Quechen à Fos : c'est fait et voilà ce qui est prévu

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(Crédits : DR)
Après plus de deux ans de négociations, c'est finalement Aix-Marseille qui l'emporte face à Rotterdam et qui accueillera l'usine européenne du groupe chinois sur le site de PIICTO. A la clé, un investissement de 105 M€. Et si le n°3 mondial de la silice a dit oui, c'est pour l'écosystème industriel.

C'était la nouvelle attendue depuis le déplacement en Chine en octobre 2016 de Christian Estrosi, alors président de la Région Provence Alpes Côte d'Azur. Une visite in situ qui avait porté le regard sur ce dossier déjà dans les tuyaux de l'agence de développement économique, Provence Promotion et des acteurs économiques locaux, puisque le premier contact entre les Marseillais et le Chinois remonte à décembre 2015, lorsque Didier Parakian, élu en charge de l'économie et de l'innovation au sein de la Métropole Aix-Marseille Provence, noue le premier contact, sur les conseils du l'avocat Bruno Lefèbure, de retour en France après 10 ans passés à Shanghaï. Et depuis octobre 2016, les venues des investisseurs chinois en Provence se sont succédées, reçues notamment à la Ville de Marseille et à la Région Provence Alpes Côte d'Azur, présidée depuis mai 2017 par Renaud Muselier. Lequel s'est chargé de rassurer les inquiétudes portant notamment sur le climat social en France et les aides au financement.

Synergies industrielles

Une bonne nouvelle qui s'accompagne d'un investissement annoncé pour l'heure à hauteur de 105 millions d'euros (la somme initialement annoncée était de 200 M€ NDLR) avec la création de 130 emplois, dont 70 lors de la phase 1, 50 lors de la phase 2. Quechen devrait installer un ensemble qui comprend un complexe de R&D (avec une dizaine de chercheurs) et de production de silice à haute dispersion. L'accord signé lors du déplacement en Chine du Président de la République, Emmanuel Macron, l'est d'une part avec le fabricant de PVC Kem One largement présent en PACA, notamment à Fos-sur-mer mais pas seulement (le groupe qui emploie 1 300 personnes en France est aussi implanté à Saint-Auban, à Berre et à Lavéra NDLR) et d'autre part avec le Grand Port Maritime de Marseille que dirige Christine Cabau-Woehrel et auquel Quechen louera le terrain avec un bail emphytéotique de 50 ans. C'est aussi le GPMM qui fournira notamment la connexion aux fluides. L'envergure internationale et la connectivité du premier port français n'y sont pas non plus étrangers.

Avec Kem One, et selon Frédéric Chalmin, il y a des synergies assez évidentes entre les deux entreprises, le directeur général du groupe évoquant une collaboration en recherche et développement et "une collaboration étroite".

Soudés sur le sujet, nombreuses sont les entreprises du territoire a avoir promis d'apporter leurs connaissances, outils, réseaux de prestataires. C'est le cas par exemple de SNEF, du groupe ADF, d'Ortec ou encore de Mediaco qui se sont engagés par écrit à fournir au nouvel arrivant chinois, leur écosystème de fournisseurs et de sous-traitants provençaux. La construction et la maintenance des équipements industriels seront localement sous-traitées. Et un travail d'identification des compétences disponibles sur le territoire, en fonction des besoins exprimés par Quechen, réalisé.

PIICTO en action

Voilà aussi une implantation qui va faire du bien à PIICTO. Car la plateforme industrielle et d'innovation de Caban Tonkin, née en 2014 de l'union de 13 partenaires industriels, dont le GPMM et Kem One font partie, se veut un expérimentateur de la transition énergétique et des mutations industrielles. Comme l'a souligné Jean-Luc Chauvin, le président de la CCI Marseille Provence et président également de l'agence de développement économique Provence Promotion, l'usine chinoise "est la première réalisation pour PIICTO à l'échelle réduite d'une douzaine d'hectares", sur les 1 200 hectares que couvre la plateforme. Alors que Total gère la mutation de son site de La Mède, il ne faut pas oublier que près de 3 000 emplois industriels ont été perdus au cours des 15 dernières années notamment avec la fermeture de la raffinerie LyondellBasell et des suppressions d'emplois chez Arcelor Mittal. A noter que des efforts d'aide publiques financières pour l'installation de l'usine chinoise ont été faits conjointement, à 50/50, par la Région et la Métropole.

Double enjeu stratégique

Mais si l'enjeu économique et d'attractivité est évident pour le territoire général de Provence Alpes Côte d'Azur et particulier d'Aix-Marseille Provence, il l'est aussi pour Quechen. Le choix de l'implantation de son usine européenne est crucial pour son développement car elle répond à une exigence de ses clients, notamment les géants du pneumatique que sont Pirelli ou Michelin, pressés de voir les capacités de production de silice hautement dispersible être présentes en Europe. Car cette silice - différente de la silice traditionnelle par sa taille, plus petite - est un constituant essentiel des pneus verts, ces pneus présentés comme réduisant la résistance de roulement de 20 à 35 % et la consommation de carburant de 3 à 5 %. Mais c'est surtout que la consommation de silice hautement dispersible croissant - +143 % entre 2012 et 2020 -, les fabricants de pneumatiques poussent les fabricants de silice à augmenter leur production. La présence en Europe favorisant aussi des temps de transport plus courts.

D'ailleurs, Renaud Muselier, le président de la Région y est allé de sa contribution aussi en tant que membre de la commission transport du parlement européen en appuyant l'ouverture d'un corridor ferroviaire à partir de Fos vers la Suisse et a-delà des villes rhénanes d'Allemagne où sont installées plusieurs clients industriels du groupe chinois.

Quechen compte bien profiter de cette aubaine conjoncturelle. C'est d'ailleurs cela qui entraîne sa volonté d'internationalisation. L'entreprise chinoise a également développé une usine en Thaïlande en 2017 et vise la construction d'unités aux Etats-Unis et au Brésil.

Créée en 2003 par Weidong Que et son épouse, Quechen a débuté la production dans sa première usine en 2005, à Wuxi. Depuis, une seconde unité à vu le jour à Fengyang en 2009. Le groupe est le premier industriel chinois a avoir intégré la chaîne complète de fabrication de la silice en produisant ses propres matières premières, acide sulfurique et silicate de sodium. Quechan est cotée depuis octobre 2015 au NEEQ, le NASDAQ chinois qui considère les entreprises technologiques à forte croissance. Un nouveau centre de recherche a été inauguré en 2015, à Wuxi.

Le calendrier de son installation en Provence prévoit un démarrage en 2019.

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Commentaires
a écrit le 10/01/2018 à 11:30 :
ils vont vite déchanter les chinois avec les grèves de la CGT à moins que le chinois mette au pas le syndicat du chômage de masse.

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