Yvon Berland, président de l ? Université Aix-Marseille fait le point sur les chantiers en cours

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Réorganisation technique et administrative quasi achevée, lancement du deuxième PPP très prochainement, rationalisation des sites? Le président de la plus grande université de France depuis le 1er janvier 2012, fruit de la fusion des universités marseillaises de Provence et de la Méditerranée et de la faculté aixoise Paul-Cézanne, était l?invité des 13h de l?Entrepreneur, un rendez-vous initié par la CGPME 13. Quand le patron des universités est interviewé par des patrons d?entreprises?

Réorganisation technique et administrative quasi achevée, lancement du deuxième PPP très prochainement, rationalisation des sites... Le président de la plus grande université de France depuis le 1er janvier 2012, fruit de la fusion des universités marseillaises de Provence et de la Méditerranée et de la faculté aixoise Paul-Cézanne, était l'invité des 13h de l'Entrepreneur, un rendez-vous initié par la CGPME 13. Quand le patron des universités est interviewé par des patrons d'entreprises...

Le discours est rodé. Cela fait près de deux ans qu'il le porte dans toutes les instances où il est invité. Et devant un parterre de 25 chefs d'entreprise réunis au Club du Vieux-Port à Marseille ce mercredi 23 octobre par la CGPME 13, il a répété qu'il était fier d'être à la tête de la première université de France par le nombre de ses étudiants (72 000), de ses personnels (7 680) et par son budget (650 M€), et forte de 132 structures de recherche. Seul exemple à ce jour et à grande échelle d'une coopération possible entre Aix et Marseille. Un dossier que le néphrologue de métier (il a dirigé le service de néphrologie hémodialyse à l'hôpital Sainte-Marguerite, puis celui de néphrologie, dialyse et transplantation rénale à l'hôpital de la Conception, qu'il a d'ailleurs contribué à réunir) a ardemment défendu depuis 2004. Un parcours dont il tire de la sagesse : "je suis convaincu que chaque étape de son parcours professionnel sert la suivante. Je n'aurais pas pu passer directement de médecin néphrologue à président d'université".

Masse critique
Et empruntant le langage que comprend le chef d'entreprise, le président de la commission santé de la Conférence des présidents d'université depuis décembre 2012, parle de "masse critique" suffisante pour être visible à l'étranger et dans les classements mondiaux même s'il reste critique sur ces palmarès. "Les trois universités étaient davantage dans la compétition que dans la collaboration. À l'international, j'avoue que notre visibilité était médiocre. Certains enseignements, particulièrement en sciences ou en éco-gestion étaient redondants car partagés par deux ou trois universités. Nous avions deux fac de sciences et gestion, cinq facultés de sciences, deux observatoires, deux écoles d'ingénieurs (l'Ecole supérieur d'ingénieur de Luminy et Polytech). Aussi, des formations pluridisciplinaires et transversales sont indispensables aujourd'hui et pour cela, les différentes disciplines doivent se rencontrer et se connaître".

Capter des budgets
Et s'il devait retenir un des premiers apports de l'université unique : "elle a contribué à la sélection de nombreux projets de recherche dans le cadre des appels à projets du grand emprunt, faisant du site d'Aix-Marseille, un des huit sites universitaires français d'excellence avec une enveloppe à la clé", explique-t-il. Et c'est peu de dire qu'en ces temps d'inquiétudes des universités sur les dotations gouvernementales (les présidents d'université français ont publié ce vendredi une motion dans laquelle ils demandent à l'État davantage de soutien financier), tout est à prendre. 
Mais "fusionner n'est pas simple. On est en train de finaliser l'organisation technique et administrative. Des questions de localisation de sites se sont posées. Ce qui rend complexe la réorganisation et pour qu'il y ait adhésion, je me suis engagé à ce qu'il n'y ait pas de mobilité imposée. J'ai tenu 45 réunions, et reçu en tête à tête 600 personnes pour expliquer la pertinence de cette fusion. Avant cela, nous avions fait un diagnostic qui pèse plus de 800 pages. Aujourd'hui, si la réorganisation n'est pas complètement finalisée, elle est une réalité."
À la question (révélatrice) d'un des chefs d'entreprise sur la nature de ses relations avec les syndicats, il fait une réponse à la normande : "comme dans toutes les organisations, il y a des syndicats facilitateurs et d'autres moins. Mais du coup, l'équilibre se fait naturellement. Je suis attentif au devenir du personnel. Les régimes, les horaires, les statuts ... rien n'était homogène. On a égalisé par le haut".


