Danièle Prieur – Altafemina : "La mixité n’est pas une question de femmes mais une question de performance"

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(Crédits : DR)
Avocate installée à Marseille, la présidente du réseau féminin fait du sujet de la mixité dans l'entreprise un thème qu'elle défend au quotidien. Associée à d'autres réseaux, elle lance Le Carrefour des Mandats le 29 juin prochain, une initiative qui veut tout faire pour encourager la représentativité féminine dans les organes de gouvernance.

Quelle est la philosophie du Carrefour des Mandats PACA ?

Cela est né d'une initiative de Viviane de Beaufort fondatrice des Women Essec. Le mouvement, lancé en novembre 2015 avec notamment la FFA, le MEDEF, bpifrance, se poursuit. Le Carrefour des Mandats Paca est le premier Carrefour en région, il va être suivi par d'autres notamment en Rhône- Alpes-Auvergne et les Hauts de France.

Un collectif de 5 réseaux féminins - Altafemina, FCE, Provence Pionnières, PWN et Femmes 3000 - s'est réuni pour l'organiser ensemble sur notre territoire.

Ce Carrefour est une rencontre entre, d'une part des femmes de talent compétentes, expérimentées et engagées et d'autre part des entreprises, des institutionnels, des personnalités responsables qui sont volontaires pour s'engager davantage sur le sujet de la représentativité des femmes. Il permettra de faire circuler le sujet entre tous les acteurs économiques concernés sur le territoire. Acteurs du Carrefour des Mandats, le collectif des réseaux féminins en Paca s'engage à faciliter une mise en relation entre entreprises et candidates fondée sur des critères professionnels. Sur la base d'une sélection réalisée sous la responsabilité des réseaux référents, des candidates sont identifiées via un "Annuaire pilote", qui sera remis aux entreprises et aux institutions qui ont la volonté de mettre en place des gouvernances mixtes et équilibrées. Les intervenants, les partenaires du Carrefour et d'une manière générale les personnalités et participants  seront  les autres  Acteurs/influenceurs majeurs.Cet événement sera l'occasion d'initier une dynamique en faveur de la représentativité des femmes sur le territoire, engagées dans cette démarche. Ce sera aussi l'occasion de sensibiliser plus largement les acteurs qui pourront mieux cerner leurs besoins en gouvernance et réfléchir sur le profil d'administrateur/trice adéquat pour compléter leurs équipes et améliorer leur compétitivité.

Les quotas et les lois sont-ils obligatoires pour faire évoluer les mentalités ?

L'avocate qui vous répond, vous dira indiscutablement oui !

Ce n'est pas l'évolution des mentalités qui est en cause, c'est la mise en œuvre de l'accès des femmes notamment à une égalité de salaires, et d'accès aux postes de direction. Les exemples sont multiples et variés, seul le cadre de la loi peut faire avancer les sujets qui touchent  à des mutations telles que promouvoir la mixité à tous les échelons. On peut comprendre tous ceux qui ont porté cette conviction, sans forcément la théoriser avec bonne volonté et intelligence,  et qui se trouvent contraints par les quotas. On peut comprendre ceux qui craignent "la nomination des femmes pour des femmes" sans critères d'expérience et diplômes.

Les démarches incitatives mises en place depuis plusieurs années ont échoué.On prend aujourd'hui le parti d'un cadre légal pour avancer et enfin obtenir des résultats en fixant la règle et en sanctionnant sa transgression.

Le Carrefour des Mandats est organisé notamment pour répondre à cette préoccupation et avec l'augmentation importante de femmes diplômées dans le monde et des initiatives telles que celle du Carrefour des Mandats, on devrait arriver à une mixité satisfaisante et aller vers  la performance et la modernité.

Que vous inspire la célèbre phrase de Françoise Giroud "la femme sera vraiment l'égale de l'homme le jour ou, à un poste important, on désignerait une femme incompétente" ?

Cette phrase a déjà 30 ans, une génération ! Elle était justifiée et Françoise Giroud exprimait surement un sentiment profond d'injustice. Si on ne prend pas cette citation au sens littéral mais dans ce que Françoise Giroud a voulu signifier, elle résonne encore aujourd'hui. Les choses évoluent, surtout sur le plan de l'éducation des femmes : 60% des diplômés dans le monde sont des femmes.

Au niveau des postes de direction et de décision, c'est beaucoup plus lent. Placer quelqu'un à une fonction importante, c'est toujours prendre un risque, celui que la personne ne soit pas à la hauteur, pas à sa place, ne réussisse pas sa mission.

Que ce soit un homme ou une femme, le risque est le même. L'échec d'une femme en particulier ne doit pas mettre en cause sa capacité à réussir ailleurs et surtout pas la capacité des autres femmes à réussir. C'est probablement cela que disait Françoise Giroud il y a 30 ans. L'égalité d'accès des hommes et des femmes aux responsabilités et aux instances de décision est une question de principe qui répond aux mêmes exigences pour les uns et pour les autres.

Quels clichés et freins font encore de la résistance ?

Ils existent encore des deux côtés, de celui des hommes comme celui des femmes.

Le cadre législatif est plus facile à mettre en œuvre qu'à l'intérieur de l'entreprise ou les freins subsistent. Les stéréotypes sont un frein à la mixité et ont la vie dure. Le meilleur exemple est celui que les femmes auraient plus d'empathie et seraient meilleures communicantes que les hommes, qualités requises pour être un leader, elles sont pourtant encore rares à  ces postes là. Il y a également les freins que les femmes se mettent à elles mêmes. C'est le syndrome de la "bonne élève". Les bons résultats leur ont permis de gagner autonomie et liberté dans la famille, puis l'accession à de bons diplômes et enfin un poste à la hauteur de leur ambition. Mais les bons résultats ne sont pas le seul critère pour progresser dans l'entreprise. Les femmes résistent à se mettre en avant,  demandent difficilement des augmentations de salaires, expriment peu leurs ambitions. Les femmes autodidactes se donnent peut être davantage de liberté.

Les freins masculins sont réels. Les hommes ont peur de s'engager sur ce sujet par peur de perdre leur statut, de promouvoir l'avancement des femmes à leur détriment, de ne pas trouver les bons termes pour en parler, de déséquilibrer des positions dans l'entreprise comme dans la famille d'ailleurs.

De nombreux hommes sont totalement  engagés sur le sujet mais encore guidés par leurs habitudes, leur carnet d'adresse, réseaux, listing. Je recommande la lecture facile et positive  à cet égard de "Mixité, quand les hommes s'engagent" de Marie Christine Mahéas.

La mixité n'est pas une question de femmes mais une question de performance. Il faut éviter de parler de "féminisation du leadership", c'est la mixité qui est le bon critère. Le mouvement Carrefour des Mandats est sur cette position et dans cette dynamique !

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Commentaires
a écrit le 21/06/2016 à 10:10 :
Ce que cette dame oublie, c'est la compétence qui prime et non les quotas. L'exemple d'Anne Laurgeron dont les résultats ont faillit couler AREVA est un exemple de la perversité des quotas...

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