Entreprendre au féminin, un sujet dépassé ?

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(Crédits : DR)
Faut-il encore accompagner et expliquer la création d'entreprise aux femmes, alors même qu'il est davantage question d'un traitement égal avec la gent masculine, sans distinction discriminante ? Oui semble-t-il. Parce que dans les quartiers dits sensibles, c'est aussi une question sociétale.

Entreprendre lorsque l'on est une femme, est-ce encore un sujet ? A l'heure des revendications d'égalité, de mixité de gouvernance, de quotas, de parité et autres manières de pousser au rééquilibrage en termes de représentations, entre gents masculine et féminine il est largement permis d'en douter.

Pourtant il est encore (parfois) d'actualité.

C'est ainsi exactement le thème du Forum "Elle entreprend", organisé à Marseille par Positive Planet, l'organisme créé par Jacques Attali et qui s'est donné pour mission de favoriser le développement de l'inclusion économique. Le voilà bien le fond de la thématique, le cœur même : l'inclusion économique, celle qui entraîne aussi l'inclusion sociale. Un sujet qui paraît peut-être éloigné des préoccupations globales aujourd'hui des femmes en général et de celles qui veulent entreprendre en particulier, mais qui dans les quartiers sensibles prend encore tout son sens.

C'est ce que dit Pierre-François Duwat, directeur général de Grand Littoral, le centre commercial posé dans les quartiers nord de Marseille et qui depuis quatre ans, sert de décor au Forum. Un choix qui n'a rien de vraiment anodin. "Grand Littoral est le plus grand centre commercial du département, ce qui lui confère une vraie implication sociale. Ici, se passe la vraie vie". Et ici, les femmes issues des quartiers viennent plus facilement écouter la bonne parole qu'ailleurs en ville. "Cela correspond à leur attentes, c'est une façon de ne pas les stigmatiser. Grand Littoral est pour elles un endroit familier".

Prendre la parole

Un discours que corrobhore Sabrina Roubache. La productrice de films et fondatrice de Gurkin Invest Films, née à Marseille, dans les quartiers Nord, estime que le sujet de l'entreprenariat au féminin dans les quartiers va au-delà des frontières de la création d'entreprise pure. "C'est aussi une façon d'être autonome. Une femme qui crée une entreprise ne réfléchit pas comme un homme ou une femme, elle réfléchit comme un chef d'entreprise. C'est plutôt leur rôle au sein de la famille qui complexifie le sujet. Entreprendre au féminin relève davantage d'un "problème" de femme que de chef d'entreprise". Et celle qui a notamment produit la série Marseille de Netflix de rappeler que "lorsque je parle business, j'en parle comme un chef d'entreprise. Ce qui compte c'est la compétence. Être productrice c'est ma passion, cela n'a rien à voir avec le fait que je suis une femme. La charge mentale, c'est autre chose".

Danièle Prieur, la présidente du réseau régional Altafemina, qui milite, notamment, pour la mixité de la gouvernance dans l'entreprise ne dit pas autre chose. "Entreprendre dans les quartiers sensibles, c'est un vrai sujet, différent de celui de l'entreprenariat au féminin. Il est question de la place légitime de la femme à l'extérieur, une place qu'elle doit souvent légitimer auprès des hommes. Ce qui est essentiel c'est de trouver en soi un potentiel, être soi-même et devenir soi-même, que la parole soit écoutée".

Peut mieux faire

Mais en vrai, en chiffres, c'est quoi l'entreprenariat venu des quartiers prioritaires ? A 40 % un profil féminin - + 5 points depuis 4 ans -, une proportion en augmentation, avec une moyenne d'âge globale de 37 ans, hommes et femmes confondues. L'entreprenariat au féminin est toujours un thème d'actualité selon Sylvain Idhene. "Nous avons encore beaucoup à faire", estime le directeur régional de Positive Planet qui en dix ans a accompagné 9 000 porteurs de projets, donnant lieu à la création de 1 200 entreprises et 1 600 emplois. L'arrivée du statut de micro-entrepreneur en 2009 a permis une accélération mais les besoins demeurent importants. "Il demeure des freins à lever, ceux qui relève d'une société patriarcale qui voit davantage la femme au foyer". Optimiste, Pierre-François Duwat, prévoit que "dans 3 ans, ce ne sera vraiment plus un sujet". Et ce serait bien cela, la vraie évolution des mentalités.

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