Faire entrer les PME/TPE à l'université
Le business n'est jamais loin. "Vous ne travaillez pas beaucoup avec les PME. Comment les entreprises peuvent-elles avoir accès à vos marchés publics?", lance un dirigeant. "Il y a 4 PPP en cours dans le cadre de l'opération Campus (lancée en 2008 avec à la clé, 5 milliards d'euros dédiés à la rénovation immobilière de dix campus d'excellence de visibilité internationale, ndlr)", répond le président de l'AMU. Dans le cadre de l'opération Campus, Aix-Marseille Université a obtenu un financement de 500 M€ en capital pour équiper et moderniser ses campus. Le premier contrat de partenariat public-privé (PPP) concerne la conception, construction, maintenance et exploitation du bâtiment "Océanomed 2" (livraison prévue en 2014) assurant le regroupement sur le campus de Luminy des équipes d'océanologie, jusqu'à présent installées à Endoume, Saint-Jérôme, Toulon et La Seyne-sur-mer. Le coût total de l'opération, confiée à Vinci (avec Bâtimur, filiale de la Caisse d'Épargne en pilote de la construction et de la maintenance) s'élève à 11 M€ H.T pour un loyer de 850 K€ par an pendant 25 ans que versera AMU. Le campus de Luminy sera concerné par un autre contrat de PPP pour la restructuration des bâtiments de recherche et d'administration de la faculté des sciences. Deux autres contrats de partenariat concernent des opérations sur Aix-en-Provence, le premier pour la réhabilitation de la faculté des lettres et de droit et le second pour la construction de nouvelle faculté d'économie et gestion. Pour le premier, "trois groupes se sont positionnés. Le jury doit se prononcer en novembre et les travaux doivent démarrer en juin 2014". "Je ne suis pas opposé à ce que nos services en charge des marchés publics viennent vous détailler les modalités d'accès", conclue Yvon Berland.


Culture entrepreneuriale

Autre problématique pour les PME : "quand on intègre vos étudiants dans nos entreprises, on en perçoit pas la culture entrepreneuriale". Et un autre dirigeant d'ajouter : "je dirige une entreprise de 45 personnes. J'ai besoin de personnes capables d'initiatives et de porter des projets jusqu'au bout. Ces qualités ne sont pas développées aujourd'hui au sein de l'université".
"C'est un sujet majeur. L'université a été trop longtemps recroquevillée sur elle-même en donnant du savoir sans savoir le transformer en compétences. Nous avons besoin de dialoguer avec le monde socio-économique pour mieux assurer l'insertion professionnelle et l'employabilité de nos étudiants. C'est la raison pour laquelle j'ai intégré des chefs d'entreprise dans le comité d'orientation stratégique et nous multiplions aussi les conventions avec des filières et des entreprises. Vous recherchez des compétences additionnelles. En fusionnant, on peut désormais offrir de la transversalité et de la pluridisciplinarité dans nos cursus, ce qui permettra de mieux répondre à vos besoins".


Campus chinois
Yvon Berland n'a fait aucune mention sur l'avancée du projet en Chine. Le 26 avril dernier, le président d'Aix-Marseille Université signait une convention avec la Wuhan University of Technology (WUT) une des deux universités de Wuhan, dont l'objet est de construire un campus sur un site de 60 ha destiné à accueillir 5 000 étudiants dans un premier temps (dès 2017, la première pierre pourrait être posée en juin 2014). AMU ne financera pas (investissement estimé à 450 M€), le président Berland en a assuré le conseil d'administration fin mai, mais prêterait son expertise.


A.D

Photo : Alain Gargani, président de la CGPME 13 et Yvon Berland, président de l'AMU

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