Capitale européenne de la Culture : Ne pas passer à côté de l ? Histoire

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Sur un Vieux-Port rendu en grande partie aux piétons, 300 à 350 000 visiteurs sont attendus pour le week-end de lancement du grand show culturel de l?année. Après des mois de travaux, de gestation et tergiversations, la Capitale européenne de la Culture devient enfin une réalité. Un élément de reconquête pour la ville dont l?image a été ternie par des mois de ?bashing?.

À quelques heures de l'envoi des festivités culturelles, et alors que les hommes de métier usinent en nocturne comme des laborieux depuis quelques semaines pour poser les derniers pavés sur le Vieux-Port rénové et envelopper la ville de ses habits de lumière, les pronostics vont bon train. C'est bien connu, à Marseille, gloser sur tout et rien est un sport national. Qu'il s'agisse de gager sur sa réussite ou sur son fiasco et que l'on soit enthousiaste ou sceptique, tous ont conscience de l'enjeu : c'est l'occasion rare et unique de faire mentir tous les stéréotypes qui ont régalé les médias ces derniers temps sur les sombres affaires politico-mafieuses et les règlements de compte dans le sang...

Et l'appropriation de l'événement par le quidam, dans une ville qui aime tant l'irrévérence, est déjà en soi une première petite victoire pour l'équipe de la Chambre de commerce et d'Industrie de Marseille Provence, qui depuis le 16 septembre 2008 s'est mis en tête d'obtenir ce titre.

Après avoir mobilisé la classe politique, enrôlé les forces vives économiques, il reste en effet un dernier verrou à lever : susciter l'engouement du public. Et si pour Maxime Tissot, le directeur de l'office de tourisme de Marseille, l'ouverture des festivités ce week-end devrait donner la tendance de l'année, Jacques Pfister rappelle, comme pour conjurer le mauvais sort, que le titre ne s'apparente en rien aux Jeux Olympiques. Pour Marseille Capitale européenne de la Culture, il faudra tenir sur la longueur. Une façon très habile de justifier l'ouverture en pointillé des grands équipements structurants, ceux précisément susceptibles d'appâter la clientèle des citybrokers.


Une candidature obtenue "grâce" à sa pauvreté
Petit rappel des faits depuis l'euphorie du 16 septembre 2008 quand Marseille-Provence (130 communes dont Arles, Aix-en-Provence, Martigues, Aubagne, Salon de Provence et Marseille) a raflé la mise.
Formidable accélérateur de renommée, vecteur de promotion culturelle et économique, outil de marketing territorial, ... on a tout écrit et lu ou presque sur ce titre à but non lucratif qui doit permettre à une ville de s'inscrire "dans la rumeur du monde".
C'est à Melina Mercouri, alors ministre grecque de la Culture, et à son homologue français, Jack Lang, que l'on doit la création en 1985 du label de Capitale européenne de la Culture (CEC). Depuis Athènes la première, 46 villes ont connu cet honneur, dont trois en France : Paris en 1989, Avignon en 2000 et Lille en 2004. Et c'est précisément depuis la réussite de la métropole nordiste que les villes se livrent à une concurrence acharnée pour décrocher le précieux sésame. Toutes appâtées par une arithmétique déclinée un peu trop systématiquement par l'ancienne capitale des Flandres mais qui reste à étayer avec de sérieuses statistiques : un retour sur investissement de l'ordre de 6 € pour un euro investi. Pour décrocher la timbale en 2013, pas moins de huit villes s'étaient portées candidates : Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Strasbourg, Nice, Saint-Etienne et Amiens. Mais la cité chère à Jean-Claude Gaudin n'a pas eu beaucoup de peine à emporter la mise face à Lyon, Toulouse et Bordeaux en short list au vu des critères de sélection. La ville pauvre, qui souffre de nombreux retards en termes d'équipements culturels, apparaissait alors comme celle qui en a le plus besoin.

1 milliard d'euros d'investissements publics et privés

La suite est connue et a donné chroniquement du grain à moudre aux détracteurs : les problèmes de gouvernance au sein de l'Association MP 2013, chargée de coordonner l'ensemble des travaux de préparation, le départ du directeur général Bernard Latarjet et l'arrivée aux commandes de François Chougnet, ancien directeur du parc de la Villette, les guerres de clochers entre Aix, Marseille et Toulon qui se sont soldées par le retrait de cette dernière, amputant le budget de l'événement de 7,35 M€ tandis que les valses-hésitations de la première ont fait perdre de précieux mois.
In fine, le budget de l'événement s'établira à 91 M€ (contre 73,7 M€ pour Lille), dont 22,05 M€ apportés par la Ville de Marseille et la communauté urbaine Marseille Provence Métropole, 12,25 M€ par l'État, le CG13 et la Région chacun, 7,35 M€ par Aix-en-Provence et la communauté d'agglomération du Pays d'Aix (CPA), 2,45 M€ par l'UE. Sans oublier les autres territoires : Arles (1,1 M€), Aubagne (1,1 M€), Martigues (1,4 M€), Istres (800 K€), Gardanne (367 K€), Salon (367 K€).
Et surtout, l'événement déclenche plus d'un milliard d'euros d'investissements privés et publics pour de grandes gestes architecturales. Parmi les plus emblématiques, le Musée des Civilisations d'Europe et de Méditerranée (MuCEM), le plus grand musée de France en dehors de Paris la Villa Méditerranée ( ancien CeReM), le Musée Regards de Provence, le Fonds Régional d'Art Contemporain Provence-Alpes-Côte d'Azur (FRAC) ... Aix-en-Provence inaugurera un nouveau Conservatoire de musique de la Ville, alors que l'Eden Théâtre rouvrira ses portes à La Ciotat.


Des retards à l'allumage
Mais tous - comme le MuCem (ouverture au public prévue en mai) et la Villa Méditerranée (ouverture au public prévue en avril) - ne sont pas prêts pour le lancement.
Des retards qui valent quelques railleries, mais que Ulrich Fuchs, directeur général adjoint de l'association MP 2013, justifie en rappelant que "cela avait été clair dès le début. Dans toutes les capitales européennes de la culture, les inaugurations se sont ainsi échelonnées tout au long de l'année". L'homme sait de quoi il parle, il occupait les mêmes fonctions à Linz en Autriche pour le titre en 2009.
Tandis que l'événement, qui avait fait gagner "10 ans de notoriété" au territoire lillois selon la formule célèbre de Martine Aubry, avait réuni 13 M€ de budget apporté par 82 entreprises, en Provence, la contribution des entreprises atteint près de 14M€ pour un objectif financier initial fixé à 14,7 M€. La Poste, Orange, SMC, Eurocopter et la Poste ont déboursé 1,5 M€ chacune pour être partenaires officiels.
À quelques heures du coup d'envoi, reste désormais l'espoir : Lille 2004 aurait attiré pas moins de 9 millions de visiteurs et Liverpool 2008, autour de 3,5 millions de touristes avec des retombées économiques estimées à 800 M£.
À ce jour, les Bouches-du-Rhône accueillent déjà 8 millions de visiteurs pour 44 millions de nuitées consommées et une dépense totale estimée à 2,6 milliards d'euros. Les organisateurs tablent sur 2 millions de touristes supplémentaires, soit un potentiel de retombées directes et indirectes de quelque 600 millions de plus.


Adeline Descamps

 Photo : ©Terzian



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