait de ses réseaux pour revenir à Marseille" voire qu'on l'aurait vu fréquenter les hautes sphères de l'État pour activer sa promotion. Quoi qu'il en soit, c'est une femme visiblement appréciée pour son énergie et son sens commercial qui arrive, selon les termes choisis de François Soulet de Brugière, récemment élu à la tête du conseil de surveillance du Grand Port Maritime de Dunkerque : "j'ai milité pour qu'elle aille à Marseille, car elle a fait un superbe travail ici et a largement les compétences pour prendre la direction du premier port de France (...) : elle a apporté une grosse énergie et avancé très rapidement sur le plan commercial. Aujourd'hui, en clair, le port est bien parti", déclarait-il à la presse locale.

Pas le même environnement compétitif
Parmi les commentaires qu'a pu faire l'intéressée au moment de son départ : le refus manifeste d'établir des comparaisons entre les deux équipements publics. "Cela n'aura rien à voir avec Dunkerque. Là-bas, l'environnement compétitif n'est pas le même, l'infrastructure des bassins est différente...", a t-elle tranché. Certes, elle passe à la tête d'un outil dont le tonnage est quasiment le double (80,04 Mt contre 43,6 Mt pour Dunkerque) mais outre le fait que Dunkerque fut aussi une capitale de la culture en 2013 (mais plus modestement régionale), les deux villes possèdent des outils portuaires confrontés aux mêmes problématiques : contexte de transition énergétique en Europe, concurrence féroce des ports belges pour Dunkerque, concurrence vive des ports sud-méditerranéens pour Marseille. Dunkerque a été aussi durement frappée par la crise européenne de l'énergie en 2013 avec, pour ce qui le concerne, la fermeture de la Raffinerie des Flandres, qui s'est soldée par une perte de 10 Mt de pétrole brut et celle de la centrale thermique E.oN de Kingsnorth (UK) qui l'a amputé de 13 % de son trafic en 2013. Marseille a vu son trafic reculer de 7 % en 2013 en raison de la chute des importations de pétrole brut de 12 %. Soit un manque à gagner de 5 Mt.

Bilan à Dunkerque
Elle a œuvré dans la dynamique qui sera celle du port de Marseille : diversification des filières, élargissement de l'hinterland, développement du trafic conteneurisé. En la matière, sous son mandat, le trafic conteneurisé a augmenté en volume entre 2012 et 2013 de 12 % avec une hausse du nombre d'escales de navires porte-conteneurs de 13 %, grâce à l'ouverture de nouvelles lignes (682 escales contre 602 en 2012). Sachant que la progression avait été largement amorcée sous la présidence de Martine Bonny (+ 79 % en 3 ans). Garder raison toutefois : le trafic n'est que de 292 000 EVP. Si Marseille-Fos a enfin passé le seuil du million de boites traitées, il reste très en deçà des capacités de l'outil. Aujourd'hui, le volume de conteneurs pèse moins de 1 % du trafic global du port de Marseille (1,062 million de boîtes traitées) quand il représente 28 % au Havre. Considérant que Fos 2XL ne constitue qu'une opération de rattrapage du retard pris depuis 20 ans, le GPMM a toujours en projets Fos 3XL et Fos 4XL susceptibles de générer un trafic de 2 millions de conteneurs supplémentaires.

Quelle stratégie pour Marseille ?
Sous sa direction, le port sera-t-il encore simplement aménageur ou plus interactif ? "mieux inséré dans son territoire et que les équilibres entre lieu de vie et de travail soient mieux respectés que par le passé", espérait Frédéric Vigouroux le maire de Miramas, commune directement impliquée par les projets de la zone industrialo-portuaire lors d'un congrès sur l'avenir de la ZIF en fin d'année dernière. Comment appréhendera-t-elle la relation avec les collectivités locales ?
Le 14 mars 2012, le jour de son arrivée à Dunkerque, Christine Cabau-Woehrel a effectué un voyage d'une semaine en Chine pour promouvoir le port. Quel sera son premier geste ici ?

Adeline Descamps


* Philippe Deiss à Rouen, Hervé Martel au Havre et Christophe Masson à Bordeaux ont été reconduits dans leurs fonctions.

Photo: Christine Cabau-Woehrel, président du directoire du GPMM depuis quelques jours

©Volot - Port de Dunkerque



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