Un plan climat inter-régions pour anticiper le réchauffement

 |   |  792  mots
Le Grand Sud-Est s'organise pour absorber le choc à venir des effets du changement climatique. L'État et cinq régions ont défini un plan d'anticipation pour tenter de préserver les ressources en eau et réduire l'impact sur l'économie dans les prochaines décennies.

Le dernier rapport des scientifiques du GIEC est des plus alarmant. Le réchauffement climatique s'accentue et va nous frapper, tout n'est plus qu'une question de temps. La Méditerranée, la Vallée du Rhône ou encore les Alpes représentent des points chauds et la ressource en eau sera impactée. "Le changement climatique aura un impact économique. À Lyon, nous avons désormais le climat d'Avignon il y a 30 ans. La question n'est pas la réalité du changement, mais sa vitesse", constate Jean-François Carenco, préfet de la région Rhône-Alpes et également préfet coordinateur du bassin Rhône-Méditerranée. C'est lui qui porte ce premier plan de bassin d'adaptation au changement climatique. Le plan fédère sept acteurs publics dont cinq régions (Bourgogne, Franche-Comté, Rhône-Alpes, PACA et Languedoc-Roussillon), le comité de bassin Rhône-Méditerranée et l'État. La zone concernée est considérable avec un bassin hydrologique qui va des Vosges à la Camargue. Les effets du changement climatique commencent déjà à se faire sentir. Pour l'avenir, Martin Guespéreau, directeur de l'agence de l'eau Rhône-Méditerranée, est pessimiste : "Sur les Alpes, nous avons moins de précipitations. La perte des neiges de printemps va entraîner une baisse du débit du Rhône en été, qui ne sera plus alimenté par la fonte des neiges en montagne. On estime que le débit du fleuve va chuter de 30 % d'ici 2050. Plus au Sud, dans le Languedoc-Roussillon ou en PACA, les cours d'eau pourraient enregistrer  une baisse de 60 % de débit en 2080."

Vulnérabilité

"Tous les territoires sont vulnérables, mais de façon inégale. Ils ne sont pas forcément exposés aux mêmes risques et pas avec la même intensité", souligne Michel Dantin (UMP), maire de Chambéry et président du comité de Bassin. La baisse de débit des rivières, l'augmentation de la température de l'air et la "bétonisation" des rivières, rendent les secteurs Saône, Doubs, et Ain vulnérables à l'eutrophisation. L'assèchement des sols, fréquent actuellement dans le Sud, pourrait à l'avenir toucher le Nord, la Franche-Comté et les Alpes en raison de la baisse des précipitations et l'accélération de l'évaporation.


Un litre sur deux n'arrive pas au robinet en raison des fuites

Le plan préconise toutes une série des mesures d'adaptations variables selon les zones. Il prévoit notamment un grand plan de chasse au gaspillage d'eau. "On estime qu'un 1 litre sur 2 capté n'arrive pas au robinet en raison des fuites. L'ambition est de ramener les fuites des réseaux d'eaux d'ici 2030, à un rendement de 85 % sur la totalité des réseaux", précise Martin Guespéreau.L'enjeu sur l'agriculture est une réduction de la consommation pour l'irrigation de 20 % pour 2030. Avec un développement du goutte-à-goutte, mais aussi des changements dans les cultures, en optant pour des variétés plus résistantes à la sécheresse et des modifications des pratiques agricoles. "Nous allons devoir réapprendre à conserver l'eau, à la retenir, planter des haies dans les espaces agricoles, re-naturaliser les cours d'eau et dé-imperméabiliser les sols, surtout en ville pour laisser les nappes se recharger", détaille Martin Guespéreau. Pour 1 m2 imperméabilisé en zone urbaine, le plan veut créer 1,5 m2 de zone d'infiltration d'eau. "L'industrie a déjà fait d'énormes investissements pour réduire la consommation d'eau, mais le réchauffement et les températures plus élevées de l'eau vont sans doute amener les industriels à modifier leur calendrier de production", rappelle pour sa part Michel Dantin.


La moyenne montagne sur le grill

Le tourisme de montagne hivernal semble être le secteur le plus violemment concerné par le réchauffement. "Les stations de moyenne montagne vont devoir se diversifier. Nous avons du souci à nous faire avec la disparition de la neige de printemps d'ici 2030. Or, c'est cette neige qui assure la rentabilité des stations de moyennes montagnes", explique Martin Guespéreau. "On peut très bien envisager de ne plus subventionner les projets de neige de culture, si on estime qu'ils ne sont pas viables dans le futur", appuie Michel Dantin.

Les préconisations du plan ne sont pas contraignantes mais elles pourraient faire partie du prochain Schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) 2016-2021. Reste que les futurs chantiers de ces adaptations vont devoir se conjuguer avec une utilisation différente des deniers publics. "Il va falloir que les investisseurs publics comme privés, prennent en compte ces nouvelles réalités", commente Michel Dantin. "Si on commence à dire, c'est cher, on est mort", conclue le Préfet Carenco.

Jean-Baptiste Labeur (Acteurs de l'Économie à Lyon)

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :