Les 30 PME provençales les plus innovantes

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À l?occasion de la publication dans l?hebdomadaire de la Tribune du 17 mai d?un supplément spécial consacré aux 30 entreprises les plus innovantes de l?aire urbaine de Marseille, La Tribune a organisé une table ronde au Sofitel Vieux-Port de Marseille sur le thème de l?innovation en présence d?entrepreneurs et acteurs économiques du territoire.


Provence-Alpes-Côte d'Azur, une région innovante ? Une question qui appelle une réponse formelle assortie d'indicateurs mais à laquelle il est toujours difficile de répondre. La réponse serait inconditionnellement affirmative s'il ne fallait considérer que le nombre de ses projets labellisés par le programme "Investissements d'Avenir" : 24 Equipex et Labex, 1 Institut d'Excellence des Énergies Décarbonées (IEED),1 Société d'Accélération du Transfert de Technologies (Satt Sud-Est Paca), 1 Institut Hospitalo-Universitair (IHU), tous retenus parmi les premiers en France. "Il ne faut pas confondre innovation et entreprises innovantes. Si la région a une grande tradition d'innovation, il a été difficile ces dernières années de passer de l'innovation à l'entreprise innovante", répond indirectement Bernard Morel, vice-président de la Région en charge notamment de l'innovation. "Et c'est bien pour cette raison que nous avons institué, en parallèle aux pôles de compétitivité, des systèmes productifs locaux" (29 Prides, Pôles régionaux d'innovation et de développement économique solidaire, une spécificité régionale, ndlr) même s'il concède que cette logique de fonctionnement en réseau ne donne pas pour tous les résultats escomptés.

Vallée de la mort
Pour qu'une innovation trouve son marché, encore faut-il qu'elle réponde à un besoin. Et encore faut-il qu'elle trouve les financements nécessaires pour pallier cette fatidique phase - la plus risquée et la plus critique - dite de la "vallée de la mort". "Si je n'avais pas été accompagné à l'amorçage, je ne serai pas parmi vous", confirme Michel Féraud, à la tête de la société Provepharm créée en 2007 (C.A 2012 de 4,7 M€) et à l'origine du seul et unique principe actif au monde développé à partir de la valorisation du bleu de méthylène. Le produit, qui a obtenu en 2011 les AMM dans 27 pays de l'UE et qui est sur le point d'obtenir les autorisations pour les États-Unis et la Japon, a levé 8,7 M€ en plusieurs tours de table pour financer ses développements et a eu recours à plusieurs dispositifs d'aides publiques.
"Dans la région, nous sommes passés d'une logique de subvention à celle du prêt puis enfin, à de l'ingénierie financière. C'est ainsi que nous nous sommes dotés d'outils comme Paca Investissement (un fonds de cofinancement au capital de 15,45 M€ dont 6 millions du Feder, ndlr) ou Jérémie (doté de 20 M€ apportés à parité par la Région et le Feder et géré par le Fonds européen d'investissement, ndlr). Nous allons par ailleurs mettre en œuvre de nouveaux fonds pour financer l'amorçage, dans le cadre du futur Schéma régional de développement économique, d'innovation et d'internationalisation pour l'emploi", annonce le représentant de la région.


Écosystème du financement en cours de structuration

Si l'offre de financement de l'innovation est en cours de structuration en région, elle demeure pour l'heure encore inadaptée aux besoins des entreprises avec une faible prise en charge des aspects non technologiques (financement, RH, accès au marché, DPI) et des lacunes en amorçage (150 K€ et au-dessus de 500 K€). "Nous avons injecté 30 M€ en aides directes en 2012 ce qui a permis avec effet de levier d'injecter 153 M€ au profit de l'innovation sur le territoire régional qui ont bénéficié à 229 entreprises", indique pour sa part Jean-Marie Suquet, le directeur régional d'Oséo, et bientôt de bpifrance.
Alain Lacroix, le président du directoire de la Caisse d'Épargne Côte d'Azur (CEPAC) ne cache pas sa difficulté à s'exprimer sur le financement de l'innovation : "Nous sommes des généralistes et de fait, pas l'outil le plus approprié pour intervenir auprès des entreprises en amorçage, où les risques sont importants et la notion de temps déterminante. C'est le rôle de la bpi". L'observatoire économique de la CEPAC donne pour autant des éclairages inquiétants sur le destin de certaines entreprises du territoire : "moins de 13 % d'entre elles parviennent à être cédées contre une moyenne de 30 % au niveau national. Elles se vendent à des grands groupes". En matière d'ingénierie financière, la CEPAC fut à l'initiative de la création de la société marseillaise gestionnaire de FIP, FCPI et FCPR, Viveris Management (reprise en janvier 2012 par ACG Private Equity et ses actionnaires). C'est par ailleurs adossée à la caisse régionale que cette société de capital-investissement a crée le fonds commun de placement à risques Connect Capital, en partenariat avec des chefs d'entreprises, dans le but de prendre des participations majoritaires dans des PME du grand Sud-Est. La banque est aussi le "premier sponsor" du tout nouveau fonds d'investissement Tertium dans lequel ont investi 18 chefs d'entreprises. "L'idée est de créer une ingénierie collective pour éviter que les entreprises partent ailleurs", résume Alain Lacroix. Comme ce que vient de vivre Impika, une entreprise basée à Aubagne, acquise en mars dernier par l'américain Xerox.


Le temps des financeurs n'est pas celui de l'entrepreneur
Le temps pourrait en effet coûter très cher à la société de Gardanne Microvitae créée par Thierry Hervé, qui a hypothéqué son patrimoine privé pour assurer sa survie. "On n'est pas crédible auprès des investisseurs car on met trop de temps à dégager des résultats. Ils nous invitent à repasser plus tard. Et les banquiers estiment que ce n'est pas leur rôle. Pendant ce temps, nous sommes en train de perdre notre avance technologique alors que nous avons obtenu le marquage européen qui nous permettrait de commercialiser les premiers électrodes". La Pme de Gardanne, spécialiste de la bioélectronique a mis au point une puce totalement biocompatible qui présente un intérêt immédiat pour la neurochirurgie des tumeurs et le diagnostic de l'épilepsie ou du diabète.
Le député européen et patron de la RTM Karim Zeribi regrette pour sa part que cette région ne soit pas en mesure de valoriser ses atouts naturels -"vent, mer et soleil" - pour développer un écosystème innovant et créatif autour de l'économie verte. Et le prétendant à l'Hôtel de Ville de Marseille de rappeler que "l'attractivité de la métropole passe aussi par l'innovation des PME".

A.DESCAMPS

Photo : Alain Lacroix, le président du directoire de la Caisse d'Épargne Côte d'Azur, Bernard Morel, vice-président de la Région en charge notamment de l'innovation, Jean-Marie Suquet, le directeur régional d'Oséo, Michel Féraud, P-d.g de la société Provepharm, Thierry Hervé, drigeant de Microvitae.

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