Philippe Bernand : "Avec les acteurs économiques, nos intérêts sont alignés"

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(Crédits : DR)
Ouverture de nouvelles lignes, implication dans le développement du territoire c'est-à-dire (aussi) des entreprises, objectifs chiffrés et précis…, le nouveau président du directoire prend les manettes de l'aéroport Marseille Provence au moment où celui-ci entame une phase de transformation et d'évolution stratégique. Pas sans défis, donc.

La Tribune - Quelle vision aviez-vous de l'aéroport Marseille Provence avant votre arrivée ?

Philippe Bernand - Je suis né à Marseille, j''y ai travaillé puis j'en suis parti en 1995. Je suis heureux aujourd'hui de ne pas reconnaître ma ville. 2013 a été clairement une année charnière qui a donné un coup de boost. Le port est entré dans la normalité. Il y a une sorte d'alignement des planètes. Le territoire a commencé à s'exprimer et il veut continuer à s'exprimer. Pour un patron d'aéroport, c'est important car nous sommes là pour servir le territoire. Cela nous aide également à convaincre les compagnies d'ouvrir des lignes. L'aéroport est heureux de jouer un rôle dans le développement économique.

Quels sont vos objectifs ?

Le principal objectif est de développer le trafic. Pour cela nous privilégions trois segments. Notamment le trafic low-cost qui représente 25 % actuellement. Les standards sont à 40 %, voire au-delà, il n'y a aucune raison de ne pas atteindre ces niveaux-là. L'autre segment, c'est le développement international, qu'il faut aller chercher pour que le rayonnement se fasse à travers le monde. Puis il y a le long courrier. C'est un axe difficile car dans un pays hyper-centralisé avec une compagnie nationale qui se concentre sur Paris, avoir la volonté de le faire à partir de la région, exige un travail laborieux et de longue haleine. Petit à petit nous arriverons à faire évoluer la situation. L'un des objectifs est aussi de relier Aix-Marseille à de grandes métropoles lointaines. Sur une ligne Marseille-New-York, la concurrence est rude. Néanmoins, il y a un marché. Pour une compagnie, c'est un risque important.

L'ouverture de longs courriers passe par une solidarité de tous les acteurs, ceux du monde politique et du monde économique afin que la compagnie aérienne sente la solidarité avec l'aéroport. C'est souvent un élément qui fait tout basculer. Il faut être alignés dans l'action.

Quels sont les axes prioritaires à activer pour accompagner la croissance de l'aéroport ?

Sur la Méditerranée, nous avons la capacité à faire mieux. Tout dépend du contexte géopolitique des pays concernés. Pourquoi pas une deuxième compagnie sur Israël, la Turquie représente aussi un axe fort de développement. On peut envisager des pays comme la Serbie, la Croatie, l'Afrique du Nord présente encore des capacités. La stabilité en Syrie et en Lybie doit revenir mais il y a un potentiel.

Marseille Provence peut incarner une porte d'entrée vers la Méditerranée. Cependant il n'y a pas que des routes nouvelles à envisager, il faut aussi consolider certaines déjà existantes.

Elément essentiel de l'attractivité du territoire, quelle doit être la place de Marseille Provence dans les 10 ans à venir ?

Nous nous appuyons sur notre plan stratégique, Cap 2025 qui prévoit d'atteindre 11 millions de passagers. J'espère que nous dépasserons ce chiffre. Il faut vraiment fédérer les acteurs autour des enjeux de l'aéroport et les embarquer dans le développement de la plateforme. Nous avons des intérêts alignés. L'axe sur lequel il est important de travailler est celui de l'accessibilité. Aix-Marseille ne peut pas être une grande métropole sans axes routiers conséquents. Il existe sans doute de grandes équations budgétaires à résoudre, mais il est essentiel de réfléchir aux axes routiers. Et les réponses ne se concentrent pas uniquement sur les transports en commun. L'aéroport peut apporter sa contribution, essayer de faire des propositions, financer quelques études, mais il faut des relais, des points de desserte efficaces.

Les aéroports qui réussissent sont ceux qui bénéficient d'une bonne accessibilité terrestre.

Des synergies sont-elles envisageables/possibles avec Nice Côte d'Azur ou d'autres plateformes aéroportuaires ?

Nice est un aéroport de bout de ligne, c'est un cas à part. Marseille Provence peut rayonner loin et étendre sa zone de chalandise jusqu'à Montpellier. Il est important pour Marseille Provence d'être un aéroport d'entrée du Sud-est de la France. Je crois beaucoup à cela et à notre capacité à grandir, à rayonner, à gagner en attractivité.

Désormais, les aéroports sont perçus comme des lieux de vie, où le parcours client est désormais partie de la stratégie commerciale. Comment accompagner cette évolution ?

Auparavant nous attendions que le client entre dans l'aérogare. Cela a évolué et cela va encore évoluer. Aujourd'hui le contact avec le client se fait bien avant son arrivée à l'aéroport, de façon digitale, pour préparer son voyage, connaître le produit de stationnement qui convient le mieux à sa situation, comment il peut réserver sa place en ligne, connaître le temps nécessaire pour faire les formalités... Demain il pourra réserver un article en ligne, enregistrer ses bagages depuis son domicile, scanner son passeport, se prendre en photo pour être identifié grâce à la reconnaissance faciale... Cela redonne du temps au passager. Le voyage commence avant d'être assis côté couloir ou côté hublot. La valeur ajoutée de l'humain réside dans l'accueil et le service.

Comment imaginez-vous l'aéroport dans 15 ans ?

Nous devons travailler sur l'efficacité opérationnelle. Pour que la compagnie aérienne sache que si elle se pose à Marseille Provence, cela se fait sans difficulté. Les marges des compagnies sont faibles, dans des équilibres fragiles et les aéroports doivent aider à ce que les marges ne se consomment pas par des aléas au sol. Si une compagnie se porte bien, elle a envie de renforcer ses fréquences et d'ouvrir des lignes. Nous avons deux défis : l'exigence client et l'efficacité opérationnelle.

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