SPÉCIAL LÉGISLATIVES

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À une semaine du premier tour des élections législatives, petit tour d?horizon en région des points de tension. En 2007, la droite avait raflé la mise dans la plupart des départements. Naturellement, les résultats de la présidentielle devraient changer la donne. Avec en toile de fond, la montée en puissance, probable ou hypothétique, du Front national. Et au premier plan, une gauche qui aspire au renouveau.


ALPES-DE-HAUTE-PROVENCE

Nouvelles têtes garanties dans les deux circonscriptions. Le PS sortant de la première, Jean-Louis Bianco, et l'UMP sortant, Daniel Spagnou (maire de Sisteron) de la seconde, laissent la place. Dans la 1ère, François Hollande est arrivé en tête dans 19 cantons sur 30 dans le département. Mais le FN a flirté avec les 20%.
Dans la 2ème, Nicolas Sarkozy et François Hollande y ont respectivement enregistré 50,28 % et 49,72 % des suffrages. À noter, le maire de Forcalquier, Christophe Castaner (PS), y fait campagne au nom du PS. L'homme est un proche de quelques personnalités qui encadrent le nouveau président.


ALPES-MARITIMES

Département historiquement ancré à droite - Nicolas Sarkozy y a réalisé l'un de ses meilleurs scores lors des Présidentielles avec 64,35 % - les législatives ne devraient pas modifier l'échiquier départemental. Si les sortants devraient retrouver sans trop de difficultés les bancs de l'Assemblée Nationale, restent tout de même quelques interrogations ici et là.

Ainsi dans la 1ère circonscription, le duel entre le président du Conseil général Éric Ciotti, également député, et le premier secrétaire de la Fédération du PS 06, Patrick Allemand est l'un des affrontements les plus guettés. D'autant qu'en face, on retrouve Jacques Peyrat. L'ancien Maire de Nice signe ainsi à la fois son retour sur la scène politique et son retour aux premiers amours car le voici soutenu par le Front National, son ancien parti. Également présent, Jean-Marc Governatori, pour l'Alliance Ecologiste Indépendante, qui avait tenté de se présenter aux dernières Présidentielles mais n'avait pas réussi à obtenir le sésame des 500 signatures.

La 4ème circonscription mettra en confrontation deux maires voisins, celui d'Eze, Stéphane Cherki et celui de Menton, Jean-Claude Guibal. Si le second est investi par l'UMP, le premier, membre de la même famille politique, se présente en dissident. De quoi faire le jeu de Lydia Schénardi, ancienne députée européenne et secrétaire départementale du Front National ?

À Nice, la 5ème circonscription met en face à face le maire, président de la Métropole et ancien Ministre de l'Industrie Christian Estrosi et son adversaire de toujours le socialiste Paul Cuturello. Jamais vainqueur, ce dernier subit à gauche la concurrence de la conseillère municipale niçoise communiste Emmanuelle Gaziello.

La 9ème circonscription risque, elle, de donner du fil à retordre à Michèle Tabarot. La député-maire du Cannet Rocheville, proche de Christian Estrosi, va en découdre avec d'une part, Marie-Louise Gourdon, adjointe à la culture à André Aschieri à Mouans-Sartoux et surtout auréolée de l'organisation du très couru Festival du Livre, et d'autre part avec la représentante du parti de Marine Le Pen, Marlène Orfila.

Dans les autres circonscriptions, les dés semblent déjà jetés. Ainsi dans la seconde, André Aschieri, le maire de Mouans-Sartoux depuis 1974 et qui se présente comme un farouche écologiste même si beaucoup lui prêtent des tendances franchement socialistes, bénéficie du soutien du PS, suite aux accords nationaux. Il devrait l'emporter face à Charles-Ange Ginesy, le fils de l'ancien sénateur Charles Ginesy, par ailleurs député suppléant d'Estrosi et maire de Péone-Valberg.

Dans la 7ème circonscription, comme dans la 8ème, les Premiers Magistrats que sont respectivement Jean Léonetti et Bernard Brochand, devraient être réélus. Il en va de même pour Lionnel Luca, connu pour son franc-parler et ses formules à l'emporte-pièce, dans la 6ème circonscription et pour Rudy Salles dans la 3ème.


