DCNS : Hervé Guillou chipe la barre à Patrick Boissier

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Ce sera bien Hervé Guillou qui va prendre la barre de DCNS. Le comité des nominations de DCNS, composé de trois représentants des actionnaires (l'État et Thales) et d'un administrateur indépendant, "a recommandé au conseil d'administration la nomination d'Hervé Guillou.? La candidature d'Hervé Guillou sera soumise au conseil d'administration de DCNS du 23 juillet prochain.

 
"Le comité s'est appuyé sur un travail de sélection professionnel et approfondi effectué ces derniers mois, ont précisé les trois ministères. Au cours de ce processus, Hervé Guillou s'est distingué par sa motivation, sa connaissance du secteur naval et son expérience dans l'industrie de défense". Si cette candidature est retenue, le conseil d'administration devra alors proposer au président de la République la nomination par décret d'Hervé Guillou en tant que PDG de DCNS.
 Un peu plus tôt dans la journée, le patron du groupe naval Patrick Boissier a demandé à son conseil d'administration d'écourter son mandat de P-d.g, selon un communiqué de DCNS publié ce mercredi matin. Il se serait pourtant bien vu rester encore à la tête de DCNS pour au moins un demi-mandat. "L'anticipation de la fin du mandat de Patrick Boissier permettra à son successeur de maîtriser deux processus qui influenceront largement le déroulement de sa mission : les négociations en cours avec des prospects majeurs ainsi que l'élaboration du budget 2015 et du plan 2015-2018", a précisé le communiqué.
Pour sa part, Patrick Boissier pourra, dans ses nouvelles fonctions de président du GICAN (Groupement des industries de construction et activités navales), se consacrer à la préparation d'Euronaval qui "revêt cette année une importance considérable pour l'industrie française étant donné l'état du marché mondial". Surtout, selon les trois ministères, ce départ anticipé "donne les meilleures chances à son successeur d'engager sans tarder
un nouveau cycle stratégique et de préparer DCNS à relever les défis qui s'offrent à la société pour les années à venir, tels que la croissance à l'export".


Croissance de 40 % sur quatre ans

Le mandat de Patrick Boissier a été marqué par "la croissance de 40 % de l'activité de DCNS sur quatre ans (2010-2013) grâce aux initiatives prises pour élargir son portefeuille de produits et services, son portefeuille de clients à l'international et son portefeuille d'activités vers l'énergie et grâce à l'amélioration de la performance du groupe".
Hervé Guillou devra encore "accélérer l'amélioration de la performance interne de DCNS afin d'assurer la poursuite de son développement sur des marchés de plus en plus contraints et concurrentiels", a expliqué le communiqué. L'avenir du groupe passera par l'accroissement des investissements en R&D, notamment dans les activités de sous-marins conventionnels ainsi que dans le maintien et le développement des compétences, l'établissement de plusieurs implantations et partenariats à l'international et la modernisation de ses moyens de travail en France.


Chasse aux sorcières ?
La succession de Patrick Boissier va se passer finalement en douceur pour DCNS, qui aborde une année cruciale à l'export. La deuxième partie de l'année aurait pu être complètement parasitée, voire paralysée, par la course à la présidence. Pour autant, beaucoup craignent que l'arrivée d'un nouveau président soit une occasion pour déclencher une chasse aux sorcières. Déjà, le patron de l'activité sous-marins, Olivier Dambricourt a été récemment et brutalement débarqué après avoir remplacé en octobre 2013 Pierre Quinchon, qui a pris les rênes de la Direction Technique et Innovation (DTI) et qui a payé l'échec de la campagne de Singapour. Une chasse aux sorcières néfaste à l'obtention de contrats proches d'être signés ou nuisible à des campagnes très importantes pour l'avenir du groupe, voire de la loi de programmation militaire (LPM), notamment celles concernant les frégates multimissions FREMM. Le groupe naval a signé un contrat avec l'Egypte (4 corvettes Gowind), qui n'est pour le moment pas mis en vigueur. DCNS est également en très bonne posture en Uruguay (trois patrouilleurs Gowind dont l'Adroit), le président de la République José Mujica ayant personnellement choisi le groupe français.


Le Moyen Orient important pour DCNS

Surtout le groupe naval lorgne un contrat en Arabie Saoudite de plus de 15 milliards d'euros (Sawari 3). L'Arabie Saoudite et la France négocient un projet de vente de six frégates multimissions FREMM et de cinq à six sous-marins dans le cadre du programme Sawari 3. Un mégacontrat estimé à plus de 15 milliards d'euros. Il fait tourner les têtes des principaux groupes concernés : DCNS, Thales, le missilier MBDA et l'hélicoptériste Eurocopter (EADS). La France avait signé une LoI (Letter of intent) sur l'ensemble du spectre naval (40 milliards d'euros de projets) avec l'Arabie Saoudite. Mais les nombreux changements de ministre de la Défense semblent avoir eu raison de cette initiative franco-saoudienne.
En outre, DCNS en coopération avec MBDA, propose au Qatar trois frégates ATBM (défense antimissile balistique), armées de missiles Aster 30 (MBDA et Thales) et de missiles mer-mer Exocet. Ces navires de 4.000 tonnes seraient des dérivés des frégates singapouriennes Delta vendues par DCNS dans les années 2000. Le contrat est estimé à 2,5 Md€ environ.


Michel Cabirol

Latribune.fr

Photo : Patrick Boissier, nouveau pacha de DCNS

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