SNCM : Solution de la dernière heure ?

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Serait-ce un début de proposition constructive ? Face à l?escalade de ces derniers jours, sur fond de grève persistante depuis le 24 juin et de tensions entre les syndicats de la compagnie maritime et Frédéric Cuvillier, le secrétaire d?État aux Transports, accusé d'être un ?liquidateur?, les collectivités locales proposent un moratoire de quatre mois minimum qui met la SNCM à l'abri d'un dépôt de bilan. De nature à remettre tout le monde au travail ?

Formulée par la Ville de Marseille, la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole et le Conseil général des Bouches-du-Rhône, cette demande en échange d'une reprise de travail a le mérite, fait valoir le communiqué conjoint diffusé ce 7 juillet en fin de matinée, "de geler toute démarche de mise en œuvre de procédure de sauvegarde ou de redressement judiciaire, afin de permettre aux professionnels, dont certains sont des acteurs importants de l'économie régionale, de finaliser un projet de reprise cohérent, respectant l'emploi, l'activité économique et privilégiant l'investissement et l'acquisition de nouveaux navires plus adaptés à l'activité". Reste à savoir si, dans un contexte hautement inflammable, la proposition des élus marseillais sera de nature à lever tous les verrous alors que les syndicats ont rendez-vous ce lundi en préfecture de région à Marseille avec le médiateur nommé par le gouvernement la semaine dernière, Gilles Bélier.

Conseil de surveillance le 15 juillet

Cette proposition collective, visiblement à mettre à l'initiative de la Ville de Marseille, fait suite à une semaine de crise, amorcée avec la venue lundi 30 juin de Frédéric Cuvillier, qui devait échanger avec l'intersyndicale par visioconférence et qui avait finalement fait le déplacement. Un échange qui s'était soldé par d'énièmes annonces : la nomination de Gilles Bélier, vice-président du conseil d'orientation de l'emploi, comme médiateur dans le dossier tandis que l'ancien patron d'Airbus et de la SNCF, ancien commissaire général à l'investissement et actuel président du conseil de surveillance de PSA, Louis Gallois, était désigné pour établir un plan stratégique de soutien aux compagnies de transport maritime françaises.

L'annonce avait été faite en amont de la tenue d'une assemblée générale des actionnaires, qui devait être suivi d'un conseil de surveillance le 2 juillet et qui devait avaliser le remplacement de l'actuel président du Conseil de surveillance Gérard Couturier (suite logique après le débarquement du directoire de Marc Dufour, remplacé par Olivier Diehl sur proposition de Transdev) par Jérôme Nanty, l'actuel secrétaire général de Transdev, l'actionnaire majoritaire. Faute de quorum - un administrateur sur les cinq de Transdev était présent mais aucun des trois représentants de l'État-, le conseil de surveillance a été ajourné au 15 juillet.


Redressement judiciaire enfin clairement énoncé
Dans ce contexte particulièrement électrique - des manifestants corses s'en sont pris la semaine dernière aux grévistes du Jean Nicoli, qui a été contraint d'appareiller en urgence de Porto Vecchio, où il était immobilisé depuis le 24 juin -, l'entretien accordé à La Provence ce samedi 5 juillet par le secrétaire d'État aux Transports n'a pas aidé à calmer le jeu. Pourtant, l'État, actionnaire à 25 % de la SNCM, après avoir formellement et à plusieurs reprises promis une solution de continuité comme seule issue possible à la SNCM, assumait enfin un discours de vérité : "la voie du redressement judiciaire" comme "seul moyen pour redonner un avenir à la SNCM".

Réquisition du port
Localement, les réactions se déchaînement face aux "entraves et blocages" que subissent la desserte de la Corse et l'économie de la croisière, dont les navires sont aujourd'hui déroutés vers des ports concurrents. "Depuis le début de la grève SNCM, on évalue à 30 000 passagers la perte pour le port de Marseille. Une prolongation de cette paralysie serait donc catastrophique pour le GPMM, les services portuaires, les entreprises de transport routier spécialisés sur cette destination, les manutentionnaires, etc...D'ores et déjà, 18 escales de croisière ont été annulées, représentant 37 100 passagers, et une perte de 6,2 M€." Dans un communiqué conjoint, l'Union maritime et fluviale Marseille-Fos (UMF), qui se bat depuis quelques années pour que le port récupére le trafic perdu du fait de la réforme portuaire, l'UPE 13, le Cruise Club Marseille Provence et la Chambre de commerce et d'Industrie Marseille Provence, demandent à "l'État de rétablir la libre circulation des biens et des personnes dans l'espace public portuaire".

Efforts ruinés

Les représentants des milieux économiques rappellent que "les retombées économiques annuelles de la Corse sur le territoire s'établissent à 225 M€ et à 1 500 emplois et à 164 M€ et 1 000 emplois pour la croisière." En moins de deux décennies, Marseille est entré dans le cénacle des ports de croisière au million de passagers. Et en un an, le port phocéen, qui a engrangé une croissance de 33 % en 2013, est passé de la 9e à la 6e place, derrière Barcelone, Civitavecchia, Venise, les îles Baléares et le Pirée, reléguant Naples à la 7e place dans le Top 10 des ports de croisières méditerranéens selon MedCruise, l'association des ports méditerranéens de croisière.


A.D


Photo ©Terzian


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