Stéphanie Godier : "Le docteur est prêt à révolutionner le monde"

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Le docteur et l'entreprise, voilà un thème pris à bras-le-corps par la communauté française des docteurs dont la journée nationale s'est déroulée ce 2 novembre à Marseille. Un sujet que connaît bien la directrice générale de l'association azuréenne Recherche et Avenir.

La 2ème journée nationale de la communauté française des docteurs aborde cette année le thème des docteurs comme clé de l'innovation. Cela signifie que le docteur n'est pas encore suffisamment reconnu comme une vraie valeur ajoutée à l'entreprise ?

Les jeunes docteurs en particulier et le doctorat en général ont besoin d'être identifiés et reconnus. Pas seulement parce que les docteurs sont un peu les parents pauvres parmi les hauts diplômés mais aussi pour qu'ils s'organisent en communauté, allient leurs forces et prennent conscience d'une valeur commune à faire valoir. Ils doivent mutualiser objectivement leurs forces pour se rendre visibles tant dans les instances décisionnelles que dans le monde économique. Pour les entreprises qui connaissent le doctorat et les compétences qui y sont acquises, la valeur ajoutée pour les entreprises ne laisse aucun doute. Pour les petites et moyennes entreprises, la reconnaissance de cette valeur ajoutée est aléatoire et dépend de l'expérience de chaque chef d'entreprise, de sa connaissance du monde universitaire, de son propre niveau de diplôme et de l'occasion qu'il a déjà eu ou non de travailler avec des docteurs... Néanmoins, il s'agit de ne pas avoir qu'un seul angle de vue dans cette analyse. Rappelons qu'une majorité de doctorants (c'est-à-dire de futurs docteurs) préfère intégrer le monde académique. De fait, ils ne s'intéressent pas à l'entreprise et n'en acquièrent donc pas du tout la culture. Sans comprendre les enjeux et la langue d'un milieu, il devient impossible de convaincre un recruteur..., choisi par défaut, avec ses seules compétences adaptées à un autre milieu. Oui, le docteur n'est probablement pas suffisamment reconnu, mais il est en partie responsable de cette situation...

Ce travail de mise en présence et de meilleure compréhension mutuelle, vous le pratiquez au quotidien avec l'association Recherche et Avenir.

REA œuvre depuis 10 ans à favoriser l'intégration des docteurs dans le monde économique. Et notre plus gros travail, au-delà de faire reconnaître ces profils, consiste à les rassurer sur ce qu'ils trouveront dans l'entreprise, le plaisir de mener des projets (sur un plus court terme qu'en laboratoire), de gérer des budgets, de manager des projets ou des personnes... avec des moyens incomparables et des responsabilités valorisantes.

Qu'apporte à l'entreprise un docteur, par rapport à un chercheur ?
Un docteur est un chercheur. Quand il comprend les enjeux de l'entreprise, en terme de projet, de budget, de planning et qu'il s'y reconnaît, le docteur est une ressource précieuse pour l'entreprise. Pourquoi ? Parce qu'il a la capacité d'investiguer de nouvelles pistes de recherche ou de proposer de nouvelles solutions à une problématique ancienne avec de nouveaux outils, de nouvelles méthodes. Il est capable d'analyser rapidement la pertinence d'une recherche, de définir une projet, élaborer un programme de recherche (protocole, campagne de mesure, modélisation) à l'échelle internationale.

On compare souvent le docteur et l'ingénieur...

Il s'agit de deux profils très différents dont les objectifs sont aussi différents. On n'attend pas le même travail de l'ingénieur que du chercheur-docteur. L'ingénieur est très concret et pratique - entraîné à trouver des solutions à des problématiques plutôt technologiques. Le chercheur-docteur a pour mission de réfléchir sur des problématiques de recherche plus fondamentales que celles de l'ingénieur, qu'il a pour mission de rendre appliquée (dans tout domaine, sciences technologiques ou sciences humaines et sociales).

Que doit-il encore être fait pour préciser l'image du docteur et pour le mettre en relation avec les recruteurs ?

Ce qui ressort le plus souvent des témoignages des chefs d'entreprise sur les docteurs, c'est leur difficulté à savoir-être pour répondre rapidement et efficacement aux besoins de R&D et d'innovation de l'entreprise. Le docteur manque cruellement de formation : en entreprenariat, en management de projet innovant, en management d'équipe, en marketing... Plus le docteur acquerra de l'assurance face aux différents mondes qu'il est amené à côtoyer (monde académique, monde économique, monde politique, territoires et collectivités...), plus il sera créatif et innovant. Parce que - en tant que docteur je peux en témoigner - le docteur déborde d'idée et bouillonne d'énergie, il est prêt à révolutionner le monde si l'occasion lui en est donnée, il a seulement besoin de connaître le cadre et de s'y sentir à l'aise !

Propos recueillis par Laurence BOTTERO
Crédit photo : DR

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