SNCM : Les prochaines heures seront décisives

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Échanges de courriers peu courtois entre actionnaires, rapport confidentiel attestant d?une mise en liquidation? La gestion de la SNCM dépasse l?entendement. Alors que la clôture des comptes de la compagnie intervient ce lundi 31 mars, les syndicats grévistes réclament toujours la transparence. Le président du directoire Marc Dufour demandé à l'État d'organiser une table ronde avec l'ensemble des actionnaires de la SNCM. Les organisations syndicales devaient être reçues ce lundi à 14 h 30 en préfecture par le préfet de Région après un entretien téléphonique avec le ministère des Transports.

Échanges de courriers peu courtois entre actionnaires, rapport confidentiel attestant d'une mise en liquidation... La gestion de la SNCM dépasse l'entendement. Alors que la clôture des comptes de la compagnie intervient ce lundi 31 mars, les syndicats grévistes réclament toujours la transparence. Le président du directoire Marc Dufour demandé à l'État d'organiser une table ronde avec l'ensemble des actionnaires de la SNCM. Les organisations syndicales devaient être reçues ce lundi à 14 h 30 en préfecture par le préfet de Région après un entretien téléphonique avec le ministère des Transports.


Lors d'une assemblée générale à bord du Danielle Casanova, ce samedi 29 mars, les syndicats (CGT, FO, CFE-CGC, CFDT et SAMM) de la compagnie maritime marseillaise ont décidé, à l'unanimité, de reconduire leur mouvement entamé mercredi 26 mars, le deuxième depuis le début de l'année, alors que la compagnie est en pleine période de réservations et que le président de l'Office des transports de la Corse (OTC), Paul-Marie Bartoli, menace de demander au préfet de réquisitionner des navires pour briser la grève. Le représentant de l'exécutif corse a également demandé la "rupture unilatérale" de la délégation de service public (DSP) pour assurer la desserte maritime, qui a été reconduite pour 10 ans en ce début d'année. Le président du directoire Marc Dufour a indiqué dans un communiqué ce dimanche avoir demandé à l'État "d'organiser dès lundi une table ronde avec l'ensemble des actionnaires de la SNCM pour envisager l'avenir", souhaitant vivement qu'à l'issue de cette rencontre, "les organisations syndicales suspendent leur mouvement." Celles-ci doivent être reçues ce lundi à 14 h 30 en préfecture par le préfet de Région après un entretien téléphonique avec le Ministère des Transports. 

Provoquer le choc de l'actionnariat

"Nous sommes dans l'attente d'un arbitrage clair de l'Elysée sur la sécurisation du projet de la SNCM", a justifié Pierre Maupoint de Vandeul, délégué CFE-CGC des officiers. Les organisations syndicales attendent toujours des réponses de l'État quant à la mise en œuvre du projet industriel auquel ils ont accordé leur confiance à l'occasion de la négociation d'un nouvel accord d'entreprises il y a quelques mois déjà. Ils rappellent que "toutes les questions doivent avancer simultanément : écarter toute procédure au tribunal de commerce, la commande et le financement des navires, le lancement effectif du projet industriel, le traitement des contentieux européens et le futur actionnariat temporaire et durable", défendent les syndicats, qui ont été reçus vendredi dernier par le préfet de région Michel Cadot. "Le préfet s'est engagé à nous faire un retour de l'Élysée, nous attendons les réponses", a précisé à la sortie Pierre Maupoint de Vandeul. Ces derniers jours, ils ont par ailleurs été reçus par par le président socialiste du conseil régional, Michel Vauzelle, le candidat socialiste et maire du 1er secteur Patrick Mennucci et par Jean-Claude Gaudin, et son premier adjoint, Roland Blum. L'élu en charge du développement économique à la Ville, a d'ailleurs demandé à l'issue de cette rencontre, le remplacement de deux des sept représentants au conseil de surveillance de l'actionnaire Transdev, "par deux membres de la Caisse des dépôts".


L'État et sa communication positive

Les salariés sont échaudés, certes par les déclarations "hostiles", "médiatiques" et "répétées" de certains de leurs actionnaires : Antoine Frérot, P-d.g de Veolia qui a sollicité la mise de leur société sous la protection du Tribunal de commerce, mais aussi de Transdev, "dont le président Jean-Marc Jarnaillac a finalement rejoint les positions de son partenaire en jugeant, en Conseil de surveillance du 22 janvier, le plan de redressement de la société fragile alors qu'il l'avait préalablement validé." Ils sont tout autant agacés par l'attentisme de l'État, qui "au-delà de la communication volontairement positive en sortie de Conseil de surveillance du 7 mars" avait pris des engagements fermes en début d'année quant à l'avenir de l'entreprise. Les organisations syndicales attendent donc des actes. Elles ont d'ailleurs ces dernières semaines adressé différents courriers aux principaux intéressés, y compris, au directeur général de la Caisse des Dépôts Jean-Pierre Jouyet, jusque-là épargné. "Nous aimerions connaître la position de la CDC, actionnaire de Veolia et codétentrice de Transdev", explique Maurice Perrin, représentant CFE-CGC à la SNCM, qualifiant la position de la Caisse de "schizophrénique".

 

Cuvillier sort du bois

Après avoir été plutôt réservé lors des deux derniers conseils de surveillance, le ministre des Transports Frédéric Cuvillier est sorti du bois la semaine dernière pour rappeler Transdev à ses responsabilités en tant qu'actionnaire majoritaire. "Il serait difficilement compréhensible que cette intention conduise à empêcher l'entreprise de prendre les décisions nécessaires au moment où se profilent des pistes, certes étroites, de redressement", a t-il mentionné à Jean-Marc Janaillac, dans un courrier en date début mars. Le président de Transdev, dans son courrier du 28 janvier, avait aussi pris à parti le Ministre des Transports, en l'accusant de "négocier directement avec les organisations syndicales" et pris "au nom de la SNCM des engagements tenant à sa gestion." Lors du Conseil de surveillance le 18 mars, Transdev a refusé l'accès aux comptes de la compagnie aux investisseurs intéressés.

Entreprise de redressement tuée par les rumeurs

Ces amabilités, qui s'échangent par courrier, trouvent aussi un autre mode d'expression : la rumeur. Toutes les tentatives, qui pourraient conforter l'entreprise dans son entreprise de redressement, sont déjouées par le déni. Dernièrement, l'intérêt que pourraient représenter les nouveaux bateaux au GNL pour EDF en tant que bâtiments producteurs d'électricité, a été qualifié de farfelu. Tout comme l'intérêt du groupe norvégien SIEM a été mis en doute. Évidemment, ce sont les médias qui s'en font les relais. Pour le premier incident, le Nouvel observateur, dans son article "EDF qui reprendrait la SNCM ? C'est une blague !", est allé un peu vite dans l'interprétation des faits. Son auteur a d'ailleurs du se fendre d'un tweet, en guise de précision : "je n'ai rien ecrit d'autre. Travailler sur un projet de centrale flottante, ce n'est pas entrer au capital." Il faudra un jour s'interroger sur les véritables raisons de la rivalité structurelle de la presse parisienne à propos du dossier SNCM...

Rapport confidentiel révélé par Le Marin

Il faut enfin ajouter que le scénario d'une mise en liquidation orchestrée, théorie défendue par les organisations syndicales mais aussi par certains élus locaux, a trouvé de nouveaux arguments dans un article du Marin. Alors que la clôture des comptes de la compagnie (pas encore certifiés par les commissaires aux comptes) intervient ce lundi 31 mars, Le Marin a révélé la semaine dernière s'être procuré la synthèse, restée confidentielle, des groupes de travail, initiés en novembre et décembre par l'État, sur l'avenir de la SNCM. Objet : "poser un diagnostic partagé" de la situation de la compagnie et "identifier les scénarii d'évolution". Dans ce document daté du 12 décembre, qui n'a pas fait l'objet de conclusions validées, deux scénarios sont étudiés, révèle Le Marin.

Cynisme et pragmatisme
Au titre de celui de la "continuité" : le plan long terme (PLT) préparé par la direction et validé à plusieurs reprises par plusieurs cabinets d'audit dont PWC, est revu à la baisse. Et notamment, en prévoyant la suppression de 210 équivalents temps plein supplémentaires (par rapport au plan de relance tel que négocié avec les partenaires sociaux), liés à la fermeture de Toulon, où la compagnie a opéré son retour en 2012.

L'autre solution - dite de "discontinuité" - est radicale en optant pour un redressement judiciaire fin décembre, lequel avec pragmatisme ou cynisme, a même provisionné les coûts anticipant sur la probable perspective d'une grève (3,4 M€) ! Dans cette version, le redressement devait s'achever fin avril par une liquidation et le transfert de la DSP dans une nouvelle structure avec quatre bateaux avec 425 CDI.

Tout est prévu : coûts sociaux pris en charge par les AGS
Dans ce rapport, il est également indiqué que "les coûts du plan de sauvegarde de l'emploi pourraient être pris en charge par les AGS" (garantie des salaires qui intervient pour pallier les défaillances d'un employeur placé en procédure de sauvegarde). Les prochaines heures seront décisives : la convocation d'une assemblée générale pour modifier le conseil de surveillance ne serait pas de bon augure pour l'avenir de la société.


Adeline Descamps

Photo : Les Marins de la SNCM, en grève depuis mercredi, ont bloqué, ce dimanche vers 7 heures, l'accostage au port de Marseille d'un bateau de croisière le Costa Pacifica avec près 2 700 personnes à bord.

©Terzian

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