La CCIR crée un observatoire économique

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Depuis la réforme de 2010 qui renforce son rôle au niveau régional, on ne l?avait pas encore beaucoup entendue. À l?occasion de son Assemblée générale, la CCIR a présenté la première note régionale de conjoncture et crée le débat.

Pour agir, il faut connaître. Pour être efficace et réactif pour son territoire en orientant les actions là où sont les besoins (et les préoccupations), il faut bien connaître le tissu économique et ses évolutions, dira en substance Dominique Estève, le président de la CCI de région Provence - Alpes - Côte d'Azur pour justifier la création d'un nouvel outil qui doit nourrir les données d'un Observatoire économique régional. C'est la finalité de cette première enquête lancée auprès de 3 786 entreprises (15 000 questionnaires envoyés entre le 4 février et le 2 avril 2013) sur les 7 territoires des CCI de PACA.

Que révèle cette première "livraison" semestrielle ? À vrai dire, pas de grandes surprises. Les entreprises régionales font preuve d'une certaine résilience à l'égard de la crise (pour plus de 2/3 des entreprises ayant répondu, le chiffre d'affaires est resté stable ou a augmenté au 2e semestre 2012 par rapport au 2e semestre 2011). Mais le moral des troupes est attaqué (seulement 17 % anticipent une progression de leur chiffre d'affaires au 1er semestre 2013. Les carnets de commandes sont stables pour une majorité d'entre eux et dégradés pour un tiers).

En support à la présentation de cette énième note de conjoncture, la CCIR a organisé un débat, conviant Stéphan Brousse, président de l'Union patronale régionale, Gérard Goninet, Président du pôle Pégase (336 membres dont 148 PME) et directeur des sites Eurocopter France (Marignane et La Courneuve) et Dominique Clément, directeur de l'URSSAF PACA.

27 % des chefs d'entreprises prédisent un fléchissement de leur trésorerie, 36 % des entrepreneurs anticipent une réduction des carnets de commandes. Les données n'étonnent guère Stephan Brousse. "Les entreprises sont tétanisées par leur trésorerie et du coup ne veulent plus investir. C'est terriblement destructeur. 80 % ne distribuent pas de dividendes. Le taux d'épargne est colossal mais on préfère le flécher vers les livrets que vers les entreprises", assène-t-il en vrac. "L'étude montre aussi que la plupart des embauches se font sur des contrats courts. Et nos données sur le recouvrement confirment cette extrême prudence voire ce manque de confiance", ajoute Dominique Clément, directeur de l'URSSAF PACA. Gérard Goninet retiendra une autre singularité : l'image qu'ont les entreprises de l'industrie régionale. Si plus de 40 % des entrepreneurs n'émettent aucun avis, une image globalement négative est avancée par ceux qui se sont exprimés. "Paca est l'une des trois régions aéronautiques et spatiales françaises avec 35 000 emplois et 30 % consacrés à la R&D grâce à deux grands donneurs d'ordres : Thales Alenia Space et Eurocopter. L'écosystème régional est affaibli par le manque de grands sous-traitants (ETI) et un aménagement territorial insuffisant mais se trouve renforcé par des compétences multiples de haut niveau à mailler entre elles".

Pour le directeur du site d'Eurocopter, il faut changer de langage à plusieurs niveaux et reconsidérer les choses : revoir la logique pure et dure de la sous-traitance et raisonner davantage en écosystème : "on ne peut plus parler de petites, moyennes et grandes entreprises. Elles sont dans un écosystème qui doit être soutenu par une offre territoriale de qualité : logements, transports, cadre de vie, services". Et réinterroger le système scolaire : "la carrière technique ne doit pas être vue comme une voie d'échec. Il faut aller dans les écoles, faire visiter nos entreprises, donner à voir ce qu'est l'industrie".

Qu'il y ait un problème de confiance, de déficits structurels cumulés, de mentalités, de manque d'anticipation, de manque de visibilité..., assurément, mais la salle ne s'est pas privée de rappeler à ses représentants d'aller en découdre pour faire lever les blocages structurels persistants : inflation textuelle des règlements, lois, décrets ... ; complexité des nouveaux outils pour la compétitivité (CICE); coût du travail ... Après tout, Dominique Estève n'introduisait-il pas le débat en disant que : "les CCI doivent être encore plus réactives pour monter des dispositifs de défense et d'intérêt pour nos entreprises, anticiper les difficultés, adapter les services et les aides".

A.D

De gauche à droite : Gérard Goninet, Dominique Estève, Dominique Clément et Stephan Brousse

REPÈRES
Principaux enseignements de l'enquête
(données : 2e semestre 2012 p/r au 2e semestre 2011)


Commerce extérieur régional
+ 11,6 % des exportations en un an (+ 3,2 % au niveau national).

Démographie d'entreprises
Créations d'entreprises en léger repli (29 338 ; - 1,4 %) et hausse des défaillances (2 927 au 2e semestre 2012 ; + 3,5 % en Paca contre + 7,2 % en France).


Situation financière
Le nombre d'établissements (9 079) demandeurs de délais de paiement auprès des URSSAF augmentent de 9 % sur un an. Les fortes détériorations de trésorerie ne concernent toutefois qu'une faible part d'entrepreneurs (6 %).

Emploi
Près de deux tiers des entrepreneurs régionaux déclarent avoir maintenu leurs effectifs sur un an, 18 % les ont diminués et 17 % les ont augmentés.
Peu de recrutements prévus en revanche : 6 % l'anticipent au 1er semestre 2013. Et si la région se distingue du niveau national par une hausse plus importante des déclarations d'embauche (hors intérim) de + 4 % contre près de 2 % pour la France entière, elle profite non pas à l'intérim mais aux CDD. Dans les embauches, le nombre de CDI reste 7 fois moins important que celui des CDD. Les demandeurs d'emploi sont toujours plus nombreux (+7 % en comparaison annuelle).

L'industrie
Avec près de 3 % de progression de son chiffre d'affaires, l'industrie régionale se place en tête des autres grands secteurs, et en 2e position pour la composante export. Des résultats à rapprocher de la bonne tenue du secteur aéronautique et de la production énergétique. Par rapport aux entreprises de moins de 10 salariés, les établissements d'au moins 50 salariés sont proportionnellement trois fois plus nombreux à déclarer une progression de leurs ventes (30 % contre 9 %). Toutefois, ils anticipent pour le 1er semestre 2013 des prévisions sombres : carnets de commandes en berne, trésoreries qui se tendent.


La construction
35 % des entreprises du BTP ont vu leurs affaires se dégrader. Les mises en vente ont baissé de 31 % et les réservations de logements neufs (4 913) de 29,4 % sur un an au 2e semestre 2012.

Les services
Le secteur est le seul à afficher des prévisions favorables au 1er semestre 2013 pour le chiffre d'affaires à l'export. Hormis cette variable, les anticipations restent négatives.

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