L'industrie, les défis et l'innovation

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(Crédits : © Christian Hartmann / Reuters)
Ancrée dans le territoire régional de différentes façons, l'activité industrielle retient de plus en plus l'attention des acteurs économiques. Les défis – dont celui de l'innovation – sont bel et bien là pendant que des freins restent indubitablement à lever. Et ce sont encore les industriels qui en parlent le mieux.

La croissance en Provence Alpes Côte d'Azur ne passe clairement pas uniquement par le tourisme. Une "évidence" qui revient de plus en plus souvent dans les discours des acteurs politico-économiques. De Christian Estrosi qui revendique avoir eu une "vision" industrielle donnant lieu à l'Eco-Vallée actuelle à Renaud Muselier qui voit la transition énergétique être l'un de ses éléments contributifs en passant par les CCI qui après des années de raccourci "Chambre de commerce", se réapproprient le "et d'industrie" qui suit, autrefois vite zappé, le tout dans un contexte de French Fab nationale qui espère avoir le même effet attractivité que son aîné, la French Tech, l'industrie semble devenir la filière dont tout le monde se préoccupe. Et ce n'est évidemment pas un effet de mode, bien davantage de compétitivité économique.

"L'autre" filière

Le tourisme n'est donc pas la seule mamelle nourricière de Provence Alpes Côte d'Azur. Même si l'effet post-attentat a demandé une stratégie en matière de tourisme affinée et renforcée à laquelle contribue notamment la démarche des "marques" Côte d'Azur, Provence, et tout dernièrement Alpes, le monde économique a les yeux de Chimène pour l'industrie. Un second vecteur de croissance, qui n'a pas toujours considéré comme tel, mais cela est en train de changer.

En décembre dernier, le Forum de l'industrie de demain a justement voulu appuyer là où ça fait du bien mais aussi là où ça fait mal. "Depuis quelques années, on se rend compte que l'on ne peut pas avoir une France forte sans industrie", dit Gilles Carraz, le président d'Industries Méditerranée, initiative née dans le sillage de "La Fabrique du Futur" et qui parie sur le jeu collectif de toutes les industries. Une industrie en Provence Alpes Côte d'Azur qui est forcément plurielle, très aéronautique notamment du côté des Bouches-du-Rhône, drainée par l'activité parfumerie et senteurs plus à l'est, dans les Alpes-Maritimes, où l'on retrouve aussi les laboratoires et des zones actives, à Sophia-Antipolis comme à Carros alors que vers Fos-sur-Mer, bien plus à l'Ouest, du côté de Marseille, c'est tout ce qui concerne l'activité portuaire qui prime. Une pluralité qui est une chance, "en Provence-Alpes-Côte d''Azur nous avons de tout et il faut de tout", insiste Gilles Carraz.

Constat

Multiple mais pas moins réunie par des problématiques semblables, l'industrie doit, comme d'autres secteurs, se réveiller, se tourner vers la nouveauté... Gilles Carraz rappelant d'ailleurs que bien que cela passe inaperçu, l'industrie ne performe pas autant que ce que l'on pourrait penser. "L'industrie en général ne va pas mal car il y est inclus les bureaux d'études", note pour sa part Bernard Kleynhoff, président de la commission Industrie, Innovation, Nouvelles technologies et numérique au sein de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, soulignant qu'il y a du retard à rattraper pour ce qui concerne l'industrie manufacturière. Président de l'APPIM, l'association des partenaires pour la promotion de l'industrie méditerranéenne, basée à Nice, Michel Manago insiste sur le retard pris surtout dans les investissements et le manque de solutions pour renouveler les outils de production. "Nous avons toujours le problème de l'emploi déporté, sur l'ensemble des secteurs. La France est le pays le plus taxé d'Europe", déplore le patron de Valiance, l'éditeur de logiciel installé à Sophia-Antipolis.

