SNCM : Des comptes qui ne passent pas

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Opération inventaire à la SNCM. Tandis que les comptes sont toujours en phase d'approbation, les provisions et dépréciations génèrent une nouvelle source de conflit entre la direction de la compagnie et son actionnaire principal. De l'influence des provisions sur les résultats...

Fallait-il trouver une autre divergence d'appréciation entre la direction de la compagnie maritime marseillaise et ses actionnaires, en plus de leurs nombreux points d'achoppement, largement étalés sur la place publique ces dernières semaines ? Après le dernier coup de Brutus, que la presse s'est régalée à baptiser "coup de Jarnac" par allusion à la tentative de destitution du président du Conseil de surveillance manœuvrée par Jean-Marc Janaillac, le P.d.g de Transdev et principal actionnaire de l'entreprise, voici que l'ensemble des opérations enregistrées en 2013 en vue de clôturer les comptes annuels génère une autre source de conflits.


Valeur de la provision ?

Le patron hussard de la compagnie maritime Marc Dufour, dont le mandat arrive à échéance le 31 mai, n'a visiblement pas la même lecture comptable que son actionnaire principal quant à la valeur de la provision à inscrire au passif de l'exercice comptable 2013. D'après ses déclarations publiques dans la presse, Jean-Marc Janaillac aurait tendance à considérer les deux demandes de remboursement exigées par l'Europe à l'État français dans deux dossiers différents (aides publiques trop perçues dans l'exercice de la DSP de la desserte maritime corse et les conditions de la privatisation de la SNCM à la fin des années 80, soit 2 fois la somme de quelque 220 M€, un montant similaire qui n'est que pur hasard), comme une obligation probable qui doit figurer au passif du bilan.


650 M€ versus 40/50 M€

Les commissaires aux comptes, qui ne se sont toujours pas prononcés sur les comptes, demanderaient une provision d'au moins 650 M€, intégrant donc les sanctions de Bruxelles ainsi que les charges afférentes au financement du plan social (515 suppressions de postes sur deux ans). Marc Dufour estime pour sa part la déduction à opérer entre 40 et 50 M€. Quoi qu'il en soit, ces éléments comptables restent nécessaires pour clôturer l'exercice, qui doit être approuvé en assemblée générale dans les plus brefs délais. Si Transdev possède 7 des 14 voix au sein du conseil de surveillance, rien ne dit que la filiale transports, elle-même codétenue par Veolia et la Caisse des Dépôts, suive l'avis des auditeurs. Car au-delà des jeux d'écriture, la constatation d'une provision n'est pas sans impact sur la dépréciation d'un résultat que l'on souhaiterait selon les conditions ou plus flatteur ou plus chargé. En l'occurrence, et paradoxalement, Transdev, qui doit aussi rendre des comptes à ses actionnaires, a estimé dans ses propres comptes la dépréciation liée à la SNCM (que) de 107 M€.


"Non, je ne suis pas aveuglé"
Si l'entreprise est déficitaire, Marc Dufour croit plus que jamais à son devenir. "Oui, elle a un avenir, oui, il faut la changer. Non, je ne suis pas aveuglé et encore objectif dans l'analyse de ses forces et de ses faiblesses. Les conditions de son redressement et de sa viabilité sont réunies. J'ai été désigné pour établir un audit. il fallait répondre à des questions simples : Est-elle viable ? À quelles conditions ? À quels coûts ? Comment peut-elle être redressée ? J'ai découvert une entreprise en situation de monopole qui avait du mal à s'adapter à un environnement concurrentiel. Le paramètre social avait une importance démesurée. J'ai dénoncé 324 accords et usages qui entravaient l'efficacité. Ce qui nous a valu 47 jours de grève. Aujourd'hui, le dialogue social, que l'on disait impossible, a abouti à la signature d'un nouveau pacte social qui régit un nouveau mode de fonctionnement. On veut l'euthanasier au moment où elle est en train de montrer sa capacité à changer et dispose de marges de productivité énormes."

 

Un agent de la circulation ?

Reste à savoir pourquoi, alors qu'il y aurait eu tant d'occasions de le faire, la SNCM a dépêché dans ses nouveaux locaux au sein d'un quartier en pleine recomposition urbaine (!), une conférence de presse. Sachant, en outre, que la réunion du conseil de surveillance de la SNCM, qui devait avoir lieu ce 28 avril a été ajournée au 12 mai à Marseille. Les solutions de financement des nouveaux bateaux ne sont toujours pas finalisées. S'agissait-il d'une occasion offerte à Maître Mignard, ami et proche de François Hollande par ailleurs, d'en appeler solennellement au président de la République et à son nouveau Premier Ministre, Manuel Valls ? L'avocat a plaidé pour la nomination d'"un coordinateur", qui ait "une personnalité objective, indépendante et qui connaisse bien les dossiers." "On est parvenu à un tel niveau de défiance, avec des égos qui s'entrechoquent, qu'il faut impérativement un agent de la circulation pour entamer la désescalade", a-t-il défendu. Quant aux injonctions de Bruxelles, les avocats restent extrêmement confiants. "Nous disposons de quatre à cinq voies de droit pour contester tout ou partie des sommes exigées. Nous menons nos recours en totale concertation avec ceux de l'État", a ajouté Sébastien Mabile.

Adeline Descamps


Photo : Marc Dufour, président du directoire, encadré de ses avocats, Me Mignard et Me Mabile

©almodovar



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