Où en est Team Henri-Fabre ?

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(Crédits : DR)
Un financement PIA, un aspect industrie 4.0 à améliorer, un technocentre opérationnel depuis deux ans… le business modèle – et la philosophie – de la plateforme de mutualisation prend ses marques, active, accompagne les PME. Avec quels résultats ? Réponse de son directeur, Stéphane Magana.

Ce 5 février, c'est le jour de la signature du programme d'investissement d'avenir relatif à votre PERF, ou plateforme emploi, Rh formation : quelle vocation poursuit-elle ? De quel budget est-elle dotée et qui sont les financeurs ?

La plateforme représente un budget de 8,7 M€. Il s'agit de fonds privés, ceux de l'UIMM, mais aussi publics, ceux de la Région et de l'Etat, via la Caisse des Dépôts. Le consortium relatif à cette plateforme, lui, comprend plusieurs partenaires : le rectorat, le Pôle formation de l'UIMM, l'Ensam (Arts et Métiers), le Cipen (Cluster d'innovation pédagogique et numérique) d'Arles et la Team Henri-Fabre. Quant à l'objectif de cette plateforme, c'est de répondre aux nouveaux besoins en termes de compétences autour de l'industrie du futur. Ce qui passe par trois actions : tout d'abord, le développement de plateaux techniques dans de nouveaux domaines tels que le big data, la supply chain, l'ingénierie numérique, les nouveaux procédés de fabrication. Ensuite, la mise en place et la numérisation de divers plateaux techniques entre les différentes écoles, afin de construire des projets en commun avec ces établissements. Les jeunes vont pouvoir à présent apprendre à travailler en mode projet, avec une répartition des responsabilités et des tâches. Enfin, la dernière de ces trois actions vise la numérisation, le développement de modules en version numérique. Il s'agit d'une nouvelle approche du parcours de formation, plus individualisée. Pour cela, on s'appuie sur l'expérience du Cipen.

Des objectifs sont-il fixés, à travers la PERF ?

Sur 5 ans, nous visons 3 500 personnes formées, la mise en place d'une trentaine de nouvelles formations. Tout un travail est mis aussi en place pour développer l'aspect formation de formateurs, puisqu'eux aussi doivent pouvoir enseigner à leurs élèves les savoirs et les compétences liés aux nouveaux besoins que recèle l'industrie du futur. L'objectif étant de compter entre 50 et 100 formations de formateurs. Préalablement, tout un travail de recensement de ces nouveaux besoins avait été réalisé auprès des industriels dans le cadre du campus des métiers qualifiés Henri-Fabre, entre 2014 et 2015. L'idée étant donc d'y répondre avec ces nouveaux plateaux de formation. Formations dont les contenus seront appropriés non seulement pour la formation initiale, mais aussi continue.

Votre rôle est d'accompagner la mutation vers l'industrie 4.0 : estimez-vous que l'on est plutôt en avance, en retard ou dans le bon tempo en la matière ? Ce comparativement aux autres régions de France, voire avec les pays limitrophes.

Il est évident que si l'on se compare à des pays tels que l'Allemagne, nous sommes en retard...  Si l'on se focalise sur une approche par régions, Provence-Alpes Côte d'Azur n'a pas à rougir, elle dispose d'atouts indéniables pour se développer dans ce domaine. Elle est multi-filières, dispose de l'ensemble des secteurs classiques mais compte aussi une grande représentation d'entreprises du numérique, avec une Silicon Valley qui s'étend d'Aix-Marseille à Sophia-Antipolis. Des écosystèmes dont nous nous rapprochons pour développer des actions, mettre en œuvre la croissance de l'industrie 4.0.

Le cœur du pôle Henri-Fabre, c'est son technocentre. De quel bilan peut-il se prévaloir après un peu plus de deux ans d'activité ?

Précisons qu'il s'agit encore d'une première version du technocentre, une preuve de concept sur 2 000 m2. Nous travaillons avec la Aix-Marseille Provence afin qu'il atteigne entre 10 000 et 15 000 m2 à l'horizon 2020. Pour l'heure, nous en sommes à 13 M€ d'investissements sur des équipements axés sur l'impression 3D, la caractérisation physicochimique, les nouveaux matériaux, les modes d'assemblage... Ces équipements sont mis à disposition des industriels pour des projets, de la réalisation de prototypes, des démarches collaboratives. On dénombre à ce jour une cinquantaine de projets qui tournent à travers les structures présentes sur le Pôle Henri-Fabre, Inovsys (Plate-Forme Mutualisée d'Innovation pour l'INgénierie, les prOcédés aVancés et le prototypage des SYStèmes complexes), Expiris (laboratoire de caractérisation matériaux) ou la Team Henri-Fabre, qui elle se consacre davantage aux projets d'ordre collaboratif.

Avec quel modèle économique ?

Il y en a plusieurs : la facturation de prestations individuelles tout d'abord, telle que la pratiquent Inovsys ou Expiris, qui réalisent en moyenne un chiffre d'affaires de 2,5M€ par an. Au niveau de la Team, il s'agit davantage de budget que de chiffre d'affaires. L'association peut par exemple fédérer divers acteurs autour du financement d'un projet. Nous avons à titre d'illustration lancé une étude sur l'impression 3D dans l'inox. Nous étions 8 partenaires, nous avons donc divisé par huit le montant de cette étude, pour en diminuer les coûts. Par ailleurs, quand il s'agit du développement d'un besoin qui vient d'un donneur d'ordre et que des PME y répondent, nous sollicitons des fonds publics, lesquels vont permettre en partie de financer ce projet. De fait, cela aide ces PME à se développer, à se renforcer. En cumulé, sur la totalité des projets collaboratifs impulsés, nous avons obtenus 15 M€ de financement public pour de la R&D.

Les PME cultivent-elles donc aujourd'hui le réflexe-Henri Fabre ?

Sur 2016/2017, nous avons accompagné près de 300 PME sur l'ensemble de nos dispositifs R&D, événements, à l'instar des rencontres Business et industrie, donc la 3ème édition a eu lieu en novembre dernier. A chaque fois, ce sont près de 50 PME qui répondent présentes, viennent pitcher et rencontrer les donneurs d'ordre. Pour ce qui est de la dernière édition, nous sommes en train d'en réaliser son bilan, mais nous savons que des commandes ont déjà été passées par certains donneurs d'ordre. En termes de résultats, nous en sommes généralement à des ratios deux fois plus élevés que pour un salon classique. Par ailleurs, même si notre but initial est d'instaurer des liens entre donneurs d'ordre et PME, nous avons également pu constater que certaines PME sont devenues prestataires les unes des autres, des interactions se créent aussi entre elles.

Ce lien donneur d'ordre/PME, s'ancre-t-il aujourd'hui dans les pratiques ?

De plus en plus de donneurs d'ordre intègrent en tout cas le fait que les entreprises innovantes ne peuvent avoir la même démarche qu'eux en termes d'achat. C'est le cas de Thales, qui revoit son mode d'organisation afin de prendre en compte ces jeunes pousses. De plus en plus de grands groupes y viennent.

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