BOUCHES-du-RHÔNE


Dans le département qui envoie au Palais Bourbon 16 représentants dont 7 rien que pour Marseille, la campagne bat son plein et pas un jour ne passe sans que les médias quotidiens ne relaient un incident d'ordre "diplomatique" avec des algarades autour des panneaux d'affichages ou des échanges épigrammatiques entre candidats.

Bastions de droite

En résumé, rien ne devrait se passer dans les 2ème et 6ème circonscriptions, conquis par la droite depuis longtemps. Et probablement pas davantage dans la 9ème et 15ème.

Pour la première (Sud de Marseille), l'UMP Dominique Tian en est le député depuis juillet 2002 et Nicolas Sarkozy a obtenu là près de 40% au premier tour de la présidentielle. Intéressante toutefois pour voir comment le nouveau candidat socialiste, parachuté de Paris, Jean-Pierre Mignard, un avocat proche de François Hollande, surtout connu pour son dernier ouvrage, "Manifeste pour la justice", se comportera.

La seconde est régie depuis 1993 par le candidat-maire declaré, Guy Teissier. Nicolas Sarkozy y a également raflé 56% des suffrages. Le viseur sera davantage à braquer sur le score que réalisera le FN sur cette terre qui pourrait être tentée de...

La 9ème (de La Ciotat à Cuges), est détenue depuis 1999 par le député UMP Bernard Deflesselles. Le FN a réalisé un score de plus de 23% au premier tour de la présidentielle. La gauche ne semble pas vouloir honorer ses accords d'unité.

Dans la 15ème, le député sortant et maire de Châteaurenard, Bernard Reynès (UMP), est serein eu égard aux résultats des deux tours de la présidentielle, favorables au président sortant.


Fiefs de gauche

Inversement, la gauche est prépondérante dans les 3ème, 4ème et 7ème. Et l'enjeu des scrutins dépendra de la solidité de la promesse d'union.

La 3ème a animé dernièrement les gazettes car sa cheville ouvrière, la députée socialiste sortante et de nouveau candidate, Sylvie Andrieux, pourrait perdre son investiture officielle si elle était condamnée
dans une affaire de détournement de fonds publics. Le FN y a réalisé de bons scores lors des présidentielles.


La 4ème (qui s'étend du 1er au 3ème arrondissements, avec une partie des 5ème et 6ème) est le fief du maire des 1er-7ème Patrick Mennucci, nouveau candidat investi par le PS, qui voit déjà plus loin que ces échéances-là. François Hollande a emporté 69% des suffrages dans cette circonscription. Lisette Narducci, maire des 2ème-3ème, conseillère générale et exclue du PS, maintient sa candidature.

La 7ème (Nord de Marseille) appartient à Henri Jibrayel, député PS sortant et adoubé par le parti. Pas de front de gauche pour autant, chaque partenaire du PS ne renonçant pas à son candidat, Jean-Marc Coppola pour représenter Jean-Luc Mélanchon et Karim Zéribi pour Europe Écologie - Les Verts.


Triangulaires ?

Elles sont attendues dans la 1ère, 10ème et 11ème.
Dans la 1ère (Est de la ville), la députée UMP Valérie Boyer affrontera à gauche le vice-président du Conseil général et patron de Treize Habitat Christophe Masse, dont l'allégeance au pouvoir départemental lui vaut quelques railleries de la part des Verts, qui verrait bien leur candidate, Laurence Vichnievsky, y faire son lit. La scène se joue sur un arrière-plan de présence non négligeable du FN.

Les 10ème (de Bouc-Bel-Air à Allauch), détenue par le député UMP sortant Richard Mallié, et 11ème, bastion de Christian Kert (UMP) pourraient aussi être le théâtre de triangulaires.


Les circonscriptions qui suscitent l'intérêt médiatique

La 5ème a fait l'objet de quelques papiers dans la presse, dont le dernier, celui du JDD en date du 3 juin, qui suppute une défaite du candidat UMP Renaud Muselier. Un intérêt médiatique suscité par le jeu entre un ministre, à peine nommée (Marie-Arlette Carlotti, PS) et un ancien secrétaire d'État aux Affaires étrangères (Renaud Muselier, UMP). Elle le répète à l'envi : "Je ferai un beau cadeau à la gauche en le battant". Entendez : pour les municipales 2014.


