Les patrons du département ont fait leur rentrée

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Si l?unité de mesure du succès d?un événement est son audience, le Forum des Entrepreneurs organisé vendredi dernier par l?UPE 13 dans les locaux d?Euromed Management, en fut un. Sans grande surprise d?ailleurs.

Jean-Luc Chauvin, le patron des patrons du département, l'avait pronostiqué à l'occasion d'une conférence de presse tenue quelques jours avant en vantant les 2000 inscrits à l'événement de rentrée du milieu économique. La 11ème édition du Forum des entrepreneurs a donc fait salle comble. Dans ce succès, excluons d'emblée le grand débat de l'après-midi. Difficile de ne pas capter l'audience en réunissant dans une même salle tout ce que la planète médiatique actuelle compte de contempteurs. Ceux qui n'ont plus leur preuve à faire parmi les éternels mécontents à l'image d'Éric Zemmour et ceux qui font razzia actuellement sur les plateaux de télévision à l'instar de Michel Godet, dont le dernier ouvrage "Bonnes Nouvelles des Conspirateurs du futur" est un succès de librairie.

Revenons sur les débats du matin : deux plages horaires, trois débats simultanés avec pour schéma directeur : la levée des tabous. Une façon indirecte pour le Medef local de revenir sur ce qui sera un des grands thèmes de la présidentielle : la répartition de la richesse. "Il faut vraiment se poser la question quand on voit de plus en plus de travailleurs s'appauvrir au point de ne plus être en mesure de satisfaire les besoins les plus primaires", justifie le président de l'UPE départementale.

Parmi les tabous levés à l'occasion du forum, figurent aussi celui de l'appartenance des entreprises, des liens entre spéculation financière et intellectuelle, ou encore de la corruption comme un mal nécessaire. C'est sans doute celui-ci qui est le plus innovant dans son angle : appréhender la performance de l'entreprise par le canal de la fraude qu'elle pratique.

Comme base de travail à cet atelier, les résultats d'une étude conduite par des professeurs d'Euromed Management sur le paiement effectif de la corruption par les entreprises. Une première du genre, toutes les analyses portent à ce jour sur la corruption au niveau étatique.

"L'étude montre que le paiement de pots-de-vin par les firmes a un effet positif sur l'accroissement de leur productivité et permet d'augmenter leur taux de survie", explique Frédéric Prévot, professeur à Euromed.

De là à conclure à la criminalité comme un élément positif ? Jean-François Gayraud, commissaire divisionnaire de la police nationale, s'inscrit en faux contre ces thèses. Pour l'auteur d'ouvrages traitant de criminologie et de géopolitique*, l'organisation de la corruption au niveau mondial ressemble en effet à une gigantesque "scène de crimes". Et les fraudes massives ayant déclenché la plus grande crise financière relève de la criminologie.

"Tous veulent imposer un aimable récit des causes de la crise au moyen d'explications fatalistes (la théorie des cycles), magiques (une catastrophe) ou lénifiantes (dysfonctionnements des marchés). Pourtant, peu de crises financières dans l'histoire ont comporté une dimension criminelle aussi évidente, une telle masse critique de fraudes". En amont, avec les prêts dits "prédateurs", déversés sur les plus vulnérables de la société américaine. Ils seront même qualifiés par les professionnels de l'industrie financière de "prêts à neutrons", sous-entendu : des armes détruisant les ménages et laissant intactes les maisons.


"En aval, les fraudes touchent les produits titrisés vendus par les grandes banques d'investissement de Wall Street, qui se sont livrées à de multiples turpitudes : tromperie sur le niveau de risque, trucage des bilans, manipulation des cours à la baisse. Au milieu du processus, les trois grandes agences de notation - dont l'une française - agissent en régulateurs de fait, dans un marais de "conflits d'intérêts".

Le spécialiste du crime organisé conclue en rappelant que le chiffre d'affaires généré par les quatre grandes organisations criminelles italiennes est estimé à 430 mds$/an et que la chaîne des déchets en Italie est aux 2/3 en odeurs de corruption.

Transition involontaire mais judicieuse pour laisser le mot de la fin à Denis Trossero, dont on saluera le travail d'investigation mené sur les malversations liées à l'affaire Guérini et le décryptage des mécanismes financiers complexes mis en œuvre dans l'obtention de certains marchés publics.

A.D

* Ses derniers livres : "La grande fraude. Crime, subprimes, et crises financières" (Odile Jacob, 2011) ; à paraître fin 2011 : "Le renseignement criminel", CNRS Editions


© Thierry Vaudé - Pressvox


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