La SNCM peut entrer en négociations avec un chantier naval

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Le conseil de surveillance de la SNCM, qui s?est tenu ce vendredi 7 mars à Paris, a donné mandat au directoire de la compagnie maritime marseillaise d?entrer en négociations exclusives avec un chantier dans la perspective d?une commande de ses nouveaux navires.



La principale interrogation de ce troisième conseil de surveillance depuis le début de l'année était : l'État va-t-il soutenir le principe d'une lettre d'intention avec un chantier naval pour que le directoire de la SNCM puisse entamer des négociations avec un chantier naval ? Le conseil de surveillance, qui s'est tenu ce vendredi 7 mars à Paris, a donné le feu vert à la direction pour entrer en négociations exclusives avec un chantier naval. La lettre d'intention de commande, qui portera alors la dernière offre ferme du chantier choisi, devrait être délivrée au cours du prochain conseil le 18 mars.

 

L'affaire paraissait, ces derniers jours, mal engagée

Le 26 février dernier, le conseil de surveillance (14 membres) de la compagnie maritime marseillaise, qui devait déjà se prononcer sur le sujet (la commande de nouveaux bateaux est une des conditions sine qua non au plan de continuité de l'entreprise), n'avait pas abouti à une décision ferme. En s'abstenant, l'État, qui dispose de trois voix au conseil de surveillance, avait figé le processus. Veolia et Transdev, qui possèdent six voix, avaient, sans surprise, voté contre. Seuls les trois représentants des salariés et le président du conseil de surveillance, Gérard Couturier (dont la voix compte double en cas d'égalité), avaient voté pour. Mais pas suffisant pour établir le rapport de force espéré. Le directoire de la SNCM n'avait donc pas reçu le mandat pour entrer en négociations exclusives avec un des trois chantiers en lice (le français STX, l'italien Fincantieri et l'allemand FSG).

Des échéances retardées

Le ministre des Transports Frédéric Cuvillier avait néanmoins, à l'issue du conseil de surveillance réitéré ses engagements pris le 9 janvier dernier, à l'issue d'une semaine de conflit social, en faveur d'un renouvellement partiel de la flotte de la SNCM mais selon un calendrier (pour trouver le financement) qui, selon les organisations syndicales et des élus locaux, avait glissé du 15 avril au 30 juin 2014. "Des travaux techniques sont en cours pour préparer la commande des navires. Ils ne sont pas stabilisés : il y a encore du travail à faire sur les prix, les spécifications, et les délais de livraison", avait-il justifié. Pour rappel, la Caisse des dépôts (actionnaire de la SNCM via Transdev, société commune de la Caisse des dépôts et de Veolia, détenant 66 % de la compagnie) et la Banque Publique d'Investissement seraient en train de plancher sur le financement. Des travaux auxquels la compagnie marseillaise n'est ni associée ni tenue informée.


Tout et son contraire
Entre le 26 février et aujourd'hui, certaines déclarations avaient avivé les tensions. À commencer par celles d'Antoine Frérot, le P-d.g de Veolia Environnement, qui avait demandé "la protection du tribunal de commerce pour mettre la société à l'abri (notamment des amendes de Bruxelles, de 400 M€, NDLR) le temps nécessaire pour trouver une solution." (c.f Antoine Frérot nuance ses propos sur la SNCM)
Des propos qui avaient fait vivement réagir l'État-major de la SNCM, qui avait rappelé qu'il n'existait "à ce jour, aucune raison ni économique, ni juridique, qui pourrait contraindre la direction de l'entreprise - seule compétente - à solliciter la protection du tribunal de Commerce de Marseille pour déposer le bilan ou mettre en œuvre quelques procédures collectives que ce soit."

Jean-Claude Gaudin, le maire-sénateur UMP de la Ville lui-même (alors que jusqu'à présent, il laissait son élu en charge du développement économique s'exprimer) avait notifié par communiqué : "Après les déclarations surprenantes du président de Veolia prônant le dépôt de bilan de la SNCM, je m'étonne du silence du gouvernement. Il semble se résigner à accepter la suppression de 2 500 emplois auxquels s'ajoutent ceux des sous-traitants et ce, à un moment où le nombre de demandeurs d'emplois ne cesse d'augmenter dans notre pays (...) Ces déclarations sont également très préjudiciables à l'économie marseillaise, aux activités portuaires et à la paix sociale, toujours très fragile sur le port."


Les élus ont mis la pression
Ces derniers jours, les élus socialistes locaux ont mis la pression. Le président de la communauté urbaine (Marseille Provence Métropole) Eugène Caselli a adressé un courrier à Jean-Marc Ayrault sollicitant sa "bienveillante attention" sur la SNCM. Jean-Noël Guérini, le président du Conseil général des Bouches-du-Rhône, a écrit au président de la République pour attirer son attention sur les "nombreux efforts" réalisés par la SNCM "afin de recouvrer sa compétitivité et un équilibre économique" et pour "fédérer très efficacement son personnel autour d'un projet industriel à long terme, crédible."  Enfin, dans un entretien aux Échos le mercredi 5 mars, Frédéric Cuvillier faisait de nouveau "bâbord tribord" en indiquant qu'il demanderait aux représentants de l'État de voter en faveur d'un mandat au directoire pour que puisse être négociée une lettre d'intention avec un chantier naval pour la construction des navires. Ce que l'État a fait visiblement. Rien n'a officiellement filtré sur le choix des chantiers qui restent en lice. Lors du dernier conseil de surveillance, l'offre de Saint-Nazaire (STX) était apparue comme l'offre la plus économiquement et techniquement aboutie. Il se dit que seuls le français STX et l'italien Fincantieri seraient encore dans la course.

Adeline Descamps

photo : ©Terzian

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