UPE 13 : Des patrons flingueurs

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?Entreprises et pouvoirs?. C?est autour de ce thème que se sont retrouvés 2 300 dirigeants (selon le communiqué) vendredi dernier à l?occasion du grand ?show? annuel de l?union patronale des Bouches-du-Rhône. Au c?ur des débats, l?incompréhension grandissante entre les élites politiques et les patrons au sujet de l?entreprise. Et pour le dire moins sobrement, la méconnaissance totale de la classe politique sur les réalités quotidiennes du chef d?entreprise.

"Entreprises et pouvoirs". C'est autour de ce thème que se sont retrouvés 2 300 dirigeants (selon le communiqué) vendredi dernier à l'occasion du grand "show" annuel de l'union patronale des Bouches-du-Rhône. Au cœur des débats, l'incompréhension grandissante entre les élites politiques et les patrons au sujet de l'entreprise. Et pour le dire moins sobrement, la méconnaissance totale de la classe politique sur les réalités quotidiennes du chef d'entreprise.


Peut-on encore parler de ras-le-bol fiscal quand à la tribune, des patrons se succèdent pour faire appel à la grève des impôts (avec en chef de file, Pierre-Emmanuel Taittinger, président de la maison de champagne) après avoir menacé il y a quelques mois dans d'autres colloques à la grève à l'investissement. Voilà que le patronat se met à emprunter les chemins d'un créneau sémantique d'ordinaire emprunté par le syndicalisme salarial. Et vendredi, à l'endroit du gouvernement (qui arrêtera cette semaine les lignes du budget 2014), cela a dynamité. Au point d'avoir à l'occasion du forum annuel du Medef local deux débats (avec peu de représentants de l'actuelle majorité !) sur des thématiques témoignant de l'incompétence des politiques en matière de gestion d'entreprise : "L'entreprise doit-elle se mêler de politique ?" "Les hommes politiques aiment-ils l'entreprise ?". "Les hommes (et femmes) politiques sont-ils suffisamment formés aux questions liées au fonctionnement de l'entreprise ?". "Les entreprises peuvent-elles influencer les choix des politiques ? ...
Et le premier d'entre eux d'ailleurs, Jean-Luc Chauvin, président de l'Upe 13, a lancé un appel à tous les chefs d'entreprise pour qu'ils s'engagent sur des listes dès les prochaines élections municipales voire inviter les candidats en lice à se rapprocher d'eux.


Rompre avec les élites politiques

"On aurait besoin de Clémenceau, on a des Daladié", s'époumone Jean-Marc Forneri, président de Bucéphale Finance, société indépendante dans le conseil aux fusions et acquisitions. Pour sa part l'économiste Daniel Cohen revient sur des propos moins guerriers. "Le monde politique intègre peu de personnalités de la société civile. On en a connues quelques-unes comme Luc Ferry, Claude Allègre mais cela n'a pas fonctionné. Et ce n'est pas propre à la France. Quel est le métier d'Obama, de Kerry ou Merkel ?", interroge-t-il. "La France ne fait pas exception. Mais il y a ici des singularités qui font problème pour porter une nouvelle dynamique : elle est héritière d'une tradition de capitalisme d'État. Ainsi, on découvre l'entreprise en devenant le patron. C'est cette tradition française qui est en crise. La France produit des grands groupes et la seule incarnation du dynamisme de ces derniers ne suffit pas".
En cause également, la sociologie des élites politiques françaises. Pour Daniel Cohen, elle est simplement "beaucoup trop représentative de l'État mais est à l'image de la société française qui s'est appuyée pendant des décennies sur ce corps, fruit d'une tradition spécifiquement française".


Élite issue de l'ascenseur social et de la fonction publique
Des chiffres qui interrogent : la moitié des députés auraient occupé préalablement à leur élection un emploi dont la caractéristique principale était d'être financée sur fonds publics, 40 % d'entre eux étant issus strictement de la fonction publique. Une proportion qui serait même plus élevée pour les députés socialistes. Il faut se souvenir d'ailleurs du flop de la proposition du député Hervé Novelli quand il avait proposé une loi pour interdire, comme en Grande-Bretagne, le cumul du statut de fonctionnaire et de l'état de parlementaire.