Ailleurs, la 8ème circonscription (celle de Berre et de Salon), mérite aussi un peu d'attention car elle accueille un autre parachuté du PS, Olivier Ferrand, qui s'en défend en disant qu'il est né à Marseille. Il est aussi un ancien conseiller de Lionel Jospin et le fondateur du think thank de la gauche, Terra Nova.


Évidemment, les résultats sont également très attendus dans la 14ème car elle oppose deux personnalités locales : Maryse Joissains, député-maire UMP d'Aix-en-Provence et Jean-David Ciot, maire PS du Puy-Sainte-Réparade, et patron de la Fédération socialiste des Bouches-du-Rhône. La première a également animé les gazettes nationales pour avoir déposé un recours en annulation de la présidentielle devant le Conseil constitutionnel, où siégera bientôt le président sortant Nicolas Sarkozy.


Repères

Accords PS - Europe Écologie Les Verts ?
Dans 6 circonscriptions du département

Nouveaux candidats ?

18 nouveaux candidats dont trois sans mandats : Jean-Pierre Mignard (PS et Partenaires) : 2ème circonscription; Olivier Ferrand (PS et Partenaires) : 8ème circonscription et Michèle Vasserot (UMP) : 13ème circonscription

HAUTES-ALPES

Dans la 1ère circonscription (Gap), la députée sortante, Henriette Martinez (UMP), ne se représente pas et laisse la bataille à son suppléant, Jean Cointe, un chef d'entreprise sans mandat politique. Il retrouvera la candidate socialiste Karine Berger, qui en 2007, n'avait été distancée que de 1 276 voix par la députée UMP. Elle part avec un avantage : François Hollande était en tête avec 51,52% des suffrages.

Dans la 2ème circonscription (Briançon), Joël Giraud (PRG) la truste depuis 2002. Lors de la présidentielle, cette circonscription, pourtant considérée comme à droite, a préféré Hollande à Sarkozy de quelques centaines de voix.

VAR

Avec un député élu dans chacune des sept circonscriptions du Var, l'UMP se présente en force. L'enjeu est la 8ème circonscription, créée à la suite du redécoupage territorial. Les 62,64% obtenus par Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle assure au parti un matelas confortable d'électeurs mais la défaite du président sortant laisse l'UMP sans chef de guerre légitime, capable de maintenir l'ordre dans ses rangs.

Les candidatures dissidentes apparues ici ou là pourraient bien faire le bonheur du Rassemblement bleu Marine qui a réalisé de bons scores à la présidentielle (24,83% au premier tour). "Dans le Var on se rend compte qu'on a des chances un peu partout, notamment dans les 3ème, 5ème, 7ème et 8ème circonscriptions", note Frédéric Boccaletti, secrétaire départemental FN.

Au PS, on espère un effet Hollande. Le candidat socialiste n'avait toutefois recueilli que 19,65% des suffrages au premier tour. "La situation est encourageante mais nous aurons besoin de triangulaires pour élire 2 à 3 députés", explique Mireille Peirano, secrétaire départementale PS. Elle compte ainsi sur le report des voix de gauche pour devancer l'UMP et le FN qui se partageront les électeurs.

Dans la 8ème, le candidat investit par l'UMP, Olivier Audibert-Troin, premier adjoint au maire de Draguignan, doit composer avec la candidature de Max Piselli, suppléant du député de la 4ème et... maire de Draguignan. Une guerre fratricide peu au goût de Jean-François Copé, secrétaire national, qui a exclu temporairement ce dernier du parti. La lutte - et la division des électeurs - pourrait bien profiter au candidat PS, Bernard Clap, investi par son parti et soutenu par EELV. Voire Geneviève Blanc (FN) : au premier tour de la présidentielle, Marine Le Pen obtenait 26,29% des voix, derrière Nicolas Sarkozy (31,03%) et devant François Hollande (19,73%).

