Sénatoriales 2014 : Tonnerre mécanique

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Rejet de la réforme territoriale, des nouveaux rythmes scolaires, des coupes budgétaires opérées par l'État au détriment des collectivités. Les grands électeurs auraient manifesté leur dépit. Ce dimanche 28 septembre, la région a permis à deux candidats frontistes d'entrer au Sénat. Dans le Vaucluse, les résultats sont à rebrousse chemin du reste de la France, tout comme dans les Alpes-de-Haute-Provence. Dans les Alpes-Maritimes, le carton plein ne s'est pas opéré en raison de quelques dissidences.


Qui est le véritable gagnant dans les Bouches-du-Rhône de cette élection, qui sonne mécaniquement comme un echo des municipales ?

Serait-ce l'entrée au Sénat pour la première fois de son histoire d'un candidat frontiste avec le maire du 7e secteur de Marseille, Stéphane Ravier, et les 12,4 % des voix qu'il a glanés auprès des 3 478 grands électeurs votants, soit bien au-delà de ses propres réserves (il lui fallait plus de 400 voix pour avoir un siège sachant que 310 lui était considérées comme acquises) ?

ravier


Il ne s'agit pas d'une surprise en tout cas, la région PACA ayant offert au FN ses plus grands succès aux dernières municipales avec cinq villes et une mairie de secteur à Marseille, de quelque 150 000 habitants. Selon le FN, il aurait rassemblé de nombreux élus divers droite, sans étiquette, de petites communes rurales "qui en ont assez du laxisme face aux communautarisme, que l'État fasse des économies sur leur dos, et qui rejettent la réforme territoriale. Nous allons travailler dans l'intérêt des communes en butte contre la métropole" (111 communes sur les 119 des Bouches-du-Rhône), a réagi Stéphane Ravier, cadre commercial (Orange) de profession, qui promet "d'être audible même sans disposer au Sénat de groupe politique".

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La victoire n'appartient-elle pas davantage à l'homme fort du Département ?

La capacité d'influence de l'exclu socialiste Jean-Noël Guérini, est intacte : le président du Département a ravi trois des huit sièges à pourvoir (Jean-Noël Guérini, Mireille Jouve, maire de Meyrargues depuis 2008 et Michel Amiel, vice président du CG13, dissident socialiste également et maire des Pennes-Mirabeau depuis 2001) avec 30,1 % des voix au moyen d'une association politique La Force du 13. Le sénateur sortant a aussi battu campagne sur le thème du rejet de la métropole. Tout en dénonçant l'attitude du PS qui a fait le lit du FN selon lui avec en ligne de mire le candidat socialiste malheureux à la mairie de Marseille Patrick Mennucci, le président du Conseil général, qui a quitté le PS depuis avril, a derechef annoncé la transformation de son cheval de troie associatif en parti politique "dès la fin de la semaine."

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Le PS ramasse ses miettes

Et il doit de nouveau à l'insubmersible sénatrice sortante Samia Ghali le fait de préserver un siège avec 9,7 % des voix contre cinq sous la précédente mandature du temps d'un PS uni. La maire des quartiers Nord de Marseille avait été la seule à Marseille à ne pas être sanctionnée aux municipales et a été une fois de plus épargnée alors qu'elle devait affronter à gauche, en plus de la liste dissidente de Guérini, une liste PCF et une liste EELV.

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Quant à l'UMP, il est clair qu'elle espérait mieux

Le sénateur sortant et maire de Marseille Jean-Claude Gaudin, qui menait la liste, convoitait cinq sièges. Il devra se contenter de trois postes (Jean-Claude Gaudin, Sophie Joissains, dircab de la CPA et sénatrice depuis 2008 et Bruno Gilles, sénateur depuis 2008) avec 38,4 % des voix. Soit le même nombre qu'en 2008 avec les mêmes représentants. Jean-Claude Gaudin partage du reste avec Jean-Noël Guérini, celui qui reste finalement son meilleur challenger lors des scrutins, un même constat : "c'est Patrick Mennucci qui a permis au FN d'entrer au Sénat."

Un constat que ne partage pas Michel Vauzelle : "Deux conseillers régionaux FN (Stéphane Ravier et David Rachline dans le Var, NDLR)ont bénéficié du soutien d'une partie de l'UMP (...) qui porte une très lourde responsabilité. Ces résultats très inquiétants pour l'avenir du pays exigent désormais de tous les républicains un esprit de résistance". A.D

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ALPES-MARITIMES : 4 à 1 pour l'UMP

Sentiments partagés pour Dominique Estrosi-Sassone (dont la liste "Union pour les Alpes-Maritimes" a engrangé 42,92 % des suffrages ) entre la joie d'avoir été élue avec Louis Nègre, le maire de Cagnes-sur-mer et Colette Giudicelli, et la déception de n'avoir pu faire carton plein comme elle le souhaitait avec cinq sénateurs de droite au Sénat. L'adjointe au maire de Nice et conseillère générale a en effet déclaré "regretter amèrement" la réélection du maire PS de Valbonne, Marc Daunis (11,89 %). Et le socialiste de faire un autre mécontent, Olivier Bettati, conseiller municipal de Nice apparenté à droite, qui à la tête d'une liste dissidente a manqué de trois voix (11,74 %) le passage par la case Sénat. Le candidat malheureux compte d'ailleurs mener un recours.
Autre heureux vainqueur du scrutin avec 21,66 %, l'ancien maire de Grasse, Jean-Pierre Leleux a créé la surprise après avoir maintenu le suspens. Écarté de la liste UMP "officielle", l'ancien premier magistrat se jetait alors dans la bataille, menant une liste nommée "la voix des territoires" - "liste parallèle mais pas dissidente" assurait-il - arguant de faire entendre à la Chambre haute les desiderata des villes et villages du moyen et haut pays. Pari gagné. L.B

