Quand l ? inculture financière devient à risques

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À la demande de l?Institut pour l?Éducation Financière du Public et de l?Autorité des marchés financiers, le Credoc a réalisé une enquête sur la culture financière des Français. Les résultats ont été présentés mardi à Marseille à la direction régionale de la Banque de France. À la veille d?une rencontre avec les associations de consommateurs.

 À la demande de l'Institut pour l'Éducation Financière du Public et de l'Autorité des marchés financiers, le Credoc a réalisé une enquête sur la culture financière de base des Français. Les résultats ont été présentés mardi à Marseille à la direction régionale de la Banque de France. À la veille d'une rencontre avec les associations de consommateurs.


Dans un environnement où le prisme financier est devenu prédominant, présenter de grandes lacunes dans les thématiques économiques et financières n'est-il pas facteur de risques ? Par cette étude*, l'AMF et l'IEFP y répondent indirectement (c.f encadré plus bas).

Les Français n'excellent pas dans la discipline et le phénomène est un bien commun que les générations partagent, quel que soit le sexe d'ailleurs. Aux tests de "culture financière de base", les hommes (5,1/10) comme les femmes (4/10) parviennent donc difficilement à la moyenne. Et côté générations, hormis les jeunes (18 à 24 ans) bien en deçà avec 3,9, les autres obtiennent une note à l'écart serré, entre 4,4 (60 ans et plus) et 4,8 (45-59 ans). Seules les CSP font la différence : les diplômés du supérieur, les professions cadres et les revenus supérieurs à 3100 € sont au-delà de la moyenne.

Ils se disent à l'aise en mathématiques mais leurs connaissances semblent partielles. Une personne sur deux seulement sait que 100€ placés à 2% par an conduisent à un capital de 102€ au bout d'un an. La proportion de réponses mauvaises (23%) et évasives (26%) étonnent surtout.


Ces mauvais résultats classent la France en queue de peloton par rapport aux autres pays ayant ce type de test à l'initiative de l'OCDE en 2011 : "les Irlandais sont, de loin, les plus à l'aise, tandis que nos concitoyens se situent entre les Sud-Africains, les Arméniens et les Malaisiens", précise Pascale Micoleau-Marcel, déléguée générale de l'Institut pour l'éducation financière du public. Curieusement, le calcul avec intérêts composés (100€ placés pendant 5 ans à 2% par an) est légèrement mieux maîtrisé (54 %).

En matière de placements financiers, 80% confessent la méconnaissance. 45% savent ce qu'est un fonds commun de placement, 52% connaissent la définition d'un dividende mais dans une liste de 3 réponses, moins d'une personne sur 4 parvient à donner la définition d'une obligation. Pis, ils auraient plutôt tendance à l'associer à un placement sécurisé.


Pour autant, ils sont 68% à estimer en savoir assez pour discuter avec leur conseiller bancaire et 49% se sentent capables de choisir seuls. Toutefois, les Français ont une assez bonne appréciation des risques puisque 87% savent que les actions sont plutôt risquées et 93% que les livrets d'épargne ne le sont pas.

Rassurant, la majorité des personnes interrogées se disent que lorsqu'on reçoit une somme d'argent exceptionnelle alors qu'on a un crédit à la consommation, il est préférable de rembourser ce dernier. En règle générale, les taux d'intérêt des crédits à la consommation excédent les rendements attendus sur la plupart des placements.

Comme aide à la décision, ils élisent majoritairement leurs banquiers. Pour l'anecdote, 31% s'appuient sur ce qu'ils ont appris dans leur scolarité... (sic).

Enfin depuis 7 ans (étude similaire sur le sujet), la méconnaissance en finance a progressé : +7 points entre 2004 et 2011. Mais ils sont en demande. Toute initiative visant à améliorer les compétences financières est jugée utile : 86% des jeunes considèrent même qu'en apprendre davantage sur la finance au cours de la scolarité serait un moyen efficace de progresser.


Quand les consommateurs seront avisés, aurons-nous aussi des banquiers plus responsables et des marchés financiers plus surs ?

A.D

Légende : Natalie LEMAIRE, directrice de la Direction des relations avec les épargnants (DREP), Cyrille Stevant, adjoint du directeur de la DREP, Pascale MICOLEAU-MARCEL, déléguée générale de l'Institut pour l'éducation financière du public, et Jean-Pierre JUBIN, directeur de la Banque de France Paca.


* Enquête réalisée en juin 2011 auprès d'un échantillon représentatif de la population française : 1502 personnes âgées de 18 ans et plus.

 Encadré : Une conséquence de l'inculture financière 


La Direction des relations avec les Epargnants, une instance de protection de l'épargne créée récemment au sein de l'AMF, entend profiter de cette enquête pour faire passer quelques messages "de bon sens". La martingale n'existe pas. "Contrairement à ce que croient encore un quart des Français, il n'existe pas de produits qui présentent un rendement élevé sans risques associés", rappelle Natalie Lemaire, nommée en mars dernier à la tête de la DREP, en déplacement à Marseille pour sensibiliser.

Si les pouvoirs publics alertent, c'est que la publicité douteuse est en train de vampiriser le web avec des formules du genre "deviens trader, transforme 200€ en 2000 voire 20 000 € en 2h" (source : Forex).

"Nous sommes dans une conjoncture où les placements classiques deviennent moins attractifs et où les populations sont vulnérables. Ces publicités ont d'autant plus d'impact qu'elles touchent des catégories de personnes très perméables à ce genre de discours. Elles sont d'autant plus dommageables qu'elles bénéficient aussi souvent de l'image de sérieux des médias dans lesquels elles sont publiées".


L'Autorité des marchés financiers et l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP)́ ont signé dernièrement une convention pour renforcer la régulation des publicités sur les produits financiers.
"Seule une politique de précaution peut avoir un réel effet. Car ces publicités peuvent émaner de sociétés agréées par l'AMF et les outils être autorisés dans le cadre d'activités régulées".

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