Microvitae : Une puce pour un bond technologique

 |   |  547  mots
La PME gardannaise Microvitae Technologies, en collaboration avec le département de Bioélectronique de l?Ecole des Mines de Saint-Étienne et une équipe de chercheurs de l?Institut de neurosciences des systèmes de la Timone, vient de présenter un système unique au monde de capteurs de l?activité du cerveau.

Elle est épaisse de quelques microns, fine et souple comme de la cellophane. Très résistante et totalement bio-compatible, elle fait office d'émetteur et a pour particularité de capter l'activité du cerveau : il s'agit d'une puce. Minuscule mais qui représente à elle seule une véritable révolution dans le domaine de la médecine, des neurosciences et de la recherche fondamentale. Si Thierry Hervé, le président de la société Microvitae située à Gardanne, partage aujourd'hui l'affiche avec ses collègues locaux, l'entreprise continue de souffrir faute de financements malgré le bond en avant offert par sa technologie et sa récente mise en avant médiatique.

Un parcours semé d'embûches
Ingénieur physicien-électronicien, docteur en électronique de l'Institut national polytechnique de Grenoble, l'homme travaille d'abord longtemps à l'INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) où il anticipe, dès 1995, l'actuelle nanotechnologie en proposant des projets de micro-systèmes médicaux. En juin 2003, il obtient difficilement le contrat de cession de sa technologie auprès de l'Université de Grenoble et créé la société Microvitae. Au mauvais moment, à vrai dire. Celui de la funeste canicule qui a pour effet collatéral de tuer dans l'œuf tout projet de commercialisation à grande échelle d'un produit majoritairement destiné aux seniors. Exsangue financièrement suite à un redressement judiciaire en 2008, la société fait alors le choix de s'orienter vers les applications neurologiques.


Problématique du financement de l'innovation
Mais la problématique du financement persiste, contraignant d'ailleurs Thierry Hervé à quitter l'INSERM afin de bénéficier de ses indemnités de départ et à vendre sa maison. À ce jour, les 450 K€ récupérés d'un concours de l'innovation pour ses brevets d'électrodes appliquées au monitoring du nerf de l'audition qui permettent au chirurgien d'opérer sans endommager le nerf, ne financent que 50 % du budget R&D, et pour pallier le manque de fond de roulement, Microvitae va prochainement solliciter la BPI (Banque publique d'investissement).
La PME, qui commercialise depuis 2012 un appareil de diagnostic ORL en partenariat avec le spécialiste de la prothèse auditive Amplifon qui le distribue dans ses centres, est également en discussion pour lever les quelque 3 M€ nécessaires à la commercialisation de la première gamme de puces-électrodes dans le monde (technologie brevetée et certifiée ISO 13.485 dont elle a encore l'exclusivité).


Un marché mondial
Les applications dérivées de sa toute récente découverte, qui prend la forme d'un patch électrode, ouvre le champ des possibles : "Si l'on ne prend que l'exemple de la surveillance cardiaque, qui représente 25 % des dépenses de santé en France et un million de personnes, Microvitae est en mesure de proposer un système de surveillance ambulatoire qui permettrait de rester à domicile. Et 10 millions de patients concernés sur le marché européen". Et c'est sans parler des améliorations apportées aux électro-encéphalogrammes, de la surveillance de l'épilepsie, du diabète ou de ces capteurs qui permettront de commander, depuis leur cerveau, les jambes ou bras artificiels de personnes paralysées.

Laurent ODDOS

Photo : George MALLIARAS, directeur du laboratoire de BioELectronique de l'école des Mines de Saint-Étienne (BEL) et Thierry HERVÉ, président et fondateur de Microvitae

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :