SNCM : Quel avenir au-delà des échéances municipales ?

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Après plus d'une semaine de conflit, mobilisant les marins de la SNCM et de La Méridionale, les navires ont repris la mer. Mais les questions demeurent : quel avenir pour la SNCM au-delà des échéances électorales ?

"Conditions réunies pour une reprise de l'activité", a estimé le Ministre des Transports. "Rencontre constructive", ont affirmé les syndicats représentant les marins de la SNCM et de La Méridionale à l'issue de leur rencontre mercredi 8 janvier avec le Ministre délégué aux transports. Satisfaits quants aux engagements du cabinet de Frédéric Cuvillier quant à leurs deux principales revendications - la publication d'un décret d'application à la loi de mai 2013 sur l'État d'accueil qui devrait imposer le droit français entre deux ports français et la mise en œuvre du plan Dufour*, les marins ont repris le chemin de la mer. Après plus d'une semaine de conflit social. Depuis le 1er janvier, l'ensemble des organisations syndicales de la SNCM (à l'exception du STC, syndicat autonomiste corse représentant 10 % du personnel de la SNCM) et, fait plus rare, de la Méridionale (partenaire de la SNCM pour l'exécution de la DSP de la desserte maritime de la Corse à partir du port de Marseille) étaient en grève pour réclamer la mise en œuvre du plan de restructuration qu'ils ont validé récemment et indissociable pour eux de l'entrée d'un nouvel actionnariat qualifié "d'intérêt général" pour remplacer Veolia-Transdev (Transdev, la filiale transports de Veolia, détient 66 % du capital de la compagnie, aux côtés de l'État avec 25 % et des salariés avec 9 %). Depuis la validation du plan de restructuration par l'ensemble des actionnaires, auquel était subordonnée la mise en place d'un nouveau pacte social, qui a été approuvé à la majorité (59 %) par le personnel, la "compagnie maritime est bloquée à chaque fois qu'elle cherche à l'appliquer", tranche un cadre de la société.

Nœud gordien
Considéré comme un fardeau économique et social depuis des années par les gouvernements successifs, le dossier de la SNCM s'apparente aujourd'hui à un véritable nœud gordien sur fond de tensions à la fois entre l'État français et l'Europe (qui réclame 440 M€ à l'opérateur de transport), entre l'État et Veolia, qui tous deux, pas pour les mêmes raisons ni avec la même temporalité, auraient un intérêt à voir disparaître cette entreprise au passif encombrant. Le premier est soupçonné de jouer l'attentiste pour gagner du temps pour des raisons purement électoralistes compte tenu des enjeux sociaux et collatéraux (2 000 salariés, avenir de la DSP). Le second, qui cherche à se désendetter par tous les moyens, ne verrait pas d'un bon œil tout investissement qui pourrait impacter son œuvre d'assainissement. On reproche au seul actionnaire privé sur le sujet SNCM, qui ne s'exprime plus sur le sujet, de gager sur un dénouement opportuniste de la situation : "Il attend que le fruit tombe après pourrissement. Rendez-vous en octobre prochain à l'échéance d'une nouvelle année comptable", assure-t-on du côté de ceux qui suivent le dossier au fil de l'eau.

Vente à la casse des dépouilles ?
L'État ne semble pas non plus très pressé de faire entrer un nouvel actionnaire, ce qui pourrait lui permettre pourtant de sortir. Et les 30 M€, offerts en guise d'étrennes le 31 décembre dernier par le Premier ministre Ayrault qui permettent de tenir jusqu'à l'ouverture de la saison, ne font qu'alimenter encore davantage les soupçons des uns et des autres à propos d'un engagement en faveur de solutions pérennes. Le cabinet du Ministère des transports, où officie Emmanuel Kesler en tant que directeur du cabinet, le même qui a géré le dossier Seafrance, fait craindre aussi un dénouement comparable.

Or, le changement d'équation économique est vital pour l'entreprise, placée depuis octobre en procédure de conciliation auprès du Tribunal de commerce de Marseille pour éviter une cessation de paiement. On ne pourra pas cette fois, comme il est de bon ton ici, de reprocher aux syndicats de creuser leur tombe dans la mesure où, véritable révolution sur le port, les organisations syndicales demandent précisément que l'on "n'arrête de perfuser" à coups d'injections à perte mais que l'on donne les moyens à l'entreprise d'appliquer son changement de schéma économique.

Réelles avancées ?
À l'issue de la rencontre, Frédéric Cuvillier a indiqué que "le moment est venu pour que chacun prenne ses responsabilités". Il s'est engagé à réunir les collectivités "pour préciser sous quelle forme elles souhaitent intervenir." Selon lui, la Banque publique d'investissement et la Caisse des dépôts (actionnaire de la SNCM via Transdev), seront mobilisées en vue d'"analyser les solutions financières pour l'achat de quatre nouveaux navires." Une phrase lourde de sens tant ces derniers jours, les parties prenantes ne semblaient pas parler du même plan ! (les services de l'État évoquaient l'acquisition d'un seul navire). La date du 22 janvier est évoquée pour la tenue d'un conseil de surveillance de l'entreprise pour évoquer les modalités de financement. D'autres dates circulent dans les arcanes des ministères, évoquant un horizon plus lointain.

Le représentant de la CGT-Marins de la SNCM, Frédéric Alpozzo, attend désormais des "actes matérialisés par écrit". Ainsi que, sur un autre plan, des engagements sur les conditions d'armement applicables au cabotage national. Un décret anti-dumping social, l'une des principales revendications des salariés de la SNCM, serait en cours de rédaction dans le cadre de la loi Cuvillier de mai 2013. Ils demandent à cet égard de rendre obligatoire pour toutes les compagnies ayant des activités en France l'inscription sous pavillon français "premier registre". Avec dans le viseur, le concurrent Corsica Ferries (par ailleurs à l'origine des démêlées judiciaires de la SNCM avec l'Europe), entreprise française basée à Bastia mais naviguant sous pavillon italien, source, selon eux, de distorsion de concurrence. Reste à déterminer les réelles marges de manoeuvre de la France à cet égard ?


Et l'on reparle de repreneurs potentiels
Dans un entretien accordé au journal spécialisé Le Marin, Christian Garin, l'ancien président du Port autonome de Marseille, dont le JDD avait révélé son intérêt pour la reprise de la SNCM avec le groupe norvégien Siem Industries, confirme (après avoir démenti) suivre le dossier. Et son intérêt se porte sur une compagnie avec "quatre navires neufs comprenant un apport de fonds propres de notre part avec un montage financier à condition que le plan social soit financé par les actionnaires sortants, que les pertes de 2013 des deux années suivantes (soit un total estimé par ses soins à 140 M€ NDLR), c'est-à-dire avant l'introduction des nouveaux navires, soient couvertes" et que les différends avec l'Europe soient réglés. Christian Garin affirme que Veolia n'a pas accepté cette offre. Quoi qu'il en soit, tout comme d'autres opérateurs, l'ancien directeur du port de Marseille, confirme que l'entreprise est viable si elle dispose d'un "outil naval adapté". Ce qu'un professionnel confirme : "le problème de la SNCM, c'est sa flotte. Les cars-ferries sont d'irrémédiables pôles de pertes", lequel jugerait également pertinent l'extension au Maghreb. "Quelle entreprise ne pourrait pas être viable avec 65 % de son chiffre d'affaires assuré pendant 10 ans ?".

Financement

L'actuel patron de la SNCM et ancien président de la compagnie aérienne défunte Air Littoral Marc Dufour disait, pour le financement des 4 navires, vouloir s'inspirer des montages déconsolidants, classiques dans l'aérien et particulièrement adaptés pour les investissements lourds qui font fuir les banquiers au regard de la durée d'amortissement des navires. Les techniques de déconsolidation ont été développées pour "sortir du bilan" une partie de l'endettement des entreprises. Les actifs sont sortis ou apportés à une société ad hoc avec l'endettement corrélatif.


Adeline Descamps

*changement du schéma d'exploitation avec une flotte composée de navires mixtes de types Ropax, nécessitant l'acquisition de 4 nouveaux navires et prévoyant la suppression sur plusieurs années de 519 postes

Photo ©terzian

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