Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault à Marseille : Un nouveau plan d'action pour la métropole Aix-Marseille

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Plus d?un an après sa première visite à Marseille qui s?était concrétisée par le lancement d?un plan d?action d?urgence, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, en visite à Marseille ce vendredi 8 novembre, a annoncé un plan d'aide de 3 Mds ? en faveur de l?agglomération Aix-Marseille. Des annonces qui n'en sont pas vraiment et un peu de cacophonie dans les chiffres.


Journée marathonienne pour Jean-Marc Ayrault et son aréopage ministériel (Geneviève Fioraso pour l'Enseignement supérieur et la Recherche ; Marylise Lebranchu, en charge de la Réforme de l'État, de la Décentralisation et de la Fonction publique ; François Lamy, de la Ville ; Marie-Arlette Carlotti, des Personnes handicapées et de la Lutte contre l'exclusion ; Frédéric Cuvillier, des Transports, de la Mer et de la Pêche) en visite ce 8 novembre à Marseille, qui à un jour près aurait coïncidé avec le 18 brumaire an VIII qui porta le général Napoléon Bonaparte au pouvoir ! À l'issue d'un petit déjeuner républicain auquel étaient conviés les parlementaires, les présidents d'intercommunalité, les élus des collectivités locales, Jean-Marc Ayrault a donc amorcé son discours dans les salons de la préfecture de région de Marseille en énumérant tout ce que la gouvernement avait fait pour la ville "en décrochage" depuis la tenue le 6 septembre 2012 d'un comité interministériel convoqué en urgence après un énième règlement de comptes dans la cité portuaire. Le Premier ministre avait alors émis un certain nombre d'engagements "pour reconquérir ce territoire en proie à la délinquance violente et à la criminalité" et doter l'agglomération d'Aix-Marseille d'une stratégie d'ensemble en matière d'éducation, de politique de la ville, de transports urbains.


2,5 Mds € pour la gare
Un an plus tard, il revient avec une dotation de 3 milliards d'euros en faveur de la ville en citant des investissements dont la plupart ont déjà fait l'objet d'annonces il y a quelques mois déjà. Sur cette somme, 2,5 milliards d'euros seront absorbés par la réalisation de la gare souterraine Marseille-Saint-Charles qui "permettra de faire voyager 20 millions de passagers par an, soit 2/3 de plus qu'aujourd'hui dans des conditions de régularité et de confort", a précisé Jean-Marc Ayrault. Un investissement auquel le Rapport Duron remis au gouvernement en juillet avait accordé un caractère prioritaire. "Les études vont s'engager en vue d'une DUP d'ici la fin du quinquennat", poursuit le Premier ministre qui a prévu de visiter la gare dans la journée.
Sur le dossier des transports, Jean-Marc Ayrault s'est aussi engagé à ce que le prochain contrat de Plan État-Région (2014-2018) se consacre prioritairement à la réalisation d'un axe ferroviaire structurant à la hauteur de la métropole, qui passera notamment par le doublement de la ligne TER Marseille-Aix-en-Provence. Il a également déclaré, que dans le cadre du 3e appel national à projets pour les TSCP, "une contribution de l'État à hauteur de 60 M€ sera réservée à la métropole Aix-Marseille de manière exceptionnelle au sein de l'enveloppe nationale" (donc 10 % de celle ci). Le prolongement de la ligne 3 du tramway et la prolongation d'une des deux lignes de métro, celle reliant le Nord (où les transports sont quasi inexistants) et le Sud de la cité phocéenne, sont aussi considérés comme urgents. Des efforts financiers qui pourraient encore "s'accroître" lorsque l'agglomération sera dotée d'une métropole et ainsi "d'une approche globale et organisée des déplacements urbains".


Métropole : le Premier ministre a compris les maires
Si les maires, parlementaires et présidents d'intercommunalité opposés au projet de métropole du gouvernement et réunis au sein du "G23", avaient accepté de participer à l'invitation du chef du gouvernement pour un petit-déjeuner à 8h00, ils ont pour autant boycotté le discours de l'ancien maire de Nantes tout en manifestant leur mauvaise humeur aux abords de la préfecture. Sur cette question, tout en rappelant que "rien ne se fera sans les maires", l'ancien président de l'association des maires de grandes villes de France s'est engagé à "réviser le décret de la mission de préfiguration pour modifier la composition du conseil des élus et y intégrer des représentants des maires et instituer un conseil territorial de projet, composé de manière paritaire entre les maires et les représentants de l'État".

Sécurité : encore des renforts
C'est d'ailleurs sur cette question que le représentant de l'État a commencé son allocution en listant tout ce qu'il avait déjà accordé depuis un an "pour assurer le retour de la République" : deux zones de sécurité prioritaires couvrant 500 000 habitants, le renfort de 407 policiers et gendarmes (les documents de la Préfecture Paca comptabilisent 383 personnels depuis l'automne 2012 : 219 affectés et 164 issus de forces mobiles), la création d'un poste de préfet de police (on en a même connu deux, Alain Gardère et Jean-Paul Bonnetain), le renforcement des services de police judiciaire pour recentrer leur action sur les trafics dans les cités. Cette fois, il a promis "80 personnels supplémentaires en début d'année 2014". "Ces moyens considérables commencent à produire leurs effets : 2 000 vols avec violence en moins, 500 cambriolages en moins et trois fois moins d'homicides ou tentatives d'homicides", a-t-il énuméré.
Selon des documents de la préfecture de Paca, au premier semestre 2013, les atteintes aux personnes avaient reculé de 13,6 % (2 245 faits de moins), et aux biens de 9,7 % (4 604 faits de moins) dont - 23,34 % pour les vols avec violence (2 015 faits de moins) et - 7,52 % pour les cambriolages (523 faits de moins). Depuis, le 1er janvier, 13 règlements de comptes ont été comptabilisés contre 20 en 2012 et 27 victimes dans les affaires d'homicides et de tentatives d'homicides (au 2/10/2013) à comparer à 79 victimes en 2012.
Aujourd'hui, les forces de l'ordre se situeraient autour de 3 500 policiers et gendarmes sur Marseille auxquels il faut ajouter les quelque 420 policiers municipaux et un système de vidéosurveillance (265 caméras en centre ville tandis qu'un plan de développement cofinancé par l'État et la municipalité prévoit le déploiement au cours de ces deux prochaines années de plus de 400 caméras supplémentaires dont une partie en ZSP).


