SNCM : Statu quo assumé des actionnaires

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Le président de la collectivité territoriale corse, l?OTC, ne se prive pas de le dire : la poursuite de la grève a pour seuls victimes, la SNCM et ses salariés. Les syndicats, à la sortie du conseil de surveillance de vendredi dernier, faisaient valoir que le secrétaire d'État aux Transports Frédéric Cuvillier ?portait l'entière responsabilité de la prolongation du conflit?. Une rencontre par visioconférence entre l'intersyndicale et le secrétaire d'État aux transports est finalement prévue ce lundi 30 juin à 17h30.


Entre les actionnaires et les salariés de la SNCM, le blocage est total. Depuis le 24 juin, tous les syndicats (CGT, SAMMM, FO, CFE-CGC, CFDT et CFTC) à l'exception du Syndicat des travailleurs corses (STC, 10 % du personnel), reconduisent toutes les 24 heures le mouvement de grève sans que l'État ni Transdev, actionnaires respectivement à hauteur de 25 et 66 %, n'infléchissent leur position : un statu quo assumé. Et tout en sachant que le pourrissement de la situation pousse chaque jour un peu plus la société vers l'inéluctable : la procédure collective devant le tribunal de commerce même si les conventions de trésorerie de Transdev, Veolia et de l'Etat ont été prolongées à échéance de 12 mois. Le conseil de surveillance de ce vendredi 27 juin à Paris a tendu encore plus la situation, les administrateurs représentant Transdev, Veolia et l'État ont quitté la salle, refusant de se prononcer sur la prolongation de la lettre d'intention pour la commande de quatre navires au chantier STX France, qui devient caduque ce 30 juin.

Feu aux poudres

Le 24 juin correspond à la date initialement prévue (puis décalée au 3 juillet à Paris) pour la tenue d'une assemblée générale des actionnaires qui devait acter la nomination de Jérôme Nanty, le secrétaire général de Transdev, à la présidence du Conseil de surveillance après celle d'Olivier Diehl au directoire et ainsi officialiser la reprise en main de Transdev sur les affaires de la compagnie maritime. L'intersyndicale n'a pas non plus bougé d'un iota par rapport à ses revendications initiales. Elle demande toujours la concrétisation des engagements pris officiellement en faveur d'un plan de continuité pour l'entreprise, à savoir la commande de nouveaux navires, la garantie de ne pas être démantelée, le maintien de la DSP obtenue en début d'année mais qui risque d'être annulée et au-delà du cas SNCM, la demande de concrétisation du décret d'harmonisation des règles sociales.

Risque de contamination à la filière portuaire

Ce qui fait craindre un risque de contamination à l'ensemble de la profession des marins et des dockers. Plusieurs éléments peuvent le laisser supposer : les marins et dockers s'érigent aussi contre le pacte de responsabilité et l'ont signifié par un mouvement de grève interprofessionnel le 26 juin dans la perspective de la conférence sociale les 7 et 8 juillet.

Guy Teissier dénonce le mutisme de l'État
Après avoir reçu l'intersyndicale avec la députée UMP Valérie Boyer et la maire-sénatrice PS Samia Ghali, à l'issue du conseil communautaire de Marseille Provence Métropole le 27 juin, Guy Teissier a indiqué avoir "saisi une nouvelle fois (la première le 11 juin, NDLR) le premier ministre sur la nécessité pour le gouvernement de tenir ses engagements." À leur demande, le préfet de région Michel Cadot, les a reçus tous les trois ce samedi 28 juin avec, en outre, le député PS Patrick Mennucci et la sénatrice des Bouches-du-Rhône Isabelle Pasquet (membre du groupe communiste républicain et citoyen). "Au moment où l'état intervient au plus haut niveau et de manière très insistante sur l'avenir d'Alstom dans lequel il ne détient aucune participation, les élus s'étonnent et s'indignent de l'absence de réaction de l'état dans le dossier de la SNCM, compagnie dont il détient 25 % du capital. L'avenir de la compagnie est pourtant crucial : pour la desserte de la Corse, pour les 2 600 salariés de l'entreprise, pour les milliers d'emplois indirects dans les entreprises de sous-traitance." Le Préfet Cadot s'est engagé à "prendre contact avec le premier ministre de manière à apporter des mesures d'apaisement à l'ensemble des salariés de la filière portuaire."


Organisation du service
Le président de la collectivité territoriale corse Paul Giaccobi ne se prive pas de le rappeler : "La prolongation de la grève aurait pour seuls victimes la SNCM et ses salariés." Le député PRG corse rappelle que la collectivité "a pris toutes les dispositions pour maintenir l'essentiel de ses capacités de transport et nous prendrons d'autres dispositions encore si nécessaire." S'agit-il de demander la réquisition des navires de la compagnie, comme elle l'a déjà fait par le passé ? Pour l'heure, face à une grève suivie, selon la direction, à 51 % chez les marins et à 26 % chez les sédentaires, c'est la CMN qui est réquisitionnée au delà de ses capacités (limitées car trois navires) et au moyen de rotations supplémentaires. Le mouvement commence à agacer localement. "Après 6 jours de conflit, ce sont déjà 9 escales de bateaux de croisières transportant au total plus de 21 800 passagers qui ont été annulées et repliées sur Sète et Toulon", tonne l'UPE 13, qui en appelle à l'État "pour que la protection des escales de croisières soit immédiatement assurée physiquement comme cela a déjà été fait lors du dernier conflit de la SNCM."

La Corse veut avoir la main aussi...
La situation a permis à Paul Giacobbi, dans le cadre des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale la semaine dernière, de défendre à nouveau l'idée de la création d'une société nouvelle (SEM ou SPL), laquelle permettrait selon lui "d'annuler le passif des sanctions européennes". "On ne peut plus faire miroiter aux partenaires sociaux je ne sais quel financement exotique ou étatique ou les deux à la fois pour le renouvellement de la flotte, pas plus qu'il n'est possible de faire payer au concédant ce qu'il ne doit pas", a t-il indiqué confirmant par la même occasion la position peu franche de son parti. Pour que cette solution soit viable, a ajouté le président de la collectivité territoriale corse, "le périmètre de la nouvelle entreprise devrait comprendre, outre le service public de la Corse, l'activité d'Afrique du Nord" et la restructuration, "à l'évidence, aller au-delà de ce qui a été déjà accepté par les partenaires sociaux."

Multitude d'interrogations

Et les mêmes interrogations reviennent sur ce dossier complexe : la fin de la SNCM servirait-elle les intérêts de la Corse ? La création d'une nouvelle société mais avec la même activité permet-elle d'échapper au passif ? Pourquoi survivrait-elle mieux que la SNCM ? La collectivité est-elle en mesure de gérer une compagnie maritime ? Et si Paul Giacobbi voulait récupérer une partie de l'outil de travail de la SNCM à moindre frais, ou à l'euro symbolique pour le faire exploiter par et pour la Corse ? Et bien d'autres encore ....


A.D

©Terzian


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