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VAR : David Rachline, maire de Fréjus, plus jeune sénateur

David Rachline n'a pas déçu l'attente que le FN plaçait en lui. Le maire de Fréjus, également conseiller régional - défenseur du non-cumul des mandats avant les municipales - a été élu sénateur hier soir avec 18,99 % des 2145 votants. À 26 ans (27 en décembre), il est le plus jeune sénateur de la Ve République. Le FN ravit donc un des quatre sièges renouvelables totalisant 401 voix. Il avait besoin de 315 à 320 grands électeurs pour avoir un siège et il bénéficiait du soutien de 215 grands électeurs et conseillers municipaux FN. C'est dire s'il a bénéficié de forces d'appoint.

Il arrive juste derrière le candidat PS, Pierre-Yves Collombat, reconduit dans ses fonctions avec 20,79 % des voix. Hubert Falco, sénateur-maire de Toulon, et Christiane Hummel, sénateur-maire de la Valette-du-Var (liste UMP) ont également été réélus (50,76 % des voix).

l faut dire que le Var était porteur d'espoirs pour le parti frontiste avec trois maires (Fréjus, Cogolin et Le Luc) élus aux dernières municipales et les universités d'été du FN de la jeunesse qui se sont tenues à Fréjus début septembre.

David Rachline a annoncé pour sa part ce matin, lors d'une interview sur France Info, sa volonté "d'installer un certain nombre de débats sur la politique économique, l'immigration, la sécurité et le laxisme de la justice" et de "s'opposer avec énergie et tonicité à la politique économique du gouvernement", ce qu'a été "incapable de faire l'UMP, les sénateurs sortants du Var en particulier", notamment sur le thème de la baisse des dotations de l'État aux collectivités territoriales. C.H


VAUCLUSE : Les mathématiques ont opéré à plein
Comme pour les municipales, le Vaucluse est à rebrousse chemin. Les 1 264 grands électeurs vauclusiens, appelés à élire trois sénateurs parmi dix listes, a offert un siège supplémentaire au PS qui totalise 31,96 % des voix : le sénateur sortant Claude Haut conserve son siège et sa colistière, la maire de Cabrières-d'Aigues Geneviève Jean a été élue, battant le sortant UMP Alain Dufaut, qui siégeait au Palais du Luxembourg depuis 1987. L'UMP garde donc un siège, occupé par Alain Milon, présent à la chambre haute depuis 2004, et réélu avec 295 voix. Effet mathématique suite au passage de la mairie d'Avignon aux municipales, la conseillère régionale socialiste Cécile Helle avait été élue avec 30,96 % des voix. A.D

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ALPES-DE-HAUTE-PROVENCE : le PS garde son siège

Dans les Alpes-de-Haute-Provence, les grands électeurs ont majoritairement voté à droite lors du second tour des élections sénatoriales ... mais ils ont bel et bien élu un sénateur de gauche en la personne de Jean-Yves Roux (PS) ! Derrière ce paradoxe, on trouve une situation qui n'a rien de neuf dans le département mais qui ne cesse de surprendre. Cette situation, c'est celle d'une droite divisée entre deux candidats : Bernard Jeanmet Peralta, maire de Manosque et président de la communauté d'agglomération DLVA (investi par l'UMP et l'UDI) et Jacques Depieds, maire de Mane et président de la communauté de communes de Haute-Provence. Le premier est arrivé en tête du premier tour, le second a terminé 3e. Mais les deux étaient pourtant en lice au second tour... Jean-Yves Roux, deuxième à l'issue du premier tour, a donc très logiquement profité de cette division pour devenir sénateur des Alpes de Haute-Provence. Il succède à Claude Domeizel et permet à son parti de conserver un poste qu'il occupe depuis 1946 ! À noter enfin que le nouveau sénateur a tenu sa promesse de campagne en annonçant immédiatement qu'il abandonnait ses deux mandats, aux Conseils géneral et régional. D.F.

HAUTES-ALPES : Désistement républicain
Le département accueille un nouveau sénateur : Jean-Yves Dusserre. Le président UMP du conseil général, qui a réuni 291 suffrages, soit plus de 70 % des voix des grands électeurs, remplace ainsi Pierre Bernard-Reymond (qui avait rejoint les non inscrits après avoir été élu sous l'étiquette UMP en 2008) au Sénat. Christian Graglia (PS) obtient 91 voix devant Bernard Leterrier (EELV) avec 26 voix et Martine Lelièvre-Mazziz (FN) avec 6 voix. Le candidat EE-LV avait décidé de se maintenir au second tour tandis que Jean-Michel Arnaud, le candidat UMP dissident, soutenu par l'UDI, a opéré un désistement républicain à l'issue du premier tour pour favoriser la prise de poste de Jean-Yves Dusserre. A.D.


Photos 

© Robert Terzian et JP Amet


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