Économie : vive le port !

Si rien ne doit se faire sans les maires, rien ne se fera pas non plus, selon le Premier ministre, sans le port et les activités industrielles connexes. Sur ce plan, l'homme politique a fait des annonces qui n'en sont pas davantage : la remise en service de la forme 10, l'élargissement de la passe nord, le terminal de transport combiné, la liaison fluviale, l'aménagement des bassins Est. Il a toutefois évoqué la création de 20 000 emplois "en misant sur le trafic de conteneurs" et remis sur les quais les projets des terminaux à conteneurs Fos 3XL et 4XL susceptibles de générer un trafic de 2 millions de conteneurs supplémentaires. Des chantiers qui nécessitent précisément le développement des dessertes associées, qu'elles soient routières, ferroviaires ou fluviales.
Et de promettre l'aménagement autoroutier en 2x2 voies des 25 km qui relient la zone industrielle portuaire de Fos-sur-Mer et l'A54 au niveau de Salon-de-Provence (avec contournement de Fos-sur-Mer). Un projet estimé entre 240 M€ et 330 M€ par la commission nationale Mobilité 21. Autres promesses : la déviation de Miramas en 2016 et le contournement de Martigues-Port de Bouc avant 2020.

Rencontre avec les patrons du terroir
À l'issue de son discours, Jean-Marc Ayrault était attendu au Palais de la Bourse, où siège la Chambre de commerce et d'industrie de Marseille Provence, pour une rencontre avec des acteurs du monde économique, représentants des instances patronales et fédérations professionnelles (UPE 13, CGPME, Union des industries chimiques...), chefs des grandes entreprises du territoire (CMA-CGM, 3e armateur mondial, Eurocopter, leader mondial des hélicoptères, ONET, grand groupe de services, Haribo...) et de PME emblématiques (Constructa, Société Marseillaise de Crédit, CIS Catering International & Services, ST Microelectronics, Avenir Telecom, Eaux de Marseille, Hom, High Co....). Il était très attendu, la dernière visite d'un Premier ministre en exercice au Palais de la Bourse remonte à 1987 (et c'était donc Jacques Chirac). Les chefs d'entreprises, qui ont rencontré à huit clos Jean-Marc Ayrault, avait des attentes particulières dont l'assurance que la création désormais irréversible de la Métropole Aix-Marseille-Provence allait bénéficier de moyens en conséquence. Ils attendaient aussi d'être assurés de l'engagement de l'État à leurs côtés sur la suite à donner à Marseille-Provence Capitale culturelle européenne 2013, "fruit d'un jeu collectif des collectivités locales, des acteurs culturels et du monde économique", n'a pas manqué de rappeler Jacques Pfister. À cet égard, le président de la CCIMP et président de l'association en charge de l'événement culturel phare de l'année, aura certainement rectifié les données du Premier ministre qui évoquait dans son discours la visite d'1 million de visiteurs. Mi-octobre, on en comptabilisait 7,3 millions (dont 3,8 pour les expositions). Le président de la CGPME 13, Alain Gargani, en a par ailleurs profité pour glisser en aparté au représentant du gouvernement les inquiétudes locales sur le sort que serait réservé au dispositif des zones franches (deux sur le territoire). Jean-Marc Ayrault lui a donc confirmé qu'il attendait le rapport sur la question mais qu'il "n'y avait aucune inquiétude à avoir"  sur le sujet.


Réaction de Jean-Claude Gaudin : beaucoup de bruit pour rien ?
S'il en est un que l'ensemble des annonces ne trompe pas, c'est bien le sénateur-maire UMP de la ville Jean-Claude Gaudin : "les annonces faites aujourd'hui sur la L2, le prolongement du métro ou la gare souterraine de Saint Charles sont autant de bonnes nouvelles pour les Marseillais. Mais elles sont avant tout la reconnaissance et la poursuite de projets que je porte depuis longtemps. Evidemment, il appartiendra aux gouvernements futurs de concrétiser sur le long terme les engagements pris".
L'élu rompu à la politique ne s'interdit pas de s'étonner que "les réunions préparatoires avec le Premier ministre n'aient associé que les parlementaires socialistes. Ce comportement de la part du chef du gouvernement montre bien que ce déplacement n'est qu'une tournée électorale destinée à soutenir le candidat socialiste". Le maire se dit déçu en revanche que rien n'ait été dit sur "des problèmes plus immédiats" comme l'avenir de la SNCM et le "versement des 28 M€ promis par l'État pour le Stade Vélodrome". Marc Dufour, le président du directoire de la compagnie maritime marseillaise, était d'ailleurs présent lors de la présentation du plan dans les salons de la préfecture mais pas à la réunion en huis clos à la CCIMP.

Adeline Descamps


Photo : Jean-Marc Ayrault, en visite à Marseille le 8 novembre, pour annoncer de nouvelles actions en faveur de l'agglomération marseillaise.

©Franck Pennant

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