Municipales 2014 : Krach à gauche, victoire à la romaine à droite

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Le maire sortant, qui briguait à 74 ans un quatrième mandat, fait le strike en empochant six des huit secteurs lui assurant 61 sièges au futur conseil municipal. À gauche, défaite, la sénatrice-maire des quartiers Nord Samia Ghali sauve la face tandis que le FN emporte une mairie de secteur et une vingtaine de sièges.

Krach, banqueroute, culbute, déconfiture, déroute, désastre, naufrage... Quel que soit le vocabulaire de la débacle employé pour qualifier le discrédit des lites de gauche, les résultats sortis des 478 bureaux de vote installés dans la ville de Marseille sont têtus et sans appel : l'UMP opère un véritable rapt en empochant six des huit secteurs. Le sénateur-maire sortant est réélu avec 42,39 % des voix contre 31,09 % pour le socialiste Patrick Mennucci et 26,51 % pour le frontiste Stéphane Ravier. Les électeurs se sont un peu plus mobilisés qu'au premier tour avec un taux de participation de 62,22 % (contre 61,10 % au premier tour) mais largement moins qu'en 2008 (66,36 %). Si le "ripolinage" de la carte municipale en bleu était prévisible, l'une des principales problématiques en jeu dans l'équation de ce deuxième tour était de savoir avec quel confort le maire UMP sortant, seul de son équipe à avoir été élu dès le premier tour dans les 6 et 8e arrondissements avec seulement 33 voix d'avance, allait pouvoir gouverner la ville ?

Majorité absolue au Conseil municipal

Jean-Claude Gaudin, qui bénéficiait lors de la précédente mandature de quatre secteurs et de 51 sièges (soit une majorité toute relative) sur les 101 que compte le Conseil municipal, s'assure cette fois, avec 61 sièges, une majorité absolue. Inespéré, le maire n'aura jamais eu les coudées aussi franches.
"C'est un échec épouvantable pour le gouvernement et le président François Hollande. C'est un échec national doublé de l'échec local, y compris dans le propre secteur de Patrick Mennucci. En refusant de se retirer dans le 7e secteur au nom du pacte républicain, le PS portera pendant les six prochaines années la responsabilité de l'élection du FN à Marseille", a déclaré à l'annonce des premiers résultats, le sénateur-maire de Marseille, qui rempile donc à 74 ans pour un 4e mandat.

Première répartition des postes

Sans attendre, et comme pour planter le dernier coup à son adversaire moribond, il a annoncé que le député de la 2e circonscription des Bouches-du-Rhône Dominique Tian, qui chassait sur les terres du 1er secteur, fief de Patrick Mennucci, sera son premier adjoint : "j'ai toujours dit que si Dominique Tian battait Patrick Mennucci dans son secteur, il le serait." Pour être précis, il avait en effet assuré "Tian ou une femme."

Quelle place pour l'actuel titulaire du poste, Roland Blum, sorti vainqueur dans le 6e secteur (11e et 12e arrondissements) après un premier tour où il devançait de 4 000 voix le candidat FN ? Selon l'intéressé, il devrait hériter des finances et du port, ce qu'il souhaitait d'ailleurs. Il aura beaucoup à faire vu "le cataclysme à la SNCM qui s'annonce".

Colère du peuple de gauche pas apaisée
Les listes de gauche, conduites par Patrick Mennucci, qui espéraient entre les deux tours agréger des électeurs en puisant dans les réserves des abstentionnistes, n'ont donc pas réussi à créer le choc de mobilisation. Et plus encore, elles doivent se résigner à laisser partir trois des quatre secteurs qu'elles étaient parvenues à glaner lors du dernier scrutin de 2008* assurant au PS 49 sièges au Conseil municipal. Cette fois, avec 20 sièges, il devra se contenter de voir passer les dossiers. Pour le maire sortant du 1er secteur (1er et 2e arrondissements), le ring politique s'achève en KO puisqu'il doit aussi abdiquer le secteur (qu'il avait ravi à l'UMP Jean Roatta en 2008) "avec un écart de 4 % des voix" a-t-il indiqué lors d'une conférence de presse. "J'assume personnellement en tant que tête de liste cette défaite. Et je sais que mes adversaires vont mouliner à l'envi qu'en ne se retirant pas du jeu au profit du candidat UMP, on a fait élire le FN. Mais nous avons pris de concert cette décision car l'UMP aurait été de toute façon battu par le FN."

Défaite du président de la communauté urbaine : lourde de conséquences

Autre camouflet pour un autre cacique local du PS : le président de la communauté urbaine Eugène Caselli, qui avec 33 % des voix dans le 2e secteur (2e et 3e arrondissements), a fait les frais de la fusion des listes de Lisette Narducci, PRG et guériniste, avec celle de Solange Biaggi (UMP) qui totalisent 47 % des voix loin devant le FN avec 10 %. "Je prends acte du résultat des urnes. Il est honorable. J'ai doublé mon score du premier tour (...) j'ai résisté dans les bastions de la coalition Gaudin-Guérini. Mes pensées, ce soir, vont vers les électeurs de Marseille que, nous, nous n'avons ni trahis, ni trompés", a déclaré le président de la communauté urbaine. Le médicament est dur à prendre pour Eugène Caselli, qui par ricochet va perdre la présidence de l'agglomération. Selon les calculs du maire réélu, l'UMP sera triomphante à la Communauté urbaine (138 sièges dont 69 pour Marseille). Et l'actuel député-maire Guy Tessier est bien pressenti pour en prendre les rênes. Ce sera lui le véritable patron au regard des pouvoirs dont disposent aujourd'hui l'agglomération (transports, eau, déchets...).

Samia Ghali, seule rescapée
Les résultats n'étaient pas encore connus dans les 4 et 5e arrondissements, le fameux 3e secteur qui opposait le sénateur maire UMP Bruno Gilles à la ministre déléguée aux Handicapés Marie-Arlette Carlotti mais elle n'est de toute façon pas parvenue à chasser les voix. Seule Samia Ghali, en ballotage dans le 8e secteur avec 31,71% des voix lors du premier tour, sauve la face.


Le FN emporte une mairie
L'équation était relativement simple : le FN est-il en mesure d'emporter une mairie de secteur. C'est fait : la tête de liste Stéphane Ravier, qui a dédié sa victoire à son père en chantant Charles Trenet, l'a emporté dans le 7e secteur (ceux des quartiers Nord de la ville connus pour les règlements de comptes et le taux de chômage élevé) avec 36,07 % des voix devant Richard Miron (UMP-UDI, 32,24%) et Garo Hovsépian (PS-EELV, 31,69%). Le parti frontiste comptera ainsi une vingtaine de sièges au Conseil municipal. Selon des résultats provisoires, le Front national (FN), qui a gagné Hénin-Beaumont (62) dès le premier tour, dirigerait 14 ou 15 villes de plus de 9 000 habitants dont Fréjus (Var), Le Luc (Var), Cogolin (Var) et Le Pontet (Vaucluse).

Demain, au réveil
Frottements, tensions, et conflits en perspective au sein de la gauche. Karim Zéribi, le député européen EELV, qui avait rallié dès le premier tour le PS et se présentait dans le 5e secteur face à Guy Teissier, a ouvert le ban, après avoir salué la victoire de son adversaire, en déclarant que "c'était la fin d'une manière de faire de la politique à gauche à Marseille." Après des primaires virulentes, la tête de liste socialiste n'est pas parvenue à recomposer ses listes entre les deux tours et n'a pas respecté certains accords politiques, explique le représentant des écologistes. Du rififi en perspective d'un autre scrutin : les sénatoriales devraient être l'occasion de recomposer les bases de son électorat.


Adeline Descamps

*La gauche détenait les 1er (1er et 7e arrondissements), 2e (2e et 3e arrondissements) et 7e secteurs (4e et 5e arrondissements)

Photo : Stéphane Ravier emporte le 7e secteur de Marseille. il s'assure 20 sièges au sein du Conseil municipal. La sénatrice socialiste est la seule rescapée à gauche.

© Franck Pennant et Robert Terzian

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