Raffinage : Que pense l'UFIP de l'intérêt porté à LyondellBasell ?

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Jean-Louis Schilansky, président de l'Union Française des Industries Pétrolières (Ufip) et Isabelle Muller, numéro 2 de l'association française du secteur pétrolier, étaient à Marseille jeudi dernier pour faire le point sur la filière, représentée en Paca par 4 raffineries (21,9 Mt de pétrole brut raffiné en 2012), 3 réseaux de pipelines et un dépôt pétrolier (6,3 Mt). Soit 115 M? de masse salariale, 1 500 collaborateurs, 6 à 8 000 emplois induits.

Sceptique pour ne pas dire dubitatif. Quoi qu'il en soit, Jean-Louis Schilansky, président de l'Ufip en visite à Marseille pour faire le point sur l'activité pétrolière régionale, trouve surprenantes les manifestations d'intérêt exprimées à l'égard des sites de LyondellBasell à Berre-l'Étang (Bouches-du-Rhône), mise sous cocon jusqu'au 31 décembre 2013, et de Petroplus de Petite Couronne (Seine-Maritime). En novembre dernier, le ministère du Redressement productif Arnaud Montebourg avait annoncé que le groupe public indonésien Pertaminna Oil and Gas Company était intéressé par la reprise de  la raffinerie de Berre-l'Étang, fragilisée comme l'ensemble du raffinage national dans un contexte de surcapacité importante et de baisse de la demande.

"Il faut s'assurer que tout investisseur ait la solidité financière, suffisante et durable, pour disposer d'un fonds de roulement sachant que pour une raffinerie de cette taille (5,5 Mt/an), il faut compter au moins 300 M€ d'achats de matières premières par mois. À ce jour, la quasi-totalité des possibles repreneurs ont des liens avec le Moyen-Orient (allusion à l'intérêt du fonds souverain Lybien Lybian Investment Autority - LIA pour la raffinerie Petroplus, ndlr) et leurs intérêts ne semblent pas être sur la base du stricte raffinage", sous-entend il. Pour rappel, l'offre Libyenne est intervenue sur sollicitation de l'État français, qui s'est beaucoup investi dans la guerre en Libye en 2011.

Pour autant, l'arrivée de nouveaux entrants dans l'aval pétrolier est déjà une réalité en région. En 2011, le pétrolier chinois Petrochina avait racheté 50% des raffineries Ineos à Lavéra (Bouches-du-Rhône).


30% de capacités de raffinage en moins en 2012
Le représentant de l'industrie pétrolière française n'a pas masqué ses inquiétudes quant aux capacités de raffinage français, qui vit une profonde restructuration depuis 2009 avec 8 sur 12 sites à l'arrêt. "Si la capacité installée actuelle atteint presque 82 Mt, la capacité active avoisine plutôt les 70 millions. Soit 30% de capacités en moins depuis 2009 avec des marges brutes qui s'érodent (moyenne de 22€/t entre 1995 et 2012, 34€/t en 2013, ndlr) sachant que le point mort est entre 28 et 30 €/t. En deçà, on perd de l'argent".

Autre indicateur en alerte, le déséquilibre des produits : nous avons exporté 4 Mt d'essences mais importé 20,5 Mt de gazole. L'Ufip plaide pour un rééquilibrage de la fiscalité pour que le gazole se tasse et a très mal vécu la taxe exceptionnelle sur les stocks qui a coûté 550 M€ en 2012 à l'industrie. "'instabilité et la non prédictivité fiscales sont extrêmement préjudiciables pour un investisseur".

120 permis d'exploration bloqués

Les représentants de l'industrie pétrolière étaient aussi à Marseille pour rappeler leurs positions sur la réforme du code minier (lancée en 2012 suite au débat autour des forages exploratoires de Shell au large de la Guyane).

Ce texte, qui date de 1956 (mais est issu d'une loi de 1810), régit l'exploitation des sous-sols. La refonte envisagée par le gouvernement vise à renforcer les procédures environnementales, à améliorer la concertation des populations et la transparence sur la délivrance des permis et des autorisations accordées. Le projet de loi devrait être présenté en mai 2013. Si l'Ufip juge qu'une réforme du code minier est nécessaire à la fois pour faire évoluer la fiscalité et favoriser la concertation, "on ne change pas le code de la route pour stopper la circulation". L'Ufip craint que cela nuise à l'exploration et la production pétrolière. Occasion de rappeler que ce qui doit animer tout le monde : la diminution de la facture énergétique de la France (60 Mds € en 2012 dont 49 de pétrole et 11 de gaz). "L'interdiction gouvernementale du recours à la fracturation hydraulique pour la recherche et l'exploitation des gaz de schiste revient à en interdire la production. Un des dommages collatéraux est le blocage de 120 permis d'exploration conventionnels. l'exploitation des gaz de schiste "est devenue un élément prépondérant de l'économie américaine, offrant à son industrie, un réel avantage compétitif. La Pologne, la Hollande et le Royaume-Uni ont lancé des programmes d'exploration ainsi que l'Allemagne sous conditions environnementales. La France, seul pays au monde avec la Bulgarie à l'avoir interdite, doit ouvrir le débat".

A.D


Photo : Jean-Louis Schilansky, président de l'Ufip

©Deuff

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