La bataille pour la desserte de la Corse s ? exacerbe

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Un rapport de la Chambre régionale des Comptes et une déclaration dans la foulée du président de l?Office des transports corse bousculent les règles du jeu


La bataille pour la desserte de la Corse va probablement connaître un nouvel épisode dans l'affrontement entre opérateurs avec à la clé, une redistribution des cartes. L'élément déclencheur ? La réaction de l'exécutif corse suite à un rapport de la Chambre régionale des Comptes, à paraître mi novembre, préconisant la suppression du dispositif d'aide sociale au passager faute de pouvoir le contrôler. Ces derniers agissements font réagir le directeur général de Corsica Ferries, Pierre Mattéi, qui a profité de la bonne tenue de ses résultats pour dénoncer points par points toutes « les fausses idées qui circulent » sur un sujet qui questionne plus globalement la viabilité économique d'un modèle : une activité libérale qui s'exerce dans le cadre d'une mission de service public.

Sur le fond, beaucoup d'éléments se télescopent : le débat sur la DSP, l'aide sociale mais aussi les conditions dans lesquels exercent les opérateurs en présence. Et c'est aussi sur la ligne de défense du « on ne vous dit pas tout » que les deux principaux intéressés, Corsica et SNCM, s'opposent. « Beaucoup de choses fausses ont été dites sur la SNCM », clame pour sa part le nouveau DG de la SNCM, Marc Dufour, dans une interview à paraître dans Méridien Mag. « De fausses idées sur la foi d'allégations jetées en pâture à la presse circulent à l'encontre de la compagnie », déclare pour sa part son homologue à Corsica Ferries. Sans être un partisan de l'économie administré, Marc Dufour reproche à sa rivale de ne pas exercer dans les mêmes conditions d'exercice notamment sociales, allant même jusqu'à dire que c'est la « directive Bolkenstein qui s'applique sous nos yeux entre deux États français ». Une allégation qu'il partage visiblement avec les agents de la filière portuaire, venus le rappeler à l'occasion de la conférence de presse de Corsica au Sofitel il y a quelques jours. Evidemment pas invités .... mais armés d'un drapeau tricolore et du Code du travail maritime.
Quoi qu'il en soit, la collectivité territoriale Corse a laissé entendre que l'actuelle DSP pourrait ne pas aller à son terme prévu (2013) et Paul Marie Bartoli, président de l'Office des transports de la Corse, a déclaré dans Var Matin qu'il entendait proposer la suppression de l'aide sociale au passager. Ces deux éventualités « sont graves pour les compagnies et les acteurs locaux du port », réagit Pierre Mattéi. « Si la DSP est cassée, et qu'un nouvel appel d'offres est lancé, nous n'aurons ni le temps ni les moyens d'être en position de répondre. Car dans ce cas, nous aurons besoin de disposer de 5 cargos mixtes aujourd'hui inexistants dans notre flotte. Si l'aide sociale est supprimée, nous serons contraints de quitter Toulon ».
Rappelons les termes du débat : la SNCM (-7% encore en trafic annuel arrêté fin septembre, 27% de parts de marché de la desserte) est délégataire (avec la CMN) de l'actuelle DSP qui lui impose de maintenir un service dit de base toute l'année et un service de pointe en période de vacances scolaires. Corsica, qui transporte aujourd'hui 2 des 3,5 millions de passagers transitant entre la Corse et le Continent (soit une part de marché de 63%), bénéficie du dispositif d'aide sociale (une aide comprise entre 12 et 15 euros soit entre 20 et 30% de la valeur du billet).
La première prône une suppression de l'aide sociale sous prétexte que les deux systèmes sont antagonistes, la seconde parle d'un système économiquement vertueux. « L'aide sociale est versée aux passagers, mais la subvention de la DSP aux compagnies et ce, quel que soit le nombre de passagers transportés. Que les navires soient vides ou pleins, la collectivité verse 35 M€ par an. Le régime de l'aide sociale est doublement plafonné : 65% par compagnie et 16 M€ au total tout en rapportant 16,4 M€ de taxes sur les transports et les redevances portuaires », défend Pierre Mattéi. La société italienne préconise « une nouvelle DSP au départ de Marseille et délimitée à la seule exploitation de cargos mixtes via un appel d'offres et le maintien de l'aide sociale à Toulon, Nice et Marseille pour tous les passagers ». Le 25 novembre sera immanquablement une date déterminante pour tout un chacun.

Adeline Descamps

Photo : Pierre Mattei : « Si l'aide sociale est supprimée, nous serons contraints de quitter Toulon ». 

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