SNCM : Transdev force la porte

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Comme annoncé vendredi midi, l'ordre du jour du conseil de surveillance de ce 14 avril 2014 de la compagnie maritime marseillaise, qui devait aborder les solutions de financement pour l?acquisition de nouveaux bateaux, a été modifié. Il soumettra cet après midi aux votes des administrateurs la convocation d?une assemblée générale pour modifier le Conseil de surveillance. Entre temps, suite aux révélations par Le Marin, le pressenti Claude Arnaud a été remplacé par Jérôme Nanty. Secrétaire général de Transdev, il est l'ancien DRH de la Caisse des dépôts.

Ils avaient mis fin à une grève d'une semaine fin mars, estimant avoir obtenu de leur actionnaire principal Transdev des garanties sur l'avenir de la société. Les syndicats (CGT, FO, CFE-CGC, CFDT et SAMM) de la compagnie maritime marseillaise avaient notamment obtenu l'assurance que seraient évoqués dans les semaines à venir - soit au cours du Conseil de surveillance qui doit se tenir ce lundi 14 avril - le plan de financement de nouveaux bateaux (sans lesquels la restructuration de la compagnie ne serait pas viable) et la mise en place d'un nouvel actionnariat (pour combler la sortie de Transdev). Pour rappel, Veolia Environnement, actionnaire majoritaire aux côtés de la Caisse des Dépôts via Transdev, souhaite se retirer du capital de l'armement. Le P-d.g de Veolia Antoine Frérot n'a pas caché ces derniers temps son refus d'investir à nouveau dans la société, sollicitant même sa mise sous protection du Tribunal de commerce tandis que le président de Transdev, Jean-Marc Janaillac, a finalement rejoint les positions de son partenaire en jugeant, en conseil de surveillance du 22 janvier, le plan de redressement de la société "fragile" après l'avoir validé à plusieurs reprises.

Modification du conseil de surveillance
Dans ces conditions, comme nous l'avions annoncé, la convocation d'une assemblée générale demandant la modification du conseil de surveillance n'est pas de bon augure. Sachant que seul le conseil de surveillance peut remplacer le directoire (au sein duquel un pacte d'actionnaires pourrait mettre en minorité l'actionnaire majoritaire sous réserve de la position de l'État). Il s'avère qu'une partie de l'ordre du jour de celui de ce lundi 14 avril, a été modifiée, avec ajout de deux nouveaux points par l'actionnaire majoritaire Transdev, a révélé Le Marin : il s'agit de "l'autorisation donnée au directoire de convoquer une assemblée générale" pour examiner "la révocation de Gérard Couturier (président du Conseil de surveillance, NDLR) de son mandat de membre du conseil de surveillance de la société" et "la nomination de Claude Arnaud en qualité de nouveau membre du conseil de surveillance de la société". Une demande reçue le 8 avril.
Transdev demande à ce que cette assemblée générale se tienne au plus tard le 25 avril 2014. Mais nouveau rebondissement, dans la journée même de vendredi, suite aux révélations en cascade de la presse, le pressenti Claude Arnaud (homme de Veolia) a été remplacé par Jerôme Nanty. Jérôme Nanty est un ancien de la Caisse des dépôts, qu'il a rejoint dès 2007 en tant que conseiller du directeur général avant d'occuper le poste de DRH entre 2008 et fin 2012. En décembre 2012, il intègre Veolia Transdev en qualité de secrétaire général. L'homme a passé près de 20 ans dans le secteur bancaire, d'abord à la Société Générale et ensuite au Crédit Lyonnais, où il a exercé "des fonctions très opérationnelles dans les métiers de banque de financement et d'investissement pendant 12 ans", selon ses dires, avant de rejoindre la direction des ressources humaines du Crédit Lyonnais en 2005 (qui allait devenir LCL). L'expérience de Jérôme Nanty, qui a eu la responsabilité de la politique de l'emploi puis des relations sociales dans un contexte difficile (celui de la restructuration du Crédit Lyonnais, de sa privatisation et de sa fusion avec le Crédit agricole), ne sera pas de trop s'il s'avérait que...

Une provision qui ne passe pas

En tout cas, ce nouveau rebondissement ne relève pas d'une offre amicale. Jean-Marc Jarnaillac a rappelé ces derniers jours, lors d'une conférence de presse, que la société n'avait pas "les moyens de financer le fonctionnement courant d'une compagnie qui depuis 2001, hors éléments exceptionnels, a perdu 220 M€ et qui a eu une seule année bénéficiaire sur 13." La filiale de la Caisse des dépôts et de Veolia Environnement dit avoir passé l'an dernier une dépréciation de 107 M€ dans ses comptes à cause de la SNCM. Les comptes de la compagnie maritime, qui devaient être clôturées le 31 mars, n'ont pas été certifiées par les commissaires aux comptes qui ont exigé un provisionnement de 600 M€ pour couvrir notamment les 440 M€ exigibles au titre des condamnations par l'Europe (aides publiques trop perçues), le financement du plan de départs volontaires (515 postes supprimés) et les créances auprès de l'Office des transports corses. Sans parler de l'achat prévu de nouveaux bateaux dont "le financement n'est toujours pas assuré et dont la facture est passée de 140 M€ dans le PLT à 172 M€ par unité", a déclaré Jean-Marc Janaillac.

À vendre : 77 M€
Jean-Marc Janaillac, qui se dit "prêt à céder la participation de l'entreprise pour un prix symbolique et abandonner nos créances, soit 77 M€", est-il en train de profiter de la vacance du pouvoir, alors que les équipes du gouvernement Valls se mettent à peine en place, pour créer l'électrochoc et acculer l'État à trancher sur ce dossier ? Profitant de la nomination de sa tutelle (Jean-Pierre Jouyet, directeur général de la Caisse des Dépôts) à l'Élysée (en tant que secrétaire général), le patron de Transdev, un temps fort discret, semble reprendre la main sur le dossier. Et tout dépendra en effet des votes des trois administrateurs de l'État ce lundi 14 avril. Au-delà, parmi les nouvelles inconnues de cette équation complexe : la position du nouvel homme fort de la Caisse des Dépôts. S'il s'agit de Pierre-René Lemas, actuel secrétaire général de l'Élysée, qui troquerait donc son poste avec Jean-Pierre Jouyet, il connaîtrait bien les dossiers, dit-on sur le port, pour avoir été préfet de Corse d'une part mais aussi géré la crise du détournement du Pascal Paoli en 2005. Quoi qu'il en soit, si l'assemblée générale a bel et bien lieu, le départ du président du conseil de surveillance Gérard Couturier pourrait aussi entraîner la destitution du directoire et donc de son président Marc Dufour, les deux patrons payant ainsi leurs oppositions systématiques à l'égard de leurs actionnaires.

Adeline Descamps


Photo : Jean-Marc Janaillac, président de Transdev, actionnaire majoritaire de la SNCM, a déclaré il y a quelques jours, être prêt à céder la compagnie pour 77 M€

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