Combler les manques

Constater c'est déjà un début mais agir c'est bien mieux. Bernard Kleynhoff rappelle que Team Henri-Fabre ou que l'Opération d'Intérêt Régional "Industries du futur" sont les exemples concrets d'une union qui pousse dans le bon sens. "Nous faisons évoluer les mentalités pour que les différents acteurs se parlent", dit l'ancien président de la CCI Nice Côte d'Azur, qui a été l'un des premiers à exiger que le vocable "industrie" ne soit plus gommé de l'appellation de l'organisme consulaire. Et qui plaide pour un rapprochement entre laboratoires et lycées techniques. Car oui, bien sûr, il y a des synergies presque évidentes à trouver pour être meilleurs en compétitivité. "Pour faire redémarrer l'industrie manufacturière, il faut des gens de la formation". Utiliser par exemple les lycées techniques pour aider les startupeurs de l'industrie. "Le parc machine est là, pourquoi ne pas le rentabiliser davantage et faire que l'image de l'industrie soit positive", pointe l'élu régional donnant comme autre exemple concret le rapprochement intelligent des parfumeurs de Grasse au travers de Grasse Expertise, une communauté qui unit des savoir-faire locaux comme la production de plantes à parfum, la fabrication de produits aromatiques naturels, de produits de synthèse, la logistique, l'emballage, ou encore l'enseignement, soit toute la chaîne de valeur. A Carros, Schneider Electric aide aussi les PME locales. "Il faut que les grandes entreprises soient moteurs". Surtout qu'en R&D et dépôt de brevets, Provence-Alpes-Côte d'Azur se défend plutôt bien, ceux de l'industrie représentant 75 % des brevets déposés en région. "Mais si la R&D est de bon niveau, l'industrialisation des molécules se fait ailleurs", déplore Gilles Carraz qui indique aussi que des emplois qualifiés sont requis par l'industrie mais que le système éducatif global n'arrive pas à pourvoir en métiers techniques.

L'éducation, une affaire de pédagogie

Un thème que reprend Michel Manago, plutôt désolé que la filière psycho soit celle qui attire les jeunes, alors qu'il "faudrait plutôt les inciter à aller vers des métiers techniques. Nous nous battons sur ce point", dit le président de l'APPIM, regrettant que les journées découverte des métiers ne les amène pas "voir la PME qui possède un savoir-faire incroyable", une démarche qui pourrait assurément déclencher des vocations. Car indubitablement, l'industrie souffre d'une image qui si elle ne lui correspond pas (plus ?), demeure sur d'anciens voire archaïques modèles. "L'image est celle des Misérables" n'a pas peur de pointer Bernard Kleynhoff, une image négative qui est "parfois véhiculée par ceux qui y travaillent", alors que "dans les grandes entreprises manufacturières, dans leurs laboratoires, leurs salles de production, c'est immaculé, avec des règles précises à respecter, ce qui les rend mille fois plus saines que nos propres salles de bain". Mais Michel Manago comme Gilles Carraz se rejoignent sur un point : l'industrie doit montrer son visage actuel pas uniquement aux jeunes mais aussi aux parents.

4.0, la (r)évolution ?

Dans ce contexte et ce besoin de donner à voir autre chose, quid de la tendance innovation ? La French Fab, son coq et son plumage bleu France en avant ne tombent-ils pas à point ? "Cela modifie l'image vieillotte de l'industrie", estime Gilles Carraz.

"La nature humaine à besoin de classer, de donner une position car elle a besoin de repère", analyse Michel Manago. Bernard Kleynhoff voit dans l'innovation une excellente façon justement d'attirer les jeunes talents. "Il va bien falloir produire les véhicules autonomes", s'exclame le président de la commission Industrie et innovation à la Région. "Et qui mieux que les jeunes pour répondre aux défis de demain, des jeunes pour lesquels des formations nouvelles sont mises en place". Et de rajouter que "les outils ont changé, les façons de faire aussi". Gilles Carraz préfère dire qu'il ne "faut pas opposer vieille et nouvelle industrie. Il y a simplement des métiers". Et Michel Manago de conclure : "nous avons en enjeu économique global, qui exige d'être toujours plus compétitif". Et pour cela, tous les moyens sont bons.

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