ENA, machine à fabriquer des grands patrons
De même, dans la ligne de mire, les grandes entreprises qui donnent le sentiment d'être contrôlées par une caste d'actionnaires privilégiés, lesquels d'ailleurs sont souvent passés par l'ENA. "C'est le vrai sujet, lance Xavier Bertrand, ancien ministre, député UMP de l'Aisne, et maire de Saint-Quentin, qui ne voit pas de raisons à ce que les politiques n'aiment pas l'entreprise. En revanche, est ce qu'ils la comprennent ? Les élites qui sortent de l'ENA ne connaissent que les entreprises du CAC 40 dont les conditions d'exercice sont très loin de celles d'une PME et TPE. Qui accompagne le président dans ses tournées à l'étranger ? Il ne faut donc pas s'étonner qu'il soit très loin de vos réalités. C'est aussi aux entreprises de les alerter sur les conséquences de leurs propositions".


Formation au réalités quotidiennes de l'entreprise ?
"Les hommes politiques et d'entreprise ne pensent pas de la même façon, n'ont pas la même démarche, les mêmes objectifs, la même formation. Les seconds prennent des risques dans un cadre réglementaire établi par les premiers. Le chef d'entreprise est aux commandes d'un être vivant qui doit s'adapter en permanence aux dispositions législatives, réglementaires et fiscales", ajoute Renaud Muselier, qui a notamment piloté le Quai d'Orsay. "L'homme politique a plusieurs voix d'accès aux fonctions politiques pour lesquelles il est plus ou moins formé mais au delà de la volonté de se faire élire, il a besoin d'un équilibre sociétal qui lui permette de gagner. Comme, une fois passé par la case politique, on ne peut pas revenir en arrière, on s'accroche à son siège et on tue tout ce qui bouge pour ne pas régresser", lance celui s'est retiré de la vie politique (jusqu'à une date sine die) suite à son camouflet infligé par la socialiste Marie-Arlette Carlotti.


Un système politique pas représentatif de l'ensemble de la population

"1 % des énarques ont un destin politique", conteste Nathalie Loiseau, directrice de l'ENA (École Nationale d'Administration). "Que connaissent les énarques de l'entreprise ? Depuis 10 ans, ils font des stages en entreprise. Ce qui ne me satisfait pas, c'est qu'ils les font dans de grandes entreprises et très souvent dans une direction des affaires publiques et il n'y a rien qui ressemble plus à une administration qu'à une grande entreprise. C'est cela qu'il faut casser".
Dans les pays anglo-saxons, les patrons auraient des parcours de formation plus diversifiés, mais en France, et le Times Higher Education, qui vient de publier son palmarès des écoles qui ont formé les plus grands chefs d'entreprise en exercice, le démontre encore : Polytechnique, HEC et l'ENA se classent dans les 6 premières places. Là où, en Amérique du Nord, ce sont les universités qui ravissent les premières marches du podium, Harvard, Stanford ou le MIT (Massachusetts Institute of Technology).


On a les élus et les électeurs que l'on mérite
"Est-ce que c'est si difficile d'apprendre à compter ? Comment se fait-il que les politiques ruinent la France ? Ce sont des questions qui se posent quand on voit les déficits se creuser", provoque Pierre Grand-Dufay, vice-président de l'Upe qui anime le débat. "S'ils ne savent pas compter, ils savent compter leurs électeurs. Et les attentes de ceux-ci sont tellement fortes que cela dépasse toute équation mathématique", rétorque tout aussi provocatrice Nathalie Loiseau. "Qu'ils aiment ou pas l'entreprise, ils devraient s'inspirer de leur gestion, intervient Xavier Bertrand, qui entrevoit un début de solution dans un changement constitutionnel : un septennat non renouvelable pour qu'il soit débarrassé de la contingence absolue d'être réélu !"

Des débats où finalement les sous-entendus faisaient penser très fort à la célèbre (petite) phrase de Bonaparte à propos des parlementaires d'un Directoire à l'agonie : "Foutez-moi tout ce monde là dehors !". Et après ...?


A.DESCAMPS


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