Même scénario dans la 4ème , où Jean-Michel Couve, député sortant, brigue un 7ème mandat. L'ancien maire de Saint-Tropez doit affronter Vincent Morisse, maire (UMP) de Sainte-Maxime. Le candidat dissident s'est également vu exclure temporairement. Jean-Louis Bouguereau, candidat FN, s'en réjouit et se sent porté au second tour par la vague Bleue Marine.

La 7ème est la plus disputée : pas moins de 15 candidats et pas des moindres. Jean-Sébastien Vialatte, député-maire de Six-Fours et secrétaire départemental de l'UMP, voit Arthur Paecht, ancien député UDF et vice-président de l'Assemblée nationale, battre son pavé. Tout comme Ladislas Polski, candidat MRC investi dans la douleur par le PS au détriment de l'écologiste Denise Reverdito et soutenu par Marc Vuillemot, médiatique maire de La Seyne-sur-Mer dont l'adjointe Christine Sampéré (Front de Gauche) se présente également. Élu dès le premier tour en 2007, le député sortant devra surtout se méfier du candidat FN, Frédéric Boccaletti : ses 48% obtenus au second tour des cantonales face à l'UMP pourraient bien faire pencher la balance en sa faveur.

Dans la 3ème, le député UMP, Jean-Pierre Giran, devra batailler face à Bruno Gollnisch. Candidat malheureux à la tête du parti, conseiller régional du Rhône et député européen, le poids lourd frontiste se présente dans la circonscription qui avait élu Yann Piat par le passé. Dans le duel annoncé, Joël Canapa, candidat PRG/PS/EELV, ne compte pas faire de la figuration et veut mutualiser l'électorat de gauche. Un sursaut républicain de la part du député sortant, qui a toujours combattu les idées du FN, est aussi attendu selon les résultats.


VAUCLUSE

L'inconnu(e) de la 5ème circonscription. Le département de Vaucluse aura dès cette année un nouveau représentant au Palais Bourbon. La 5ème s'étend au Sud du département, et comprend notamment la ville d'Apt. Le candidat PS Jean-François Lovisolo veut croire à la capitalisation de la présidentielle. Or sur ce territoire, Nicolas Sarkozy est arrivé au second tour devant François Hollande avec 55,41% des voix, ce qui pourrait faire les affaires de Julien Aubert (UMP), 33 ans, ancien collaborateur d'Henri Guaino à l'Elysée.

Une chose est certaine, Avignon change de député. La députée-maire UMP, Marie-Josée Roig souhaite passer la main à son adjointe à la petite enfance, Valérie Wagner. La socialiste Michèle Fournier-Armand, déjà candidate en 2007, pourrait ici bénéficier du vote Hollande puisque l'actuel président de la république est arrivé, comme au 1er tour, en tête devant Nicolas Sarkozy avec 52,22% des suffrages.

Inusable maire d'Orange, Jacques Bompard se présente dans la 4ème sous les couleurs de son parti, la Ligue du Sud, après avoir été élu député sous les couleurs du FN en 1986. À droite, il n'aura pas face à lui l'ancien ministre des transports, et chef de file de la droite populaire Thierry Mariani -parti pour une circonscription des français de l'étranger - mais la jeune conseillère régionale Bénédicte Martin. Dans cette circonscription, la droite joue tout en division. Fâché de ne pas avoir obtenu l'investiture UMP, Paul Durieu (ancien suppléant de Mariani) se présente également. Une partition qui pourrait profiter au maire d'Orange.

À Carpentras, c'est l'attraction. Elle s'appelle Le Pen, et dans une ville, où l'on accusa à tort le parti fondé par son grand-père Jean-Marie, d'être partie prenante de la profanation du cimetière juif, Marion Maréchal - Le Pen a pour mission de "laver l'affront" fait à son aïeul. Le député sortant Jean-Michel Ferrand (UMP) compte capitaliser sur les 60,25% de suffrages recueillis par Sarkozy au 2nd tour de la présidentielle. Catherine Arkilovitch pour le PS ne semble, elle, guère inquiéter ses adversaires.

Dans la 2ème, une seule interrogation : le député sortant Jean-Claude Bouchet (UMP) résistera-t-il à la candidature du maire du Thor, l'écologiste Jacques Olivier, soutenu par le PS ?

Dossier réalisé par Laurence Bottero, Fabien Groué, Thomas Tédesco et Adeline Descamps


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